Trump commence à perdre des alliés

Donald Trump a beau s’entêter, il commence à perdre des alliés. De plus en plus de républicains influents se permettent de reconnaître la victoire de son rival Joe Biden et de prédire que les contestations judiciaires de la campagne Trump n’y changeront rien.

Ils étaient une petite poignée à avoir osé féliciter le président désigné Joe Biden publiquement jusqu’à présent. Une douzaine de sénateurs et de proches du président sortant se sont permis de faire de même jeudi, ou à tout le moins d’arguer que les efforts de transition devraient débuter.

Le stratège républicain Karl Rove, qui a épaulé l’ancien président George W. Bush et conseillé le gouvernement américain jusqu’au début de la campagne électorale, a reconnu que le président sortant n’arriverait pas à renverser les résultats de l’élection présidentielle. « Les efforts du président ont peu de chances de faire passer un seul État de la colonne des gains de M. Biden [dans celle de M. Trump], et ils ne suffiront certainement pas à changer l’issue finale », a écrit M. Rove dans les pages du Wall Street Journal. « Lorsque ses procédures judiciaires seront terminées, le président devrait faire sa part pour unifier le pays en menant une transition en douceur et en abandonnant ses griefs. »

L’animateur de Fox News Geraldo Rivera a quant à lui fait valoir à son « estimé ami », sur Twitter, qu’il était « bientôt temps de dire au revoir avec grâce et dignité ».

Quatre sénateurs républicains ont félicité Joe Biden pour son élection et reconnu qu’il était bel et bien le président désigné — ce que n’ont toujours pas fait Donald Trump, la Maison-Blanche et la campagne républicaine.

Sept autres sénateurs ont en outre argué que M. Biden et sa colistière Kamala Harris devraient avoir accès aux séances d’information classifiées normalement offertes aux futurs président et vice-président. Parmi eux, le sénateur de la Caroline du Sud Lindsey Graham qui est très proche de Donald Trump.

La General Services Administration n’a pas encore signé l’ordre entamant le processus de transition qui permet à la future administration d’obtenir des séances d’information et des documents classés secrets. Le sénateur de l’Oklahoma James Lankford a fait valoir jeudi, sur les ondes d’une radio de son État, qu’il comptait intervenir si ce n’est toujours pas fait vendredi. « Il n’y a aucun problème à ce que le vice-président [Biden] ait accès à ces séances d’information pour se préparer », a argué le sénateur, en s’abstenant toutefois de parler de Joe Biden comme du président désigné.

Plusieurs gouverneurs d’États républicains se sont cependant permis de le faire. « Joe Biden est le président désigné », a tranché le gouverneur de l’Ohio, Mike DeWine.

Le professeur de la Central Florida University, John Hanley, voit dans ce changement de discours le début d’une fracture au sein du parti.

« Ils tentent de le pousser gentiment à accepter les résultats », observe M. Hanley. « Chacun de ces individus va faire attention à ce qu’il dit, de ne pas trop critiquer, pour ne pas avoir l’air d’être dans la mauvaise équipe. Mais ils veulent que leurs voix s’additionnent afin de faire suffisamment pression pour susciter un changement. »

Donald Trump n’a toujours pas pris la parole, depuis que Joe Biden a été déclaré vainqueur samedi. Il est de nouveau resté terré à la Maison-Blanche jeudi.

Le collège électoral en jeu ?

Le président sortant continue de consulter ses proches conseillers afin d’évaluer ses options. Certains craignent que la campagne Trump essaie de contester les résultats assez longtemps pour empêcher qu’ils soient certifiés dans certains États clés. Ce qui pourrait permettre aux élus locaux d’inviter le collège électoral à voter pour Trump même si le vote populaire y a appuyé Joe Biden.

Le fils du président, Donald Trump Jr., a d’ailleurs partagé cette suggestion sur Twitter la semaine dernière.

Le professeur Hanley croit cependant que cette éventualité, bien qu’elle soit théoriquement possible, est peu probable.

Ils tentent de le pousser gentiment à accepter les résultats

 

La Constitution américaine octroie en effet le droit aux législatures des États de décider du vote de leurs grands électeurs. Ceux-ci ont cependant remis ce verdict entre les mains du vote populaire. En Pennsylvanie et au Michigan, si les législatures républicaines souhaitaient maintenant modifier leur loi, elles se heurteraient probablement au veto d e leur gouverneur démocrate. Du côté de la Géorgie et de l’Arizona, bien que les législateurs et le gouverneur soient républicains, toute volonté de renier le vote populaire se heurterait en outre à la réaction des citoyens, prédit M. Hanley.

« Le vote pour la présidence est le vote le plus important aux États-Unis, celui qui récolte le plus haut taux de participation. Si vous retirez ce droit aux citoyens, ils vont s’indigner et en tenir rigueur à ceux qui en sont responsables. »

M. Hanley estime en outre que de telles manœuvres seraient contestées jusqu’en Cour suprême, où elles seraient probablement déboutées.

Des proches du président sortant ont assuré au réseau CNN que Donald Trump n’avait pas l’intention de refuser de quitter la Maison-Blanche s’il perd ses contestations judiciaires alléguant des « irrégularités » dans les dépouillements des votes.

Un pardon avant de partir

Le président jonglerait toutefois avec l’idée de s’octroyer un pardon, avant de terminer son mandat en janvier, toujours selon CNN.

Là encore, ce serait un geste sans précédent, confirme le professeur Hanley. Et cela confirmerait que Donald Trump est coupable de certaines infractions, ce qui scellerait la fin de sa carrière politique, selon le politologue. « S’offrir un pardon à soi-même est une preuve flagrante que vous êtes coupable de quelque chose. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

«Aucune preuve» de fraude

Washington — Plusieurs autorités électorales américaines ont indiqué jeudi dans un communiqué commun, n’avoir trouvé « aucune preuve » de bulletins perdus ou modifiés, ou de systèmes de vote piratés. « L’élection du 3 novembre a été la plus sûre de l’histoire des États-Unis », ont affirmé ces autorités locales et nationales responsables de la sécurité du scrutin, parmi lesquelles figure notamment l’agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), qui dépend du ministère de la Sécurité intérieure. Selon des médias américains, Donald Trump envisage de limoger le patron du CISA, Chris Krebs, qui s’est efforcé à rejeter les accusations de fraude remettant en cause la victoire de Joe Biden.

Agence France-Presse


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