La police du Capitole n’était pas prête à affronter les émeutiers

La présence d’une grande foule de partisans venus à Washington à l’invitation de Donald Trump n’aurait pas dû surprendre les autorités.
Photo: Roberto Schmidt Agence France-Presse La présence d’une grande foule de partisans venus à Washington à l’invitation de Donald Trump n’aurait pas dû surprendre les autorités.

Malgré de nombreux avertissements au sujet du rassemblement des partisans de Donald Trump à Washington, la police du Capitole n’a pas renforcé ses effectifs et n’était pas préparée à ce que la manifestation dégénère en émeute violente, selon plusieurs personnes informées des modalités de l’intervention des forces de l’ordre.

Ces révélations jettent une nouvelle lumière sur les raisons pour lesquelles la police du Capitole a été si rapidement débordée par les émeutiers. Le corps policier avait envoyé le même nombre d’agents que lors d’une journée normale. Si certains d’entre eux étaient équipés pour contrer une manifestation, ils ne l’étaient pas pour affronter une émeute.

Lorsque la foule a commencé à pénétrer en force dans le Capitole, un lieutenant de police a ordonné qu’aucune force létale ne soit employée, ce qui explique pourquoi les agents n’ont pas sorti leur arme. Les policiers reçoivent souvent l’ordre de ne pas aggraver une situation en tirant au hasard.

L’ordre a fragilisé la résistance des policiers présents au Capitole.

« Ils ont été laissés désarmés », a dénoncé la députée démocrate Maxine Waters.

La résistance terne de la police du Capitole à l’émeute, la mauvaise planification et l’incapacité à anticiper la gravité de la menace ont été condamnées par les élus. Le chef du service et les sergents d’armes du Sénat et de la Chambre des représentants ont dû démissionner.

Le FBI tente de déterminer si certains des émeutiers avaient l’intention de kidnapper des membres du Congrès et de les garder en otage.

Les enquêteurs se demandent en particulier pourquoi certains émeutiers ont été vus portant des menottes en plastique à fermeture éclair et avaient apparemment accédé à des zones du Capitole généralement difficiles à localiser pour le public, selon un responsable.

Larry Rendell Brock et Eric Gavelek Munchel, qui avaient apporté ce genre d’attache, selon des photographies, ont été arrêtés dimanche par le FBI. Les procureurs ont déclaré que Brock avait également enfilé un casque vert, un gilet tactique et une veste de camouflage.

Un débordement prévisible

La présence d’une grande foule de partisans venus à Washington à l’invitation de Donald Trump n’aurait pas dû surprendre les autorités. Toutes les chambres de certains hôtels avaient été réservées, ce qui aurait dû sonner l’alarme puisque le tourisme a périclité dans la capitale à cause de la COVID-19.

Si les responsables de la justice, le FBI et d’autres agences s’attendaient à des foules massives, la police du Capitole s’est préparée à faire face à une simple manifestation. Aucune clôture n’a été érigée à l’extérieur du Capitole et aucun plan d’urgence n’a été préparé au cas où la situation dégénérerait, selon des personnes informées.

Autre problème : les officiers supérieurs étaient dispersés pendant l’émeute. Si le chef de la police accompagnait le vice-président Mike Pence, d’autres officiers étaient déployés aux endroits où des bombes ont été découvertes.

Les émeutiers étaient mieux équipés que les forces de l’ordre, a souligné Ashan Benedict, qui dirige le Bureau de l’alcool, du tabac, des armes à feu et des explosifs de Washington.

« Ils avaient apparemment plus de répulsifs à ours, de poivre de Cayenne et autres produits chimiques que nous, a déploré M.Benedict. Nous élaborions des plans pour contrer leurs munitions chimiques avec certains de nos propres engins moins létaux, mais pendant que nous discutons, le chaos se déroulait sous mes yeux. »

Un agent est mort au cours de l’émeute et au moins une dizaine d’autres ont été blessés. Les responsables n’ont pas précisé le nombre de policiers en service.

M. Benedict était sur les lieux quand les agents ont été débordés. Il a requis l’aide de l’Équipe spéciale d’intervention en convoquant tous les agents présents à Washington.

Quand ils ont commencé à entrer dans le Capitole à 14 h 40, les couloirs étaient remplis d’émeutiers.

Finalement, les agents fédéraux ont réussi à sécuriser la rotonde du Capitole.

« Nous avons juste commencé à déplacer des foules de gens hors du Capitole, puis à parcourir chaque pièce, chaque petite salle, une par une pour distinguer les bons des méchants », a-t-il expliqué.

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