Biden tente d’entreprendre la transition

Le président élu, Joe Biden
Photo: Carolyn Kaster Associated Press Le président élu, Joe Biden

Donald Trump a beau continuer de refuser de reconnaître la victoire électorale de Joe Biden, le président désigné assure que cela ne l’empêche pas de se préparer à entrer en poste dans un peu plus de deux mois. Mais en refusant de reconnaître les résultats de l’élection présidentielle, Donald Trump ne renie pas simplement une longue tradition de la démocratie américaine. Il menace en outre la sécurité nationale du pays, préviennent les experts.

Pour une quatrième journée de suite, mardi, le président sortant a dénoncé le fait que l’élection lui a été prétendument volée. Et des républicains influents à Washington — notamment le secrétaire d’État, Mike Pompeo — ont ajouté leurs voix à ces allégations sans fondements.

« Nous avons déjà entamé la transition », a néanmoins assuré Joe Biden, lors de son premier point de presse depuis sa victoire. « Je suis convaincu que le fait qu’ils ne sont pas prêts à reconnaître que nous avons gagné n’aura pas de grandes conséquences quant à notre préparation et à ce que nous serons en mesure de faire d’ici le 20 janvier [date de l’inauguration du prochain gouvernement]. »

Joe Biden a tenté de se montrer présidentiel mardi, en pleine préparation pour son arrivée au pouvoir. Le président désigné a passé les deux derniers jours à recevoir des séances d’information et à nommer ses premiers conseillers pour la transition.

Il s’est toutefois quand même permis de critiquer le comportement de son prédécesseur depuis une semaine. « Je trouve que c’est une honte, bien franchement. Je crois que cela n’améliorera pas le legs du président. »

Le refus des républicains de concéder la victoire fait en sorte que le processus de transition ne peut débuter à Washington. La General Services Administration n’a pas validé le début de cette passation de pouvoirs, ce qui prive l’équipe Biden d’avoir accès à des bureaux au gouvernement, à du financement et surtout à des documents d’information — notamment sur la sécurité nationale.

Danger

Ce qui pose un réel danger pour la sécurité du pays, argue le professeur de droit de l’Université George Washington, Paul Schiff Berman. « Il ne faut pas sous-estimer le fait que plus le temps passe d’ici à ce que l’équipe de transition de Biden puisse avoir accès à des documents du gouvernement, plus cela représente non seulement un désagrément, mais également un réel danger pour le bon fonctionnement de notre gouvernement. »

Je trouve que c’est une honte, bien franchement. Je crois que cela n’améliorera pas le legs du président.  

 

Le professeur Berman rappelle que la commission qui s’est penchée sur les attentats du 11 septembre 2001 avait souligné l’importance que la transition du pouvoir au sommet se fasse rapidement. Puisque ’'élection de George W. Bush n’a été confirmée qu’en décembre 2000, à la suite du recomptage des votes en Floride etde lla décision subséquente de la Cour suprême, quelques semaines de plus se sont écoulées avant que son équipe puisse se préparer aux menaces secrètes à la sécurité nationale. « Tant le Congrès que l’exécutif doivent en faire plus pour minimiser les risques pour la sécurité nationale pendant la transition entre deux gouvernements», note le rapport final de la commission.

« Il y a de réelles conséquences pour la sécurité nationale », a renchéri Harry Litman, un ancien procureur général adjoint, sur les ondes de CNN.

Le président désigné a malgré tout refusé de s’offusquer de ne pas avoir accès aux breffages secrets du président. Ces informations confidentielles seraient « utiles », a-t-il concédé, mais puisqu’il n’entrera pas au pouvoir avant fin janvier elles ne sont pas « essentielles ».

« Je ne vois pas la nécessité de m’adresser aux tribunaux », a-t-il donc argué. Son équipe n’aurait toutefois pas exclu de le faire, selon CNN, pour forcer le début de la transition officielle qui nécessite en outre la nomination de milliers de représentants politiques.

