Les appels à la démission de Trump se multiplient

Le lancement d’une seconde procédure de destitution laisserait une marque indélébile sur le bilan de Donald Trump: aucun président américain n’a subi ce déshonneur.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Le lancement d’une seconde procédure de destitution laisserait une marque indélébile sur le bilan de Donald Trump: aucun président américain n’a subi ce déshonneur.

À dix jours de la fin de son mandat, Donald Trump fait face à des appels à démissionner de plus en plus nombreux, y compris dans le camp républicain, pour éviter une difficile procédure de destitution en pleine crise politique, sanitaire et économique.

Après les sénateurs républicains Ben Sasse et Lisa Murkowski, le sénateur Pat Toomey a jugé dimanche sur CNN qu’une démission du président « serait la meilleure option ». Depuis le scrutin présidentiel du 3 novembre, qu’il a perdu, Donald Trump « a sombré dans un niveau de folie et a commis des actes absolument impensables et impardonnables », a-t-il ajouté. « La meilleure chose pour l’unité du pays, ce serait qu’il démissionne », a renchéri sur ABC Adam Kinzinger, un élu de la Chambre des représentants et premier républicain à avoir appelé dès jeudi à déclarer le président « inapte » à occuper ses fonctions.

Isolé à la Maison-Blanche, lâché par plusieurs membres de son gouvernement, en froid avec son vice-président, Mike Pence, le milliardaire américain ne donne aucun signe d’être prêt à démissionner, selon ses conseillers cités par la presse américaine. Évincé de Twitter et des autres grands réseaux sociaux, qui veulent éviter de nouvelles incitations à la violence, Donald Trump a désormais des options limitées pour communiquer avec le grand public.

Les autorités continuent de leur côté à rechercher les manifestants pro-Trump qui ont proféré des menaces de mort à l’encontre du vice-président, Mike Pence, et de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi — aux 2e et 3e échelons des plus hauts responsables de l’État —, lors de l’assaut contre le Capitole mercredi.

Selon NBC, le FBI a reçu plus de 40 000 informations du public sur son site, notamment des vidéos, qui sont en cours d’analyse. Une vidéo circulait notamment dimanche sur Twitter montrant au moins cinq personnes s’acharnant à coups de matraque, de bâton et même de béquille sur un policier à terre. Il pourrait s’agir de l’agent de la police du Capitole Brian Sicknick, qui a succombé jeudi à des blessures reçues lors de l’attaque du Congrès et dont la dépouille a été solennellement transférée dimanche, saluée par une haie d’honneur, de la morgue aux pompes funèbres.

Une haute barrière métallique a été érigée autour du bâtiment et les effectifs des forces de l’ordre ont été renforcés jusqu’à l’intronisation de Joe Biden, le 20 janvier, à laquelle Mike Pence a fait savoir qu’il assisterait.

Motion de mise en accusation

Nancy Pelosi, qui a promis de passer à l’action si le président sortant ne démissionnait pas, s’est dite prête dimanche à lancer, dans les prochains jours, plusieurs actions rapides pour obtenir le départ de Donald Trump, dont une deuxième procédure de destitution, à la suite des violences du Capitole, qu’il est accusé d’avoir encouragées.

Dans un premier temps, la Chambre sera amenée lundi, et au besoin mardi, à se prononcer sur une résolution demandant au vice-président Mike Pence de démettre Donald Trump de ses fonctions. « Puis, la législation sur la procédure de destitution sera portée devant l’Assemblée », a écrit Nancy Pelosi dans une lettre à ses collègues parlementaires.

Dans une précédente lettre ouverte aux élus, elle avait estimé « absolument essentiel que ceux qui ont mené cet assaut contre notre démocratie en soient tenus pour responsables ». « Il doit être établi que cette profanation a été encouragée par le président », a-t-elle ajouté.

Un texte de mise en accusation (impeachment) introduit à la Chambre des représentants, et signé par au moins 200 représentants, reproche au président républicain d’avoir « délibérément fait des déclarations » qui ont incité à l’invasion du bâtiment du Congrès par ses partisans, mercredi.

Selon l’élu démocrate James Clyburn, la motion pourrait être discutée cette semaine. « Ce sera peut-être mardi ou mercredi », a-t-il précisé sur CNN.

Mais il s’agit d’une procédure longue et compliquée, et plusieurs voix se sont élevées dans le camp démocrate pour dire qu’elle pourrait freiner les projets du président désigné, Joe Biden, qui a fait de la réponse à la pandémie de COVID-19 sa priorité. « Donnons au président élu 100 jours » au début de son mandat pour lui permettre de s’attaquer aux problèmes les plus urgents, a suggéré M. Clyburn. « On pourrait introduire les articles [de mise en accusation] un peu après. »

Le sénateur démocrate Joe Manchin a estimé pour sa part sur CNN qu’une procédure de destitution après le 20 janvier « n’aurait aucun sens ». « Je ne suis même pas sûr qu’il soit possible de destituer quelqu’un qui n’est plus au pouvoir », a renchéri M. Toomey.

Reste que le lancement d’un second « impeachment » laisserait une marque indélébile sur le bilan de Donald Trump : aucun président américain n’a subi ce déshonneur. Au pouvoir depuis 2017, Donald Trump a déjà été visé au Congrès par une infamante procédure de destitution, ouverte par Nancy Pelosi fin 2019, sous l’accusation d’avoir demandé à l’Ukraine d’enquêter sur son rival, Joe Biden. Il avait été acquitté au Sénat, à majorité républicaine, début 2020.

Le réseau social conservateur Parler expulsé d’Amazon, d’Apple et de Google

Amazon, Apple et Google ont décidé de couper les ponts avec le réseau social prisé des partisans de Donald Trump, Parler, menaçant ainsi de l’expulser d’Internet juste au moment où sa fréquentation s’envolait. Les trois entreprises accusent la plateforme de continuer à relayer des messages d’incitation à la violence après l’assaut du Capitole par des admirateurs du président, mercredi.

Si Parler ne trouve pas de partenaires acceptant d’héberger ses données d’ici 8 h GMT lundi, quand Amazon cessera ses services, son site ne pourra plus fonctionner. Au lendemain de la décision prise par Twitter de supprimer de façon permanente le compte de M. Trump, Parler était encore samedi l’application la plus téléchargée aux États-Unis sur la plateforme d’Apple.

Agence France-Presse


À voir en vidéo: