Donald Trump s’autoproclame gagnant

«Nous nous apprêtions à gagner cette élection. Et bien franchement, nous avons gagné cette élection», a clamé Donald Trump.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse «Nous nous apprêtions à gagner cette élection. Et bien franchement, nous avons gagné cette élection», a clamé Donald Trump.

L’incertitude qu’avaient prédite les sondeurs et les experts s’est confirmée, au terme d’une longue soirée électorale présidentielle américaine qui n’a pas permis de consacrer un gagnant. Cela n’a cependant pas empêché Donald Trump de s’attribuer la victoire et de promettre de s’adresser à la Cour suprême.

« C’est une escroquerie pour la population américaine. C’est une honte pour notre pays », a scandé Donald Trump à 2 h 30 mercredi matin. « Nous nous apprêtions à gagner cette élection. Et bien franchement, nous avons gagné cette élection », a-t-il clamé, après être arrivé sur scène au son de l’ode militaire Hail to the Chief.

Donald Trump a récolté des résultats un peu plus encourageants qu’anticipés mardi soir, en remportant notamment la Floride assez tôt en soirée. Mais trois États pivots n’avaient pas fini de comptabiliser leurs votes mardi soir et ont prévenu que cela attendrait mercredi ou même plus tard dans la semaine.

Donald Trump y a trouvé le prétexte de prétendre que les démocrates tentaient ainsi de « voler l’élection » — une allégation sans fondement. « Des millions et des millions de gens ont voté pour nous ce soir et un groupe très triste de personnes essaie de les priver de leur droit de vote. Et nous n’allons pas l’accepter », a argué le président depuis la Maison-Blanche où il avait suivi les résultats.

Son rival démocrate Joe Biden venait d’affirmer, près de deux heures plus tôt, qu’il était prévu que les résultats finaux se fassent attendre jusqu’à mercredi ou même un peu plus tard. « Comme je l’ai dit depuis le début, ce n’est pas à moi ou à Donald Trump de dire qui a gagné cette élection. C’est la décision de la population américaine », a insisté M. Biden, en faisant une déclaration depuis le Delaware.

Des États en suspens

Car, malgré les propos de Donald Trump, en fin de soirée il était encore impossible de prédire qui, du président ou de Joe Biden, allait l’emporter. Trois États clés — le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie — n’avaient toujours pas de résultats finaux à annoncer. Ceux-ci vont devoir se faire attendre jusqu’à mercredi et même vendredi dans le cas de la Pennsylvanie.

Donald Trump a commencé la soirée en réussissant à conserver la Floride, qui rassemble 29 grands électeurs. Dans le comté de Miami-Dade, les électeurs cubains ne s’étaient finalement pas rangés suffisamment dans le camp de Biden, mais plutôt dans celui de Trump.

Même chose en Ohio (18 grands électeurs), où Joe Biden avait entamé la soirée bien en avance. Quelques heures plus tard, il y était au coude-à-coude avec Donald Trump avant d’y être confortablement dépassé par le président. Du côté de la Caroline du Nord et de ses 15 grands électeurs, les résultats étaient toujours très serrés cette nuit.

En revanche, le démocrate Joe Biden semblait avoir réussi à voler l’Arizona et ses 11 grands électeurs aux républicains. L’État, traditionnellement républicain, n’était pas passé en mains démocrates depuis 1996 sous le règne de Bill Clinton. Le réseau Fox News avait déclaré Biden gagnant en Arizona vers 23 h. Une décision aussitôt critiquée par le camp de Donald Trump, qui l’a qualifiée de « précipitée ».

Au terme de ces résultats préliminaires, ni Donald Trump ni Joe Biden n’avaient cependant remporté les 270 votes de grands électeurs, sur les 538 au total, nécessaires pour accéder à la Maison-Blanche.

Tout reposait désormais sur les résultats du Wisconsin, du Michigan et de la Pennsylvanie. Le président Trump y a démarré avec une légère avance, mais on attend toujours de grandes quantités de bulletins de vote envoyés par anticipation (plus de deux millions de votes en Pennsylvanie).

Contestation annoncée

Ces trois États ont indiqué, en soirée, que les décomptes arriveraient plus tard.

« Nous nous préparions à une grande célébration. Nous étions en train de tout rafler. Et tout d’un coup, [l’élection] a simplement été suspendue », a prétendu — encore une fois à tort — Donald Trump.

Le président avait bien prévenu, ces derniers jours, qu’il pourrait contester les votes qui seront épluchés après cette nuit. Il l’a confirmé au petit matin. « Notre objectif est de protéger l’intégrité [de l’élection] pour le bien de cette nation », a-t-il plaidé, en parlant de nouveau d’une « fraude ». « Nous nous adresserons à la Cour suprême des États-Unis, a-t-il annoncé. Nous voulons que tous les votes cessent. Nous ne voulons pas qu’ils trouvent des bulletins à 4 h du matin et qu’ils les ajoutent. »

Certains États comptabilisent des bulletins reçus après le jour du vote, mais seulement si ceux-ci ont un cachet de la poste confirmant qu’ils ont été envoyés avant. Donald Trump avait allégué, en fin de soirée, que les démocrates essayaient ainsi de « voler l’élection ». Twitter a signalé ce gazouillis du président comme étant susceptible d’être trompeur.