Élection contestée

Les républicains ont continué de se ranger derrière leur président sortant et ses allégations. Le parti a dans sa mire deux élections sénatoriales en Géorgie qui nécessiteront un second tour en janvier. Clamer que l’élection leur a été volée permet de mobiliser leur base électorale et surtout de ne pas se mettre à dos Donald Trump qui pourrait être un allié indispensable pour faire campagne.

C’est dans ce contexte que le secrétaire d’État Mike Pompeo a refusé de préciser si son département collaborerait aux efforts de transition avec l’équipe Biden. Il a plutôt complètement contesté l’élection des démocrates. « Il y aura une transition en douceur pour un second mandat du gouvernement Trump », a-t-il rétorqué avec un sourire aux lèvres difficile à interpréter. M. Pompeo a fait valoir, comme le président sortant, que les « votes légaux » devaient tous être comptés et les « votes illégaux » rejetés — des allégations de votes illégitimes que les républicains n’ont pas prouvées.

Leur leader au Sénat, Mitch McConnell, a lui aussi persisté à parler du « prochain gouvernement» sans accepter de dire que ce serait celui de Joe Biden.

Les républicains insistent sur le fait que les résultats de l’élection peuvent être contestés jusqu’à ce que le collège électoral se prononce, le 14 décembre.

Le secrétaire à la Justice, William Barr, a d’ailleurs modifié la consigne à l’interne voulant que le ministère n’enquête pas sur les allégations de fraude électorale tant que les États n’ont pas certifié leurs résultats électoraux — ce qui se fait entre la mi-novembre et le début décembre, selon les États. Les analystes ne s’entendent pas pour savoir si cette directive du secrétaire Barr ouvre réellement la porte à des enquêtes ou si elle ne se veut que simplement une façon d’apaiser le président actuel.

Néanmoins, un haut fonctionnaire responsable des enquêtes électorales au ministère de la Justice a aussitôt remis sa démission, lundi soir.

L’appareil gouvernemental à Washington semble craindre que Donald Trump règle ses comptes avant de quitter ses fonctions. Le président sortant avait critiqué le secrétaire Barr ces dernières semaines. Lundi, il a limogé le secrétaire à la Défense Mark Esper, avec qui il avait aussi eu des différends. Mardi matin, un haut dirigeant du Pentagone a quitté son poste, car la rumeur courait qu’il serait également remplacé par quelqu’un de plus fidèle à la Maison-Blanche.

Beaucoup s’inquiètent maintenant du fait que le président sortant remplace la directrice de la CIA, Gina Haspel, et celui du FBI, Christopher Wray.

Donald Trump a par ailleurs laissé entendre, en fin de campagne électorale, qu’il pourrait remercier le Dr Anthony Fauci qui l’a conseillé au fil de la pandémie. Les États-Unis ont dépassé le cap des 10 millions de cas de COVID-19 lundi et rapportent plus de 100 000 cas par jour depuis cinq jours.

 

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat — Le Devoir.

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2 commentaires
  • Pierre Labelle - Abonné 11 novembre 2020 09 h 12

    Trump le dictateur.

    On ne pouvait s'attendre à autre chose de la part de Trump, il nous avait prévenu à plusieurs reprises durant la campagne qu'il agirait ainsi. On se croirait dans une république de bananes. Parmi ces 71 millions de personnes qui ont votés pour ce fou, certain le sont autant que lui, à commencer par Pompéo et Barr. Cela n'est pas rassurant pour la suite, car nous avons ici affaire à une secte et qui dit secte: dit folie aveugle.

  • Pierre Brosseau - Abonné 11 novembre 2020 11 h 01

    LE COLLÈGE ÉLECTORAL A LE DERNIER MOT

    Et si Trump réiussissait à soudoyer suffisamment de grands électeurs d'ici le 14 décembre pour en faire basculer la majorité dans son camp ? Avec ce président, on peut tout imaginer et la réalité pourrait encore dépasser la fiction.