Joe Biden appelle les Américains à se rallier

Joe Biden, samedi soir, à Wilmington
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Joe Biden, samedi soir, à Wilmington

La campagne présidentielle enfin terminée, Joe Biden a lancé un ultime appel à l’unité. Le nouveau président-désigné a célébré sa victoire samedi soir en appelant les Américains à laisser de côté leurs différences et à se rassembler en tant que nation. Il lui faudra cependant probablement répéter ce message, car les partisans de Donald Trump digéraient mal l’issue de l’élection présidentielle tandis que ce dernier continuait d’en contester les résultats.

Des milliers d’Américains ont accueilli l’élection de Joe Biden comme un soulagement. De New York à Los Angeles, en passant par Chicago et Denver, les citoyens ont pris d’assaut les rues de leur villes pour célébrer la victoire de l’ancien vice-président démocrate. Mais c’était aussi celle de sa colistière Kamala Harris que plusieurs soulignaient, la sénatrice étant la première femme élue vice-présidente des États-Unis et la première personne de couleur à occuper ce poste.

Dès que les réseaux télévisés ont annoncé l’élection du duo démocrate, le son des cris et des klaxons s’est mis à retentir dans Washington. Les célébrations se poursuivaient encore près de douze heures plus tard samedi soir.

« Je dois admettre que cela m’a surpris », a reconnu Joe Biden, lors d’un rassemblement chez lui à Willmington au Delaware. « Ce soir, nous voyons partout dans ce pays, dans toutes les villes, en fait partout dans le monde, un déferlement de joie, d’espoir, une confiance renouvelée en ce que demain soit un jour meilleur », a lancé le président-désigné.

Se disant « honoré » que plus de 74 millions d’Américains lui aient accordé leur confiance, Joe Biden a rapidement lancé un appel à l’unité d’un pays extrêmement divisé. « Je m’engage à être un président qui ne cherche pas à diviser, mais à unifier. Qui ne voit pas des États rouges et des États bleus, mais les États-Unis », a-t-il insisté.

Le président-désigné s’est en outre adressé aux partisans de Donald Trump, dont certains ont passé les derniers jours à manifester. « À ceux qui ont voté pour le président Trump, je comprends votre déception ce soir. J’ai moi-même perdu quelques élections. Mais donnons-nous maintenant une chance. Il est temps de mettre de côté l’âpre rhétorique. De baisser le climat. De se voir l’un l’autre à nouveau. De s’écouter à nouveau. Si l’on veut faire des progrès, nous devons cesser de traiter nos adversaires comme nos ennemis », a-t-il argué. « Faisons en sorte que cette sinistre ère de diabolisation en Amérique commence à prendre fin — ici et maintenant. »

Le président-désigné a en outre promis de s’attaquer dès lundi à la pandémie, en nommant un groupe de scientifiques et d’experts à son équipe de transition. Joe Biden a par ailleurs affirmé qu’il s’attellerait à protéger les soins de santé et l’environnement, à combattre le racisme systémique et à réaliser la justice raciale.

« Depuis quatre ans, vous avez marché et manifesté pour l’égalité et la justice, pour nos vies, et pour notre planète. Puis, vous avez voté. Vous avez livré un message clair : vous avez choisi l’espoir, l’unité, la décence, la science et, oui, la vérité », avait à son tour lancé la vice-présidente désignée Kamala Harris, quelques minutes plus tôt.

Des plafonds de verre

Joe Biden et Kamala Harris n’ont pas manqué de souligner le caractère historique de l’élection de la première vice-présidente, une femme de descendance noire et indienne de surcroît. « Il était plus que temps », a lancé le président-désigné.

Mme Harris a noté qu’en immigrant d’Inde à l’âge de 19 ans, sa mère n’avait jamais imaginé que sa fille soit élue un jour à l’un des hauts postes des États-Unis. « Alors je pense à elle et aux générations de femmes — les femmes noires », a-t-elle insisté, sous les applaudissements. « Les femmes asiatiques, blanches, latino-américaines, autochtones qui ont ouvert la voie à ce moment ce soir. […] Mais bien que je sois la première femme à occuper ce poste, je ne serai pas la dernière », a argué Kamala Harris. « Parce que toutes les petites filles qui nous regardent ce soir voient que notre pays est un pays aux possibilités infinies. »

Une victoire contestée

Donald Trump n’a pas félicité son rival démocrate, tant publiquement qu’en privé. Le milliardaire républicain persiste au contraire à contester les résultats de l’élection et refuse de concéder la présidence.

« Nous savons tous pourquoi Joe Biden se précipite pour se faire passer faussement comme le vainqueur, et pourquoi ses alliés des médias s’efforcent autant de l’aider : ils ne veulent pas que la vérité soit révélée », a-t-il raillé par voie de communiqué, lorsque les grands réseaux ont confirmé l’élection de son rival samedi matin. « Le fait est que l’élection est loin d’être terminée. »

M. Trump a une fois de plus allégué que la victoire lui avait échappé en raison d’irrégularités électorales — des allégations que les républicains n’ont pas réussi à prouver, qui ont été rejeté par la majorité des tribunaux auxquels ils s’étaient adressés et qui ont été démenties par tous les États concernés.

Nonobstant, Donald Trump a prévenu qu’il se tournerait vers les tribunaux dès lundi « pour s’assurer que nos lois électorales sont pleinement respectées et que le gagnant légitime est en place ».

En attendant, il est resté terré à la Maison-Blanche samedi, hormis une sortie à son terrain de golf de Virginie.

Des villes en fête

Photo: Marie Vastel Le Devoir Ils étaient des milliers à s’être amassés sur la place Black Lives Matter devant la Maison-Blanche

À l’extérieur de sa résidence, ils étaient des milliers à s’être amassés sur la place Black Lives Matter devant la Maison-Blanche. Certains dansaient et chantaient au son de la musique. D’autres buvaient le champagne. D’autres encore brandissaient leurs pancartes flanquées de slogans sommant Donald Trump de faire ses valises.

« Concédez, svp. Ne soyez pas mauvais perdant », pouvait-on lire sur l’un de ces écriteaux. « Make America Democratic Again », était-il écrit sur un autre, en reprenant le slogan de Donald Trump, Make America Great Again. Plusieurs pancartes arguaient outre « Vous êtes viré », en citant cette fois-ci la phrase célèbre que prononçait Donald Trump à son émission de téléréalité The Apprentice.

Luis, un immigrant du Costa Rica qui habite maintenant Washington, était venu célébrer lui aussi après avoir dessiné son « Avis d’éviction » pour le président. « C’est merveilleux, a-t-il réagi au résultat de l’élection. « Il est temps qu’il parte. »

Dans un parc, non loin de là, des dizaines de personnes étaient réunies devant un écran géant diffusant la couverture électorale du réseau CNN. Chaque fois que les animateurs parlaient du « nouveau président-désigné Biden », la foule applaudissait.

« Je n’ai jamais vu une célébration de cette ampleur », a confié Brian, 30 ans, au Devoir. Ce résident de Washington sentait qu’un profond soulagement venait d’apaiser sa ville.

Bien que les manifestants portaient le masque, la distanciation physique prônée pendant la pandémie avait été oubliée.

L’ambiance était toute aussi survoltée à Philadelphie, en Pennsylvanie, où les électeurs se réjouissaient que leur État ait fourni les 20 grands électeurs nécessaires à Joe Biden pour lui ouvrir les portes de la Maison-Blanche.

Aux quatre coins des États-Unis, l’esprit était à la fête et les rassemblements étaient pacifiques.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Des partisans de Trump se sont réunis au State Farm Arena d'Atlanta, en Géorgie, pour dénoncer une «fraude électorale».

Au Sud du pays, par contre, dans deux États où Donald Trump conteste les résultats, la tension était palpable. À Atlanta, en Géorgie, des militants républicains étaient réunis devant un centre de dépouillement de votes pour y dénoncer, comme le leur a fait croire Donald Trump, que l’élection était une fraude. « Cessez le vol », ont-ils scandé. En après-midi, les militants républicains et les partisans de Joe Biden se sont retrouvés face à face, armés. L’affrontement s’est terminé sans incident, a rapporté la CBC.

Des pro-Trumpistes sont aussi sortis manifester à Phoenix, en Arizona, en reprenant là aussi à leur compte les allégations d’irrégularités électorales infondées de Donald Trump. Certains médias ont déclaré Joe Biden gagnant en Arizona — notamment l’Associated Press, dont Le Devoir reprend les résultats, et Fox News — mais d’autres ont préféré attendre que tous les votes soient dépouillés. La campagne Trump s’est adressée aux tribunaux dans cet État également, samedi, après avoir contesté le dépouillement de vote en Pennsylvanie et au Nevada ces derniers jours.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat — Le Devoir.