Biden s’en prend à l’«attaque à la démocratie» de Trump

Les élus de certains États pivots qui ont causé la surprise en votant pour Joe Biden en novembre avaient reçu des menaces, en vue du vote du collège électoral de lundi. Sur la photo, le président désigné, Joe BIden, lors d’un discours, peu après que les derniers grands électeurs des États se furent prononcés.
Photo: Roberto Schmidt Agence France-Presse Les élus de certains États pivots qui ont causé la surprise en votant pour Joe Biden en novembre avaient reçu des menaces, en vue du vote du collège électoral de lundi. Sur la photo, le président désigné, Joe BIden, lors d’un discours, peu après que les derniers grands électeurs des États se furent prononcés.

Quoi qu’en dise Donald Trump, son rival, Joe Biden, est maintenant officiellement le prochain président des États-Unis. Le président sortant a beau continuer de marteler qu’il n’a pas dit son dernier mot, la confirmation de l’élection de Joe Biden par le collège électoral lundi vient sceller le sort du scrutin présidentiel. Et le président désigné a saisi l’occasion pour appeler les Américains, mais aussi Donald Trump, à « tourner la page ».

Maintenant qu’il est officiellement élu, Joe Biden s’est permis de dénoncer le comportement de son rival de ces dernières semaines. Le président désigné a dénoncé une « attaque sans précédent à notre démocratie » nourrie de nombreuses « allégations sans fondement ». Cette démocratie « devrait être célébrée, pas attaquée », a fait valoir Joe Biden dans un discours peu après que les derniers grands électeurs des États se furent prononcés. « La flamme de la démocratie a été allumée il y a longtemps dans ce pays. Et nous savons désormais que rien — ni même une pandémie, ou un abus de pouvoir — ne peut éteindre cette flamme », a-t-il lancé.

Après des semaines de contestation des résultats par le président Trump et son camp républicain, tous les yeux étaient rivés sur le vote des grands électeurs aux États-Unis lundi. Tour à tour, ces scrutins ont même été retransmis par les grands réseaux télévisés.

Il faut dire que le vote se déroulait sous haute tension. Les élus de certains États pivots qui ont causé la surprise en votant pour Joe Biden en novembre — vote dont le résultat continue d’être contesté sans fondement par les républicains — avaient reçu des menaces, et parfois même des menaces de mort, en vue du vote de lundi. Les représentants qui avaient épluché les bulletins de vote en novembre avaient subi le même sort.

Le capitole du Michigan a donc dû fermer ses portes en raison de « menaces de violence crédibles ». Dans cet État, tout comme en Pennsylvanie et au Wisconsin, les grands électeurs ont dû être escortés par la police pour aller placer leur vote en toute sécurité. Du côté de l’Arizona, le lieu du vote a même été gardé secret afin de protéger les grands électeurs de menaces semblables.

Le sort réservé aux élus et aux représentants électoraux a été, pendant cette élection, « tout simplement scandaleux », a dénoncé Joe Biden.

Donald Trump a eu sa chance

Malgré ces tensions, les Assemblées législatives des États n’ont pas été la cible de grosses manifestations lundi. Les votes se sont déroulés dans le calme. Et aucun grand électeur n’a dérogé au suffrage populaire exprimé dans son État le 3 novembre.

Joe Biden a donc remporté 306 grands électeurs et Donald Trump, 232.

Le président désigné, qui s’en est pris allègrement à son rival au fil de son discours, a surtout insisté sur le fait que Donald Trump s’était prémuni de tous les recours à sa disposition pour contester l’élection, que les résultats ont été confirmés lors de chaque recomptage dans les États ciblés et que ses allégations ont été rejetées à chaque occasion par les tribunaux. « Respecter la volonté de la population est au cœur de notre démocratie. Même lorsque nous trouvons ces résultats difficiles à accepter », a insisté le président désigné.

Nonobstant, Donald Trump refuse de s’avouer vaincu. Le président sortant n’avait pas commenté la confirmation de l’élection de Joe Biden au moment où ces lignes étaient écrites, en soirée. Mais il persistait à affirmer sans preuve, cette fin de semaine sur Twitter, que l’élection avait été « la plus corrompue de l’histoire des États-Unis ». « Nous commençons à peine la bataille ! » a-t-il raillé.

Contestation vouée à l’échec

Les experts s’entendent toutefois pour dire qu’il reste peu, ou pas, de recours au président sortant.

La Constitution prévoit que les résultats de l’élection présidentielle ne peuvent plus être modifiés une fois que le collège électoral les a confirmés. « Vous pouvez déposer une nouvelle poursuite judiciaire, mais celle-ci devrait être rejetée en vertu de ce principe constitutionnel », explique Edward Foley, professeur de droit à l’Université d’État de l’Ohio et spécialiste des lois électorales américaines.

La campagne de Donald Trump menace en outre de contester ce vote du collège électoral lorsque le Congrès sera invité à le confirmer, le 6 janvier. Il suffirait qu’un sénateur et un représentant à la Chambre contestent l’élection de Joe Biden dans certains États. Mais même cette éventualité n’a aucune chance d’offrir le résultat espéré.

D’abord, parce que les démocrates ont conservé une majorité à la Chambre. Ensuite, parce que même au Sénat, certains républicains, qui reconnaissent la victoire de Biden, risquent de s’y opposer, comme les démocrates.

Et même si, aussi peu probable cela soit-il, le Sénat votait pour contester les résultats alors que la Chambre s’y oppose, la certification officielle des résultats par les États il y a quelques semaines viendrait confirmer que Joe Biden a bel et bien gagné là où le collège électoral l’a affirmé lundi, rapporte Paul Schiff Berman de l’Université George Washington.

« Tout cela pourrait perturber la situation. Mais il est presque inconcevable que cela vienne changer les résultats », résume le professeur de droit.

En persistant à contester ainsi l’issue de l’élection présidentielle d’ici à l’inauguration de Joe Biden le 20 janvier, Donald Trump pourrait cependant continuer de réclamer des fonds à ses partisans, lui qui a déjà récolté plus de 207 millions de dollars depuis le scrutin du 3 novembre.

Ce reportage a été financé grâceau soutien du Fonds de journalismeinternational Transat — Le Devoir.  

Bill Barr quitte ses fonctions

Le secrétaire américain à la Justice, Bill Barr, qui avait subi les critiques de Donald Trump pour n’avoir pas apporté de l’eau à son moulin en dénonçant une quelconque fraude électorale susceptible d’invalider la victoire de Joe Biden, a démissionné lundi. « Bill partira juste avant Noël pour passer les Fêtes avec sa famille, le secrétaire à la Justice adjoint, Jeff Rosen, une personne incroyable, assurera l’intérim », a tweeté Donald Trump. Le président sortant s’obstine à dénoncer des fraudes massives et refuse de reconnaître sa défaite. Son camp n’a jamais réussi à apporter la moindre preuve pour étayer ces accusations et les dizaines de recours en justice qu’il a présentés ont été quasiment tous rejetés, y compris par la Cour suprême. Le président républicain a plusieurs fois déploré l’inaction sur ce terrain de Bill Barr, pourtant l’un de ses plus fidèles alliés. Or ce dernier a isolé un peu plus Donald Trump en affirmant, début décembre, n’avoir constaté aucune « fraude à une échelle susceptible de changer le résultat de l’élection ».  
 

Agence France-Presse


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