Le haut taux de vote par anticipation a compliqué le décompte des bulletins, puisque dans certains États — comme la Pennsylvanie — les bulletins par anticipation n’avaient même pas commencé à être épluchés lorsque les bureaux de vote ont fermé leurs portes mardi soir. En revanche, dans d’autres États comme en Floride, ce sont les premiers résultats qui ont été annoncés et ceux-ci favorisaient les démocrates, dont les électeurs ont été plus nombreux à voter en avance par la poste en raison de la pandémie. L’écart s’est donc resserré au fil de la soirée dans ces endroits, au fur et à mesure que les votes en personne — davantage républicains — étaient comptabilisés.

Donald Trump a faussement allégué, mardi soir, que les médias n’avaient pas comptabilisé tous les États qu’il a remportés, l'empêchant ainsi de se déclarer gagnant. M. Trump a cependant argué, pour ce faire, que les décomptes des médias ne tenaient pas compte de l’Ohio ou du Texas, alors que c’est faux. Même avec ces États, mais sans les trois États pivots du Nord dont on attend toujours les résultats, Donald Trump ne compterait que 213 votes du collège électoral et Joe Biden 238. Ni l’un ni l’autre n’a les 270 votes nécessaires pour l’instant pour accéder à la Maison-Blanche.

Vote et pandémie

Le taux de participation risque de franchir un nouveau record cette année. Le New York Times prédisait mardi soir qu’il pourrait atteindre 67 %. Il y a quatre ans, ils n’étaient que 55 % des électeurs éligibles à s’être prononcés. Le dernier record date de 1908, lorsque près de 66 % des Américains pouvant voter s’étaient prononcés. En 2008, ils étaient 64 % à avoir voté lors du scrutin opposant le démocrate Barack Obama et le républicain John McCain.

Or, avant même que les bureaux de vote ouvrent leurs portes mardi, près de 100 millions d’Américains s’étaient prévalus de leur droit de vote par anticipation.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat — Le Devoir.

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5 commentaires
  • Benoit Simoneau - Abonné 4 novembre 2020 02 h 14

    Le poids des mots

    Bon portrait de la situation. Mais attention au poids des mots: Biden remporte l'Arizona plutôt qu'il ne le « vole ». Ne normalisons pas des propos gratuits; ils n'ont pas leur place dans une analyse sérieuse.

    • Gilbert Troutet - Abonné 4 novembre 2020 09 h 58

      Vous avez raison de souligner que certains commentateurs se trahissent avec le choix de leurs mots. D'autres rapportent des citations hors de leur contexte, ce qui traduit aussi un biais à peine déguisé. Pour ma part, je m'attendais à ce que Donald Trump fasse mieux que ce qu'on nous annonçait. C'est que beaucoup de journalistes prenaient souvent leurs désirs pour des réalités. Bref, après tout ce qu'on nous a raconté sur ces élections américaines, nos médias semblent incapables de nous informer correctement sur l'état d'esprit chez nos voisins.

  • Larry Allan Swiniarski - Abonné 4 novembre 2020 08 h 35

    Le poids des mots

    Je viens d'entendre le 'clip' de Trump, mais il n'a pas reclamé la victoire; il a dit que, même si on attendait encore le résultat ultime, quant à lui, il a gagné, c'est à dire, selon son opinion, il a gagné étant donné qu'il menait dans plusieurs états. Pas exactement la même chose que de monter au podium, et déclarer la victoire.

  • Denis Carrier - Abonné 4 novembre 2020 08 h 54

    Le spectacle n'est pas fini

    Le rideau n'est pas encore tombé mais la vague bleu n'a pas déferlée, pourquoi.? De toute évidence il n'y a pas que les journalistes et autres brandisseurs d'opinions qui votent. Le vote secret permet de faire des choix surprenants comme celui de voter pour Donald Trump.Pourquoi et comment la démocratie en est-elle arrivée là?

  • Jean Thibaudeau - Abonné 4 novembre 2020 16 h 33

    Quand donc les États-Unis feront-ils comme partout ailleurs et se doteront-ils de règles électorales uniques sur l'ensemble du territoire?

    50 régimes électoraux différents dans 50 États, c'est ridicule. La démocratie ne peut pas se conjuguer différemment d'un territoire à l'autre à l'intérieur d'un même pays. Non seulement ça ouvre la porte aux folleries redondantes du comptage des vites à chaque élection, mais ça facilite aussi grandement le tripotage des règles par les uns et les autres.