Pompeo dans une colonie israélienne, une première pour un secrétaire d’État américain

Mike Pompeo a profité jeudi de sa tournée d’adieu au Moyen-Orient pour ancrer l’héritage de l’administration Trump en faveur de l’État hébreu.
Photo: Maya Alleruzzo Agence France-Presse Mike Pompeo a profité jeudi de sa tournée d’adieu au Moyen-Orient pour ancrer l’héritage de l’administration Trump en faveur de l’État hébreu.

Première visite d’un secrétaire d’État américain dans une colonie israélienne en Cisjordanie occupée et défense arc-boutée du label « Made in Israel » : Mike Pompeo a profité jeudi de sa tournée d’adieu au Moyen-Orient pour ancrer l’héritage de l’administration Trump en faveur de l’État hébreu.

Et recevoir au passage une bouteille de vin baptisée en son honneur, gracieuseté du vignoble israélien Psagot, situé dans une colonie de Cisjordanie, un territoire palestinien occupé depuis 1967 par Israël.

« Les vignes des vignobles israéliens sur place racontent une histoire de 2000 ans, celle de la relation entre un peuple et sa terre », ont indiqué les services de M. Pompeo après cette visite condamnée par l’Autorité palestinienne.

Sous le gouvernement de Donald Trump, les États-Unis ont affiché un soutien inégalé à l’État hébreu avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, l’approbation de la souveraineté israélienne sur la partie du plateau du Golan prise à la Syrie en 1967 et un appui à la colonisation en Cisjordanie.

M. Pompeo devait aussi effectuer jeudi la première visite d’un secrétaire d’État américain sur le Golan occupé. Sous Trump, les États-Unis sont devenus le premier pays à reconnaître la souveraineté israélienne sur ce territoire stratégique au carrefour du Liban et de la Syrie, une mesure dénoncée par de nombreux États.

« #madeinlegality »

En Cisjordanie, la colonisation israélienne a connu un vif essor ces dernières années sous l’impulsion du premier ministre Benjamin Nétanyahou et depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.

Plus de 450 000 Israéliens vivent dans des colonies, jugées illégales par le droit international, en Cisjordanie où vivent environ 2,8 millions de Palestiniens.

Il y a un an, M. Pompeo a affirmé que ces colonies n’étaient plus, selon Washington, contraires au droit international. « Pendant longtemps le département d’État a pris la mauvaise approche sur les colonies […] Aujourd’hui il défend avec vigueur la reconnaissance que les colonies peuvent être légales », a-t-il réitéré jeudi.

Au vignoble israélien de Psagot, situé entre Jérusalem et Ramallah, Yaakov Berg avait en 2019 débouché de bonnes bouteilles en l’honneur de M. Pompeo. Aujourd’hui, il a préparé une cuvée Pompeo dont l’étiquette est bonifiée du hashtag « #madeinlegality (» conçu légalement «) ». « Nous n’avons pas volé cette terre. »

Une décision française de 2019 validée ensuite par la Cour européenne a jugé que les produits des colonies en Cisjordanie ne pouvaient être qualifiés comme étant originaires d’Israël mais des colonies.

Néanmoins M. Pompeo a renversé l’équation en non seulement changeant la politique des États-Unis sur les colonies et en se rendant lui-même dans une implantation, mais aussi en annonçant une modification des labels des produits de Cisjordanie vers les États-Unis.

BDS et le « Made in Israel »

Les accords israélo-palestiniens d’Oslo, dans les années 1990, avaient divisé la Cisjordanie en trois zones: A, B et C.

Les deux premières forment 40 % du territoire et sont placées principalement sous contrôle palestinien. La Zone C (60 %) se trouve sous contrôle israélien mais avec l’idée, d’un transfert prévu, et à définir, aux Palestiniens lors d’un accord de paix définitif.

Or pour Israël, la « Zone C », où sont situés l’essentiel de la vallée agricole du Jourdain et la totalité des colonies, ne peut être considérée comme un territoire « palestinien » mais « disputé » car aucun accord n’est encore intervenu pour sceller une paix définitive.

La nouvelle approche américaine « reconnaît que les producteurs de la zone C opèrent sous le cadre administratif et juridique d’Israël et que leurs produits doivent être considérés comme tels », a dit M. Pompeo.

Ce changement signifie par exemple que le vin au nom de M. Pompeo serait un « produit d’Israël », mais il suggère aussi que les dattes par exemple de fermiers palestiniens vivant en « Zone C » tomberont également sous la coupe du label « Israël ».

Un autre geste à l’égard d’Israël : M. Pompeo, qui doit quitter ses fonctions dans les prochaines semaines après la victoire du démocrate Joe Biden à la présidentielle- a indiqué que la campagne de boycottage BDS de l’État hébreu était jugé « antisémite » par les États-Unis.

« Nous allons prendre des mesures immédiates pour identifier des organisations impliquées dans la campagne de haine menée par le BDS et retirer le soutien américain à ces groupes », a-t-il ajouté. Des propos aussitôt fustigés par des organisations de défense des droits de l’homme.