Des animateurs américains empêchés de promouvoir la théorie du complot électoral 

L’attaque du dôme de la démocratie américaine par les partisans de Donald Trump semble avoir ébranlé les consciences dans plusieurs institutions et entreprises aux États-Unis.
Photo: Samuel Corum Getty Images Agence France-Presse L’attaque du dôme de la démocratie américaine par les partisans de Donald Trump semble avoir ébranlé les consciences dans plusieurs institutions et entreprises aux États-Unis.

Après le traumatisme, le remède de cheval. Cumulus Media, un des plus grands groupes de radios locales aux États-Unis, a appelé ses animateurs ayant un penchant affirmé vers la droite radicale et ses réalités alternatives à cesser immédiatement de faire la promotion des allégations non fondées de fraude électorale sur ses ondes, sous peine de perdre leur emploi.

Ces accusations voulant que Joe Biden ait volé les élections en novembre dernier ont conduit à l’insurrection du Capitole la semaine dernière par des partisans pro-Trump gonflés à bloc par leur président qui soutient cette thèse depuis des mois, et ce, en contradiction totale avec les faits.

L’attaque du dôme de la démocratie américaine par les partisans de l’ex-vedette de téléréalité, qui, depuis le début de son mandat, s’amuse avec les frontières de la croyance et de la vérité, semble d’ailleurs avoir ébranlé les consciences dans plusieurs institutions et entreprises aux États-Unis : lundi, des contributeurs politiques d’envergure ont en effet décidé de suspendre leur financement de politiciens qui soutiennent la théorie du complot électoral ou qui se sont opposés mercredi dernier à la certification du vote du collège électoral entérinant l’élection de Joe Biden.

« Nous devons contribuer à induire le calme à l’échelle nationale, maintenant », a indiqué aux animateurs de ses 416 stations à travers le pays Brian Philips, vice-président au contenu de Cumulus Media. Le groupe, qui emploie plusieurs figures ultra-populaires du monde de l’opinion radiophonique aux États-Unis, dit ne « plus vouloir tolérer les discours » haranguant les foules sur le thème des « élections volées » ou de la « guerre civile », et encore moins « les commentaires sous-entendant que la désobéissance violente est justifiée ».

« Les élections sont terminées et il n’y a pas de voie alternative acceptable », indique une note de service dévoilée par le site spécialisé Inside Music Media. Et d’ajouter : « Si vous transgressez cette politique, vous pouvez vous attendre à une séparation immédiate avec l’entreprise. »

«Quelque chose d’inédit »

Les contrecoups de l’insurrection se font désormais sentir au-delà de la nouvelle procédure en destitution de Donald Trump amorcée lundi par les démocrates au Congrès. En marge de ce projet politique, plusieurs grands contributeurs politiques, dont les banques Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Citigroup ou Commerce Bank, ont en effet décidé de mettre un terme temporairement à leurs dons, ciblant autant les républicains que les démocrates. Cette pause vise à revoir leurs contributions par l’entremise de leur comité d’action politique, et ce, à la lumière des événements des derniers jours qui ont ébranlé le pays. L’attaque du Capitole a fait cinq victimes, dont un policier battu à mort par les insurgés.

« Soyez assurés que nous ne soutiendrons pas de candidats qui ne respectent pas les règles de droit », a indiqué Citigroup à ses employés dans une note interne. Pour sa part, Commerce Bank a condamné « la violence sous toutes ses formes », qui s’est exprimée de manière « odieuse, antidémocratique et totalement contraire à l’épanouissement des Américains et des entreprises ». Elle a dans la foulée suspendu son soutien aux politiciens qui ont « entravé le transfert pacifique du pouvoir ».

En tout, 147 républicains membres du Congrès, dont 8 sénateurs, ont défié les résultats électoraux officiels la semaine dernière en votant contre la certification du vote du collège électoral. La fédération de compagnies d’assurances, la Blue Cross Blue Shield Association, a suspendu le soutien financier qu’elle accordait à ces « élus qui ont voté pour saper notre démocratie », a souligné la fédération au site Popular Information.

Dans les dernières années, ce rassemblement d’assureurs a versé 1 million de dollars aux républicains et quelque 300 000 $ aux démocrates. L’organisme dit évaluer continuellement ses contributions pour s’assurer qu’elles sont cohérentes avec les « valeurs et les buts » de ses membres.

Dans les derniers jours, le groupe hôtelier Marriott, Wal-Mart, Coca-Cola ou encore Facebook, Google et Microsoft ont pris la même décision, en suspendant leurs contributions politiques au lendemain de l’insurrection. Le portail du commerce électronique Shopify a pour sa part exclu deux commerces liés à la campagne et à l’organisation de Donald Trump de son espace, en affirmant que les gestes posés par le président la semaine dernière contrevenaient à ses politiques « en faisant la promotion de la violence ».

« Ces entreprises font quelque chose d’inédit, mais elles risquent de s’aliéner une partie de leur base, a commenté dans les pages du Washington Post Craig Holman, lobbyiste pour le groupe de défense des consommateurs Public Citizen. De mémoire, je n’avais encore jamais rien vu tel. »

Mais pour le spécialiste en image de marque Rory Cooper, directeur de Purple Strategies, ces décisions pourraient également « faire boule de neige », en étant « soutenues et applaudies ».

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