Le refus de transition va coûter des vies, prévient Joe Biden

Joe Biden n’a pas exclu de se tourner vers les tribunaux pour forcer la transition.
Photo: Joe Raedle Getty Images/AFP Joe Biden n’a pas exclu de se tourner vers les tribunaux pour forcer la transition.

La pandémie a beau fracasser de nouveaux records aux États-Unis, Donald Trump et son équipe ont poursuivi leur croisade jeudi, visant à tenter de prouver que l’élection présidentielle leur a été « volée ». Mais ce refus du président sortant d’entamer la transition en bonne et due forme « va coûter des vies », a prévenu le président désigné Joe Biden, en accusant Donald Trump d’être « incroyablement irresponsable ».

Le président sortant est resté barricadé à la Maison-Blanche jeudi, pour une 12e journée depuis l’élection du 3 novembre. Son groupe de travail responsable de gérer la pandémie a pourtant fait le point, en conférence de presse dans le même édifice en fin de journée. Mais Donald Trump n’y a pas participé.

Les États-Unis peinent à contenir le coronavirus. Le nombre de cas ne cesse d’augmenter. Le pays a franchi le cap des 250 000 morts mercredi, enregistrant 1848 décès et 170 161 nouveaux cas. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies ont donc officiellement recommandé aux Américains de ne pas voyager pour la grande fête de l’Action de grâce la semaine prochaine.

Certains experts prédisent même que 150 000 autres Américains pourraient perdre la vie d’ici le mois de février, ce qui se chiffrerait à un total de 400 000 morts, si rien n’est fait.

« C’est réel », a scandé Joe Biden au sujet de la pandémie. « Et il n’y a aucune raison de ne pas partager les données et de nous permettre de commencer à planifier. Parce qu’au jour un, il va nous falloir du temps. Si nous n’avons pas accès à toutes ces données, cela va nous retarder d’au moins un mois. Et cela représente des vies », a déploré le président désigné.

Les fonctionnaires du Département de la Santé se sont fait ordonner de ne pas collaborer avec l’équipe Biden, selon CNN. L’agence fédérale responsable d’enclencher le début des travaux de transition refuse toujours de le faire. Donald Trump persiste à marteler que le sort de l’élection n’est pas encore scellé.

« Je ne sais pas quelles sont ses raisons », a déploré Joe Biden, en raillant que le comportement de Donald Trump risque de faire en sorte que l’histoire se souvienne de lui « comme de l’un des présidents les plus irresponsables de l’histoire américaine ». Le président désigné l’a en outreaccusé d’envoyer une image hautement préjudiciable de la démocratie américaine au reste du monde.

Joe Biden n’a pas exclu de se tourner vers les tribunaux pour forcer la transition. Mais pour l’instant, il estime que cela ne permettrait pas réellement de gagner du temps compte tenu des retards engendrés par une telle poursuite.

L’élection plutôt que la pandémie

Le vice-président sortant Mike Pence a présidé le point de presse du groupe de travail sur le coronavirus — le premier depuis le mois de juillet —, mais n’a pas répondu aux questions des médias. Donald Trump n’a pas rencontré ces experts depuis des mois.

L’événement principal du camp républicain, jeudi, était en fait une conférence de presse des avocats de la campagne Trump, qui ont récité une série d’allégations de fraude électorale pendant près d’une heure et demie. L’avocat du président sortant, Rudy Giuliani, a dénoncé un « plan » de fraude « centralisé » des démocrates et une « énorme attaque à l’intégrité du système de vote ». Sa collègueSidney Powell a allégué une « influence massive d’argent communiste venant du Venezuela, de Cuba et probablement de la Chine pour intervenir dans nos élections ». Des prétentions qui n’ont pas été appuyées de preuves.

Les républicains brandissent des cas isolés d’irrégularités électorales en plaidant que cela prouve une fraude généralisée. La quasi-totalité des poursuites en ce sens a été rejetée par les tribunaux ou abandonnée par les plaignants.

Ingérence de Trump au Michigan ?

Le président sortant semble maintenant espérer que certains États ayant élu Joe Biden ignorent le vote populaire et mandatent les grands électeurs du collège électoral de le choisir lui.

Donald Trump a appelé l’une des deux responsables électorales des républicains dans la région de Detroit, au Michigan — qui a voté à majorité pour Biden — après que celle-ci eut tenté de refuser de certifier le résultat électoral. Cette dame a finalement votépour valider le résultat mardi soir, mais annoncé, à la suite de l’appel du président, qu’elle souhaitait comme son collègue, annuler son vote.

M. Trump aurait en outre invité vendredi à la Maison-Blanche des élus républicains locaux de l’État du Michigan, selon CNN.

Un expert avait indiqué au Devoir que la législature d’un État ne pourrait pas renverser le vote populaire, car cette manœuvre serait assurément contestée jusqu’en Cour suprême et probablement déboutée.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat — Le Devoir.

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