Trump accusé d’essayer de voler l’élection

Les États  américains  disposent  de quelques  semaines,  après le scrutin, pour certifier leurs résultats électoraux.
Julio Cortez Associated Press Les États américains disposent de quelques semaines, après le scrutin, pour certifier leurs résultats électoraux.

« Antidémocratique ». Un « abus de pouvoir ». Un comportement digne d’un « dictateur ». Donald Trump s’est attiré les foudres de démocrates, mais aussi de certains républicains, vendredi, lorsque son refus d’accepter la défaite l’a mené jusqu’à tenter de convaincre des élus du Michigan de ne pas tenir compte du vote populaire pour lui permettre de s’accrocher à la présidence.

Le président sortant cherche par tous les moyens à demeurer en poste pour un second mandat. Ses démarches judiciaires, tentant de prouver une fraude électorale, n’ont jusqu’à présent pas porté leurs fruits. Donald Trump s’est donc rabattu sur une stratégie qui a peu de chances de réussir elle non plus : persuader les législateurs de certains États où Joe Biden a été déclaré gagnant de faire fi de ce résultat et de nommer des grands électeurs du collège électoral qui voteront pour lui plutôt que pour le président désigné.

C’est dans ce contexte que Donald Trump a invité à la Maison-Blanche vendredi le président de la Chambre du Michigan et le leader au Sénat de cet État — tous deux des républicains.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Kaleigh McEnany, a déclaré que cette rencontre ne serait pas destinée à faire un « plaidoyer ». « Il n’y aura personne de la campagne. [Le président] rencontre régulièrement des législateurs de partout au pays. »

L’avocat de la campagne, Rudy Giuliani — qui martèle sans preuve depuis deux semaines des allégations de fraude électorale —, a toutefois affirmé le contraire à Fox News, expliquant qu’il rencontrerait lui aussi les élus du Michigan pour « répondre à leurs questions ». M. Giuliani a toutefois dû annuler cette rencontre lorsque son fils, avec qui il se trouvait la veille, a appris qu’il était atteint de la COVID-19.

Il a aussi été révélé que Donald Junior, un des fils de Donald Trump, avait été déclaré positif au coronavirus en début de semaine. Il ne présente toutefois pas de symptômes.

Donald Trump n’a pas précisé quant à lui ce qu’il entendait discuter avec les représentants du Michigan. Il n’a pas répondu aux questions des médias vendredi, mais il a de nouveau affirmé qu’il avait « gagné, en passant », l’élection.

Après la rencontre, les représentants du Michigan ont coupé court aux espoirs du président sortant par voie de communiqué. « Les candidats qui remportent le plus grand nombre de votes gagnent l’élection et les votes du Michigan au collège électoral. […] Le processus de certification du Michigan devrait être un processus délibéré, exempt de menaces et d’intimidation. »

Des critiques de toutes parts

Les experts s’entendent pour dire qu’une législature d’État ne peut pas ignorer l’issue du vote populaire dans son choix des grands électeurs.

Mais les efforts de Donald Trump pour y arriver néanmoins représentent une « tentative flagrante de voler l’élection et de faire pression sur des législateurs du parti du président afin de passer outre la volonté de la population du Michigan », fait valoir le professeur de droit à l’Université George Washington Paul Schiff Berman. « C’est ce que font les dictateurs autoritaires. Ce n’est pas ce que font les démocraties. »

Le sénateur républicain Mitt Romney — un des plus farouches critiques de Donald Trump — l’a accusé d’essayer de « renverser la volonté de la population et l’élection. Il est difficile d’imaginer pire geste, encore plus antidémocratique, de la part d’un président américain en fonction ».

Son collègue Ben Sasse a été tout aussi cinglant. « Nous sommes un État de droit, pas de gazouillis. »

Le conseiller juridique de Joe Biden, Bob Bauer, a quant à lui dénoncé un « abus de pouvoir ». « Ce genre de pression politique grossière est évidemment scandaleux. Mais c’est aussi pathétique, car cela ne fonctionnera pas. »

Les États américains disposent de quelques semaines, après le scrutin, pour certifier leurs résultats électoraux. Ce qui confirme ensuite le gagnant dans chaque État et les grands électeurs qui se prononceront officiellement le 14 décembre. Le candidat qui reçoit alors le vote d’au moins 270 grands électeurs est élu président.

Les États sont en train de terminer cette certification. La Géorgie l’a fait vendredi, confirmant que Joe Biden a remporté l’État. Le Michigan et la Pennsylvanie doivent faire leur certification d’ici lundi. Si les votes de leurs grands électeurs changeaient de camp, de Biden à Trump, cela permettrait au républicain de demeurer président. Ce qui explique que le président sortant ait convoqué des élus du Michigan et qu’il ait la volonté de faire de même du côté de la Pennsylvanie, selon CNN.

Une stratégie raciste ?

Les républicains sont en outre accusés de s’en prendre au vote des Afro-Américains, puisqu’ils contestent les résultats dans des comtés à forte population noire qui ont voté à majorité pour Joe Biden.

« C’est un comportement carrément discriminatoire », a déclaré l’avocat de l’équipe Biden, Bob Bauer.

La politologue de l’Université Emory de la Géorgie Andra Gillespie rappelle que le président Trump avait pourtant sollicité le vote des Afro-Américains. « Courtiser les électeurs noirs au départ, puis se retourner pour tenter ensuite de les priver de leur droit de vote est hypocrite », a-t-elle dit.

  
Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.

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