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Entêté, Trump divise son camp

Maintenant qu’il a perdu le pouvoir, l’influence de Donald Trump au sein de la famille républicaine semble inégale.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Maintenant qu’il a perdu le pouvoir, l’influence de Donald Trump au sein de la famille républicaine semble inégale.

Dimanche, soit cinq jours après la soirée électorale et plus de 24 heures après que Joe Biden eut été déclaré vainqueur, Donald Trump refusait toujours de concéder la victoire. De plus en plus de républicains ont beau avoir félicité publiquement le nouveau président désigné et les proches de M. Trump l’avoir invité à accepter la défaite, le président sortant continue de s’accrocher.

Le milliardaire républicain n’a pas pris la parole publiquement depuis que les réseaux télévisés et Associated Press ont confirmé l’élection de Joe Biden, samedi midi. Il a cependant continué de prétendre toute la fin de semaine, sur Twitter, que l’élection lui a été volée.

Maintenant qu’il a perdu le pouvoir, l’influence de Donald Trump au sein de la famille républicaine semble inégale. Certains se sont permis, dimanche, de se distancier du président sortant.

L’ancien président George W. Bush s’est entretenu avec le président désigné, Joe Biden — ce que n’a pas encore fait Donald Trump —, et a reconnu sa victoire électorale par voie de communiqué — ce que refuse toujours aussi de faire Donald Trump. M. Bush a également contacté la vice-présidente désignée, Kamala Harris, afin de la féliciter de sa victoire historique, Mme Harris étant la première femme et la première personne de couleur à être élue au deuxième poste des États-Unis.

« Le président Trump a le droit de réclamer de nouveaux dépouillements et d’intenter des contestations judiciaires, et tous les possibles enjeux non résolus seront jugés adéquatement », a reconnu George W. Bush. « La population américaine peut être certaine que cette élection était fondamentalement juste, que son intégrité sera protégée et que son résultat est clair », a-t-il cependant statué, en venant rejeter toutes les allégations brandies sans fondement par Donald Trump et sa campagne depuis une semaine.

« Nous devons nous rassembler pour le bien de nos familles et de nos voisins, et de notre nation et son avenir », a fait valoir George W. Bush, en souhaitant bonne chance à Joe Biden et à Kamala Harris.

Cet appel à l’unité d’un pays profondément divisé, le président désigné l’avait lui-même lancé samedi soir dans son discours de victoire,  à Wilmington, dans le Delaware. « À ceux qui ont voté pour le président Trump, je comprends votre déception ce soir. J’ai moi-même perdu quelques élections. Mais donnons-nous maintenant une chance. Il est temps de mettre de côté l’âpre rhétorique. De faire baisser la tension. De se voir l’un l’autre à nouveau. De s’écouter à nouveau. Si l’on veut faire des progrès, nous devons cesser de traiter nos adversaires comme nos ennemis. »

Bien que les citoyens de plusieurs villes, dont Washington, aient pris d’assaut leurs rues pour célébrer la victoire démocrate, des partisans de Donald Trump les ont rejoints pour contester cette victoire, parfois munis d’armes.

Les républicains partagés

Mais l’ancien président Bush n’est pas le seul à avoir sommé ses concitoyens d’accepter le résultat de l’élection. Le sénateur de l’Utah Mitt Romney a été l’un des premiers à féliciter Joe Biden. « À moins que les résultats soient annulés pour une quelconque raison, nous nous rangeons derrière le nouveau président et nous lui souhaitons nos meilleurs vœux », a fait valoir sur les ondes de CNN celui qui avait tenté sa chance sans succès à l’élection de 2012.

Mitt Romney n’est pas un fan de Donald Trump. Il avait d’ailleurs annoncé qu’il ne lui accorderait pas son vote. Le sénateur a rejeté les allégations républicaines selon lesquelles l’élection aurait été empreinte d’irrégularités.

Le gouverneur républicain du Maryland, Larry Hogan, a fait de même. « Des gouverneurs républicains sont en poste dans quelques États toujours en jeu. Et ils n’ont pas remis les résultats en question », a-t-il noté en entrevue à CNN.

M. Hogan ne s’est pas permis de sommer M. Trump d’admettre sa défaite. « Il devrait à tout le moins reconnaître qu’il le fera, même s’il faut quelques jours pour que la raison prévale et pour le convaincre que c’est la meilleure chose à faire pour le pays », a-t-il toutefois dit.

Quant aux républicains qui encouragent le président défait à s’entêter, le gouverneur estime qu’ils « font une erreur ».

Dans l’autre camp de famille républicaine, cependant, l’ancien président de la Chambre des représentants Newt Gingrich a repris à son compte les allégations de fraude électorale du président sortant — sans présenter de preuve lui non plus. M. Gingrich a dénoncé sur les ondes de Fox News une « élection volée, corrompue » et une « prise de pouvoir par la gauche ». Un discours soutenu par des élus tels Ted Cruz, Kevin McCarthy et Lindsey Graham.

La famille divisée

Le cercle rapproché de Donald Trump semble tout aussi partagé. Son épouse, Melania Trump, et son gendre Jared Kushner — qui est l’un de ses principaux conseillers — l’auraient encouragé à accepter la défaite, selon CNN.

Melania Trump a cependant tweeté, peu après la publication de cette nouvelle, qu’il fallait « protéger notre démocratie avec une complète transparence ». « Chaque vote légal — pas illégal — devrait être compté. » Le conseiller du président sortant Jason Miller a quant à lui démenti que Jared Kushner ait invité le président à baisser les bras.

Les fils de Donald Trump Eric et Don Jr. l’encourageraient quant à eux à tenir bon et à poursuivre ses contestations judiciaires, toujours selon CNN.

Le président sortant semble toujours pencher de ce côté. Il a passé la journée de dimanche à réitérer sur Twitter ses allégations de « fraude électorale » et à plaider que l’élection a été « volée » — ce que le camp républicain n’a pas accompagné de preuves.

Joe Biden a été déclaré gagnant de l’élection samedi, après avoir remporté les États de la Pennsylvanie et du Nevada, selon les projections des grands médias américains.

La campagne Trump a intenté des poursuites judiciaires dans ces deux États, de même qu’au Michigan, en Géorgie et en Arizona. Les tribunaux ont cependant rejeté la quasi-totalité de ces allégations d’irrégularités de votes ou de dépouillement.

« Je n’ai rien vu pour l’instant qui ait le potentiel d’influer sur le résultat final de façon significative », a observé Justin Levitt, professeur à l’École de droit Loyola de Los Angeles, au magazine Time.

Donald Trump retranché

Le président sortant est resté terré à la Maison-Blanche toute la fin de semaine, hormis deux sorties pour aller jouer au golf sur son terrain de Virginie samedi et dimanche midi. Il s’y trouvait notamment lorsque Joe Biden a été déclaré gagnant.

Le perdant de l’élection présidentielle n’a pas besoin de concéder la victoire. Il s’agit plutôt d’une tradition symbolique, que les prédécesseurs de Donald Trump avaient observée depuis plus de 100 ans.

Même le démocrate Al Gore avait fini par féliciter son rival George W. Bush, lorsque la Cour suprême a confirmé un mois après l’élection de 2000 qu’il avait perdu en Floride par 537 voix. Huit ans plus tard, John McCain avait salué la victoire historique de Barack Obama et avait fait signe à ses partisans de se taire lorsqu’ils avaient tenté de huer le nouveau président démocrate.

Donald Trump refuse cependant de reconnaître qu’il sera le premier président à échouer à obtenir un second mandat depuis plus d’un quart de siècle.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat—Le Devoir.