Le chef du Pentagone limogé, Mark Esper, n’a pas su gérer Trump

Les relations entre M. Trump et Mark Esper étaient tendues depuis que ce dernier s’est opposé publiquement en juin au déploiement de l’armée pour réprimer les manifestations antiracistes dans le pays.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Les relations entre M. Trump et Mark Esper étaient tendues depuis que ce dernier s’est opposé publiquement en juin au déploiement de l’armée pour réprimer les manifestations antiracistes dans le pays.

Le secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, limogé sans cérémonie lundi après 16 mois à la tête du Pentagone, n’a jamais réussi à gérer l’irascible Donald Trump, à qui il a pourtant donné de nombreux gages.

« Mark Esper est limogé. Je le remercie pour son travail », a tweeté le président américain, deux jours après l’annonce par les médias de sa défaite face à Joe Biden à la présidentielle américaine. Ancien camarade de classe à l’académie militaire de West Point du très influent chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, Mark Esper, 56 ans, n’était pas le premier choix du président américain après la démission fracassante de Jim Mattis fin 2018.

C’est vers un ancien de Boeing, Patrick Shanahan, que le président se tourne à l’époque pour diriger la première armée du monde. Mais un scandale familial fait renoncer celui-ci au poste et le président Trump choisit alors le secrétaire à l’armée de terre pour lui succéder, en juillet 2019.

Cependant, ce gestionnaire a du mal à résister au bouillant Donald Trump, au point que des élus du Congrès finiront par l’affubler du surnom « Yesper » (contraction du mot « oui » et de son patronyme). Quand le président américain sape l’autorité de la justice militaire en novembre 2019 en exigeant que soit exonéré de crimes de guerre un soldat, Edward Gallagher, dont le cas était défendu par la chaîne conservatrice Fox News, le secrétaire à la Défense s’incline.

Quand M. Trump ponctionne le budget militaire pour financer le mur qu’il fait ériger à la frontière avec le Mexique, M. Esper annule début 2020 l’achat de plusieurs avions furtifs F-35 et de drones pour débloquer 3,8 milliards de dollars.

Manifestations monstres

Alors que Jim Mattis avait démissionné pour protester contre le retrait américain de Syrie, Mark Esper obtempère lorsque Donald Trump rappelle en octobre 2019 les forces déployées dans le Nord-Est syrien.

Pourtant, ce retrait ouvre la voie à une offensive militaire turque visant les forces kurdes, alliées de la coalition internationale dans la lutte contre les djihadistes du groupe État islamique. M. Trump finira par ordonner aux forces américaines de rester pour « protéger le pétrole ».

Ce sont les manifestations monstres du printemps, après la mort fin mai de George Floyd, un Afro-Américain tué par policier blanc lors de son arrestation, qui vont précipiter la perte de Mark Esper. Il donne d’abord des gages au président républicain en positionnant près de Washington des renforts militaires. Il parle des rues de la capitale fédérale comme d’un « champ de bataille » et s’affiche auprès de M. Trump lorsque celui-ci se fait photographier devant une église après la dispersion brutale d’une manifestation près de la Maison-Blanche.

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