Les éditorialistes américains et étrangers commentent la crise aux États-Unis

De l’avis des éditorialistes américains et étrangers, cette rébellion conclut logiquement les années Trump.
Photo: Matt Dunham Associated Press De l’avis des éditorialistes américains et étrangers, cette rébellion conclut logiquement les années Trump.

Le journalisme d’opinion tente de comprendre et d’expliquer l’événement extraordinaire de mercredi qui a frappé au centre du système de représentation démocratique des États-Unis d’Amérique. Une tendance lourde se dégage du florilège consulté : de l’avis des éditorialistes américains et étrangers, cette rébellion conclut logiquement les années Trump, marque au fer rouge le Parti républicain et risque d’affecter la présidence de Joe Biden qui commence.

L’unanimité se fait sur la responsabilité profonde de Donald Trump dans l’instant monument du 6 janvier 2021. Le Capitole n’avait pas subi d’affront semblable depuis l’assaut armé des troupes britannicocanadiennes dans le cadre de la guerre de 1812.

The Washington Post semble le plus cinglant et le plus ferme dans sa réaction. Son éditorial diffusé à 19 h 30 mercredi, affirme que Donald Trump est la cause de l’assaut sur le Capitole et qu’il doit donc être renvoyé illico presto.

« La responsabilité de cet acte de sédition incombe carrément au président qui a démontré pendant tout son mandat qu’il constituait une grave menace pour la démocratie américaine, dit le texte. Il devrait être retiré. […] Il n’est pas en mesure de rester en poste pendant les 14 jours restants. Chaque seconde pendant laquelle il conserve les vastes pouvoirs de la présidence constitue une menace pour l’ordre public et la sécurité nationale. »

L’éditorial du New York Times également diffusé à chaud dans la soirée de mercredi va dans le même sens. « Trump est à blâmer pour l’attaque du Capitole », résume le commentaire affirmant aussi que le président sortant doit subir les conséquences pour avoir incité ses partisans à la violence.

« Le président doit être tenu responsable — par le biais d’une procédure de destitution ou de poursuites pénales — et il en va de même pour ses partisans qui ont commis les violences, dit l’édito du grand quotidien new-yorkais. Les dirigeants du Parti républicain portent également une part de responsabilité dans l’attaque du Capitole. »

The Boston Globe parle d’un « carnage américain » et juge que les Républicains ont créé le monstre déchaîné sur les institutions pour « tenter un coup d’État médiatisé dans le monde entier ». The Los Angeles Times affirme que les membres du cabinet seraient bien avisés d’engager une procédure pour démettre de ses fonctions le président « déséquilibré et imprudent ». Une alternative pour le cabinet, serait, selon le journal californien, de « désavouer ses actions en démissionnant en masse ».

The Economist de Londres part du même constat et élargit la perspective. « Vous pouvez être certain que M. Trump est l’auteur de cette attaque meurtrière contre le cœur de la démocratie américaine, écrit le magazine consulté par les élites du monde. Ses mensonges ont nourri le grief, son mépris de la constitution l’a concentré sur le Congrès et sa démagogie a allumé la mèche. Les images de la foule prenant d’assaut le Capitole, diffusées joyeusement à Moscou et à Pékin comme elles ont été déplorées à Berlin et à Paris, sont les images déterminantes de la présidence non américaine [unamerican] de M. Trump. »

La publication libérale fondée en 1843 ajoute que cette tragédie sociopolitique masque la défaite le même jour de deux candidats républicains au sénat fédéral et du même coup le contrôle de la chambre haute par les démocrates. Les partisans du président sortant vont-ils pour autant s’engager dans une introspection pouvant mener à la reconstruction du parti ? Neuf républicains sur dix l’appuyaient encore au dernier sondage en décembre et deux électeurs de droite sur trois croyaient encore il y a quelques jours que le Congrès devrait renverser la décision populaire du 3 novembre. Reste à voir si les images de république bananière vont faire charger ces avis de stricte obédience trumpiste se demande The Economist.

Le magazine allemand Der Spiegel parle d’un « trumpisme distillé au pur jus » par cette journée honteuse tout en élargissant encore davantage la distribution des torts. « Comme tout dictateur en herbe », M. Trump aspire au pouvoir et à l’adoration de ses partisans, dit l’éditorial. Les républicains ont soif d’argent et de juges de droite. Leurs médias — de Fox News à OAN — ont soif de cotes d’écoute. Ils ont tous ensemble encouragé la meute mercredi. Tous doivent donc être tenus responsables. »

The Guardian de Londres trouve aussi que les ténors républicains qui relaient depuis des mois les mensonges sur les élections supposément truquées (et encore six sénateurs et plus de cent représentants mercredi soir) sont coupables de complicité dans la tragédie.

« Bien que Facebook ait finalement suspendu le compte du président, la porte de l’écurie se ferme longtemps après que la désinformation a galopé au loin, analyse poétiquement le quotidien britannique très lu par la gauche américaine. Rien de tout cela ne s’arrêtera lorsque Joe Biden sera inauguré le 20 janvier. La démocratie n’existe pas dans les dispositions écrites sur papier, mais tant qu’elle est pratiquée, c’est-à-dire défendue. La lutte ne fait que commencer. »

Le Monde de Paris revient aussi sur la fracture profonde du pays élargi par les années conservatrices. « Il appartiendra au président élu, Joe Biden, de reconstruire cette démocratie profondément ébranlée, juge le texte. Il a en a désormais les moyens, grâce à la victoire cruciale des deux démocrates qui ont remporté mercredi les sièges de sénateurs de Géorgie, donnant ainsi à leur parti le contrôle du Sénat, en plus de la Maison Blanche et de la Chambre des représentants. Il en a la stature, comme l’a montré sa réaction ferme et lucide face à la tentative d’insurrection trumpiste. »

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