Trump évoque la victoire de Biden, mais crie au vol et refuse d’abdiquer

Trump a attribuée la victoire de Biden à de prétendues fraudes, et a peu après réitéré qu’il «ne concède rien».
Photo: Evan Vucci Associated Press Trump a attribuée la victoire de Biden à de prétendues fraudes, et a peu après réitéré qu’il «ne concède rien».

Plus d’une semaine après l’élection officielle de Joe Biden comme prochain président des États-Unis, Donald Trump peine toujours à admettre sa défaite, bien qu’il ait évoqué à demi-mot la victoire de son adversaire pour la première fois dimanche. La veille, des milliers de partisans du président sortant avaient manifesté devant la Maison-Blanche criant au « vol électoral ».

« Il a gagné parce que l’élection était truquée », a écrit sur Twitter l’actuel locataire de la Maison-Blanche dimanche matin, huit jours après l’annonce des résultats de l’élection favorables à Joe Biden. C’est la première fois que Donald Trump mentionne explicitement la victoire de ce dernier, bien qu’il continue de crier à la fraude sans preuve crédible.

Devant l’avalanche de réactions suscitée par ce tweet, dont seuls les mots « Il a gagné » ont retenu l’attention, le président américain s’est rétracté une heure plus tard précisant sur son réseau social préféré : « Il a seulement gagné aux yeux des MÉDIAS FAKE NEWS. Je ne concède RIEN ! La route est encore longue. L’élection était TRUQUÉE ! »

Ron Klain, qui deviendra secrétaire général de la Maison-Blanche le 20 janvier lors de l’entrée en fonction de Joe Biden, a appelé pour sa part à mettre les choses en perspective. « Ce n’est pas le compte Twitter de Donald Trump qui fait de Joe Biden le président. Ce sont les Américains qui en ont décidé ainsi », a-t-il réagi en entrevue à NBC.

Les résultats de tous les États sont maintenant connus et annoncés par les grandes chaînes de télévision américaines : Joe Biden a remporté 306 grands électeurs, contre 232 pour Donald Trump.

Dans la dernière semaine, la plupart des dirigeants à travers le monde ont félicité M. Biden, renforçant l’idée que personne — ni aux États-Unis ni ailleurs — ne prend au sérieux les actions en justice lancées par l’équipe de Donald Trump pour contester les résultats. Sans preuve de l’existence d’une fraude électorale massive, la plupart de ces actions ont d’ailleurs été rejetées par les tribunaux.

Plusieurs autorités électorales locales et nationales, dont l’agence de cybersécurité et de sécurité des infra-structures (CISA), ont aussi contredit le président à ce sujet. « L’élection du 3 novembre a été la plus sûre de l’histoire des États-Unis. […] Il n’existe aucune preuve d’un système de vote ayant effacé, perdu ou changé des bulletins, ou ayant été piraté de quelque façon que ce soit », ont-elles indiqué dans un communiqué commun.

Manifestation

De nombreux citoyens américains restent toutefois unis derrière le président sortant. Samedi après-midi, plusieurs milliers de manifestants ont pris d’assaut le centre-ville de Washington, criant au « vol électoral ». Ses partisans ont tous martelé, drapeaux « Trump 2020 » en main, que le milliardaire républicain avait bel et bien été réélu président des États-Unis la semaine dernière.

De New York en passant par la Pennsylvanie, la Floride et même le Colorado, ces électeurs républicains avaient tous fait le trajet pour soutenir leur candidat. Le président sortant est venu les saluer brièvement, à bord de son convoi automobile, avant de prendre la route vers son terrain de golf.

Les électeurs réunis dans la capitale américaine n’avaient aucun doute : Donald Trump leur dit la vérité lorsqu’il répète que l’élection a été truquée et Joe Biden a tort de penser qu’il investira la Maison-Blanche en janvier.

Croisée par Le Devoir, Zumi, qui est partie du Colorado pour Washington, s’étonne quand on lui demande si elle croit encore que Donald Trump a des chances de renverser les résultats et de gagner. « Il a déjà gagné ! », réplique-t-elle, catégorique. « Ce sont les médias traditionnels qui ne veulent pas qu’on le sache. »

Peu importe les faits, les trumpistes en ont d’autres à offrir et s’étaient mobilisés samedi pour montrer qu’ils n’ont pas dit leur dernier mot. Le mouvement pro-Trump est soudé.

La violence suivra-t-elle ?

Parmi les manifestants, des membres du groupe d’extrême droite Proud Boys, vêtus de pantalons cargo et de gilet pare-balles, étaient aussi présents. L’attirail militaire était populaire dans la foule.

Les commerces du centre-ville de la capitale, coupé à la circulation, étaient encore largement barricadés samedi derrière des plaques de contreplaqué, l’annonce de contre-manifestations faisant craindre des affrontements, malgré l’importante présence policière.

Plusieurs interventions de la police ont d’ailleurs été nécessaires en après-midi. Notamment lorsqu’un homme brandissant une affichette « Black Lives Matter » s’est rapidement fait encercler et chahuter par les manifestants qui l’accusaient de « semer la division » et lui criaient que « All Lives Matter » — la réplique des trumpistes au mouvement de solidarité avec la communauté afro-américaine.

C’est davantage après la tombée de la nuit que des affrontements entre pro-Trump et anti-Trump sont survenus. La police de Washington a annoncé avoir procédé à vingt arrestations, dont quatre pour infraction à la loi sur les armes à feu et une pour violence sur un policier, sans donner d’autres détails.

Trey Pendergraft, un ancien membre de l’armée venu du Texas, a prédit que les partisans de Trump ne demeureront pas aussi patients encore longtemps. « Vous ne pouvez pas voler une élection et croire qu’il n’y aura pas de conséquences », a-t-il argué. « Si cela n’est pas corrigé, on va se diriger vers de la violence. […] Nous sommes une nation née de la guerre. Vous n’allez pas voler une élection au peuple et s’attendre à ce qu’on se laisse faire. »

Avec l’Agence France-Presse

Des femmes à des postes importants

Avec Kamala Harris, première vice-présidente des États-Unis, et un record d’élues au Congrès, la rentrée politique en janvier marquera une étape historique à Washington. « Ensemble, nous avons montré à toutes les petites filles du pays ce qu’il est possible d’accomplir », a tweeté vendredi Kamala Harris. Selon le futur chef de cabinet de Joe Biden, Ron Klain, beaucoup de femmes devraient être nommées dans le gouvernement, notamment à des fonctions importantes. La sénatrice progressiste Elizabeth Warren ou l’une des responsables de la Banque centrale américaine, Lael Brainard, sont pressenties pour le secrétariat du Trésor, qui n’a jamais été dirigé par une femme. Le nom de Michèle Flournoy, ex-numéro trois du Pentagone, circule aussi beaucoup pour ce qui est du poste de secrétaire de la Défense. Certains résultats sont encore incertains, mais au moins 140 femmes entreront au Congrès le 3 janvier. Leur présence au sénat passera de 23,7 % à 26 %.


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