Appels au pardon pour Edward Snowden

L’ex-agent de la National Security Agency, Edward Snowden, dont les révélations en 2013 sur l’utilisation des technologies dans la surveillance de masse ont porté au grand jour les dérives liberticides liées au numérique, vit actuellement en exil en Russie.
Photo: Armando Franca Associated Press L’ex-agent de la National Security Agency, Edward Snowden, dont les révélations en 2013 sur l’utilisation des technologies dans la surveillance de masse ont porté au grand jour les dérives liberticides liées au numérique, vit actuellement en exil en Russie.

Un pardon présidentiel à Edward Snowden avant que Donald Trump quitte la Maison-Blanche. Voilà l’appel lancé depuis quelques jours par plusieurs personnalités publiques au futur ex-président américain.

Le geste est espéré par le lanceur d’alerte, qui a révélé au grand jour il y a plus de 7 ans la surveillance institutionnalisée des citoyens par des agences gouvernementales américaines. Mais ce pardon divise encore et toujours les républicains, Snowden ayant été accusé d’espionnage, un acte de haute trahison aux États-Unis.

« Edward Snowden est un traître, a résumé dimanche la représentante républicaine du Wyoming au Congrès, Liz Cheney, sur Twitter. Elle est aussi la fille de l’ancien vice-président Dick Cheney. Il est responsable de la plus importante et la plus dommageable publication d’informations secrètes de l’histoire des États-Unis. Il a remis des secrets américains aux services secrets russes et chinois, mettant ainsi nos troupes et notre nation en danger. Lui pardonner serait inadmissible. »

Plusieurs appuis

N’empêche, depuis le début de la semaine, plusieurs voix se font entendre pour réclamer un pardon pour Edward Snowden. L’ex-agent de la National Security Agency (NSA), dont les révélations en 2013 sur l’utilisation des technologies dans la surveillance de masse ont porté au grand jour les dérives liberticides liées au numérique, vit actuellement en exil en Russie. Donald Trump se prépare à distribuer plusieurs grâces présidentielles avant la fin de son mandat, le 20 janvier prochain à midi.

« Si Donald Trump donne suite à une grâce présidentielle pour Snowden, cela sera une énorme victoire contre les abus de la CIA, du FBI et de la NSA », a écrit le journaliste Glenn Greenwald qui a été dans les premières courroies de transmissions des informations du lanceur d’alerte au grand public, dans les pages du Guardian en 2013.

L’appui au pardon d’Edward Snowden fait d’ailleurs fi des frontières partisanes. Le sénateur démocrate du Vermont, Bernie Sanders, croit depuis 2016 qu’il est temps de permettre un retour du lanceur d’alerte aux États-Unis sans crainte de poursuites. Le sénateur du Kentucky, Rand Paul, estime pour sa part que M. Snowden « mérite une grâce » parce qu’il n’a fait que « dénoncer un espionnage inconstitutionnel ». Même l’extrémiste de droite Matt Gaetz, représentant de la Floride au Congrès et allié de Donald Trump, s’est dit sûr que « le président est à l’écoute » de tous ceux qui le pressent actuellement de pardonner Snowden. « C’est ce qu’il faut faire », a-t-il écrit sur Twitter.

« Cela fait longtemps qu’Edward Snowden aurait dû obtenir une grâce présidentielle, estime à l’autre bout du fil le professeur de criminologie Stéphane Leman-Langlois, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque de l’Université Laval. Ses révélations ont fait avancer la société », entre autres sur les questions de cybersurveillance et de protection des fondements de l’État de droit. « Ce geste viendrait confirmer l’importance de la fonction de lanceur d’alerte au sein d’une démocratie ».

Grâces présidentielles

Depuis son arrivée au pouvoir en 2017, Donald Trump a accordé près de 29 grâces présidentielles et commuté 16 peines. Deux de ses amis et proches conseillers, Roger Stone et Michael Flynn, viennent d’ailleurs d’en profiter. Tous deux ont été condamnés pour des malversations dans la foulée de l’enquête sur l’ingérence russe dans la campagne électorale du milliardaire. À la veille de son départ, le milliardaire envisagerait également d’accorder des pardons préventifs aux membres de sa famille et pourrait tenter de s’accorder une grâce à lui-même, selon les récentes révélations du New York Times. En août dernier, lors d’une conférence de presse, il a indiqué qu’il évaluerait la possibilité d’un pardon pour Snowden.

Les agences ciblées par les révélations de Snowden préféreraient sans doute le statu quo plutôt qu’un pardon

 

À l’approche de la fin du mandat de Trump, Edward Snowden a d’ailleurs décidé de se rappeler au bon souvenir du président en donnant de l’écho aux appels à son pardon qui se propagent actuellement sur les réseaux sociaux. Il estime également que Julian Assange, fondateur de Wikileaks, mériterait un tel traitement de la part du président sortant.

« Il faut se demander ce que Donald Trump pourrait gagner en faisant ça, expose en entrevue au Devoir Rémi Landry, ancien lieutenant-colonel des Forces armées canadiennes, aujourd’hui professeur de science politique à l’Université de Sherbrooke. Jusqu’à maintenant, les décisions qu’il prend visent à défendre ses intérêts personnels ou à miner la crédibilité des institutions ». Et c’est ce qu’un pardon à Snowden pourrait éventuellement provoquer.

« Les agences ciblées par les révélations de Snowden préféreraient sans doute le statu quo plutôt qu’un pardon, dit M. Leman-Langlois. Un retour de l’ex-agent de la NSA aux États-Unis pourrait remettre la lumière sur des technologies et des comportements au sein de ces institutions et des entreprises technologiques qui n’ont pas vraiment changé depuis 2013. »

Les informations dévoilées par Snowden avaient entre autres permis de comprendre que les téléphones dits intelligents, tout comme les applications populaires qu’ils permettent d’utiliser, étaient des vecteurs importants d’une surveillance passive des citoyens. Cette surveillance mine de facto les bases de la démocratie et de la justice dans les États de droit.

Depuis octobre dernier, Edward Snowden est devenu résident permanent en Russie. Il a annoncé en novembre avoir amorcé des démarches pour obtenir la nationalité russe.

À voir en vidéo