Les démocrates entre le Delaware et l’incertitude

Joe Biden  a commencé  la journée de l’élection en participant tôt  à une messe  tenue à la St.  Joseph on the Brandywine,  à Wilmington, proche de sa  résidence  personnelle.
Carolyn Kaster Associated press Joe Biden a commencé la journée de l’élection en participant tôt à une messe tenue à la St. Joseph on the Brandywine, à Wilmington, proche de sa résidence personnelle.

Sans surprise, l’ex-vice-président des États-Unis, Joe Biden, a remporté l’État du Delaware, où il est politiquement et personnellement bien établi depuis près de 70 ans. Et, comme prévu, l’issue du vote est restée incertaine dans les premières heures de la soirée mardi, au terme d’une campagne électorale marquée par la pandémie de coronavirus, les attaques personnelles, la peur, mais également par un vote massif par anticipation dont le dépouillement tardif n’a pas permis de déterminer rapidement un vainqueur, de manière claire.

Il y a quatre ans, tôt au début de la soirée électorale, le présentateur de Fox News — un réseau ami de Donald Trump —, Chris Wallace, avait évoqué la possible victoire du milliardaire, alors qu’Hillary Clinton menait pourtant dans les premiers résultats. En 2020, il s’est retenu mardi soir de faire une telle prédiction, reconnaissant que les certitudes étaient pour le moment celles qui était les plus évidentes : Joe Biden ayant remporté son Delaware, le Rhode Island, le New Jersey, le Massachusetts, le Maryland, I’Illinois, le Vermont, le Connecticut, l’État de New York et le Colorado, alors que Donald Trump avait fait entrer, selon les projections, l’Oklahoma, le Tennessee, le Mississippi, l’Alabama, la Caroline du Sud ou encore le Dakota du Sud dans son camp.

Les résultats étaient toujours très serrés dans les États clés de la Floride, de l’Ohio, du Michigan, du Wisconsin, du Minnesota, de la Pennsylvanie et de la Caroline du Nord, alors que Joe Biden menait de manière surprenante en Arizona avec plus des trois quarts du vote dépouillé.

Toujours selon les projections, les démocrates s’apprêtaient à conserver leur majorité à la Chambre des représentants, mardi soir, en la renforçant même de quelques sièges.

Surprise de la soirée : la républicaine Marjorie Taylor Greene, vertement dénoncée pour avoir publiquement appuyé les théories conspirationnistes du groupe QAnon, a remporté la course dans le 14e district électoral de la Géorgie, ont indiqué CNN et NBC, et fait son entrée au Congrès. Mme Taylor Greene a été qualifiée d’« étoile montante des républicains » par Donald Trump en août dernier.

Le sort de la majorité républicaine au Sénat n’était toujours pas joué. Oui, le sénateur Mitch McConnell, leader de la majorité républicaine à la chambre haute, a été réélu pour un septième mandat au Kentucky. Il a été une figure importante et influente des années Trump. Il a fait campagne en se présentant comme un homme fort de Washington dont son État pourrait profiter.

À l’inverse, le sénateur Corey Gardner du Colorado, un fidèle de Donald Trump, a perdu son siège au profit du démocrate John Hickenlooper, ancien gouverneur de l’État. Le 13 octobre dernier, dans une entrevue, Gardner avait salué le caractère « éthique et moral » du président américain.

Jour d’élection

Joe Biden a commencé la journée de l’élection en participant tôt à une messe tenue à la St. Joseph on the Brandywine, à Wilmington, proche de sa résidence personnelle. Puis, il est allé se recueillir dans le cimetière juste à côté sur la tombe de son fils, Beau Biden, décédé en 2015. L’histoire raconte que c’est lui qui aurait incité son père à se présenter à la présidence des États-Unis. Beau Biden était également un proche de Kamala Harris, la colistière de l’ex-vice-président.

Le candidat démocrate s’est rendu également à Scanton, sa ville natale, au nord de Philadelphie, où il a fait un arrêt symbolique à la maison de son enfance, et ce, au lendemain du passage de Donald Trump au même endroit. Sur un des murs, il y a écrit : « De ce mur, à la Maison-Blanche, avec la bénédiction de Dieu », a rapporté la journaliste Alexi McCammond du site Axios qui l’accompagnait. Il avait fait la même chose en 2008, alors qu’il était candidat aux côtés de Barack Obama.

Mardi, le vote s’est déroulé dans un certain calme dans les États de la Pennsylvanie et du Delaware, alors que de longues files d’attente ont été observées dans plusieurs comtés d’États décisifs, dont le Wisconsin.

Enquête du FBI

Dans la journée, le FBI a également ouvert une enquête pour tenter de faire la lumière sur l’envoi de plus de 10 millions d’appels téléphoniques et de messages textes automatisés cherchant à semer le chaos au sein d’électeurs de plusieurs États, le jour même du scrutin. Le Michigan et la Californie en ont été les principales cibles.

En substance, les messages appelaient les électeurs à « rester en sécurité à la maison » et à éviter les files d’attente en allant voter mercredi, alors que les bureaux de vote allaient être fermés à la grandeur du pays. L’origine de ces appels n’a toujours pas été identifiée mardi tard en soirée.

Plus de 100 millions d’Américains se sont exprimés par anticipation, ce qui représente 72 % de la participation électorale de 2016. Lundi, Bloomberg News a prédit qu’entre 142,4 et 165 millions d’électeurs pourraient avoir exercé leur droit de vote mardi lors de cette élection qui va « porter à conséquence », comme plusieurs l’expriment ici depuis plusieurs jours. Cela établirait un record.

Les deux tiers des électeurs américains ont indiqué cette semaine que leur vote allait être une sanction, positive ou négative, du leadership de Donald Trump dans le contexte actuel de la pandémie mondiale de coronavirus, selon le dernier coup de sonde de l’Associated Press. Un tiers a exprimé la même intention par rapport à Joe Biden.

Quatre électeurs sur dix estiment que la COVID-19 a été leur principale préoccupation lors de cette élection, alors que l’économie l’était pour 30 % des personnes sondées. Par ailleurs, 60 % réclament que la réduction des cas de contamination soit la plus grande priorité du gouvernement, même si cela doit porter atteinte à l’économie.

À la veille du vote, 6 électeurs sur 10 se disaient également insatisfaits par la direction qu’est en train de prendre le pays.

Pourtant, en début deoirée, ni une vague bleue démocrate ou rouge républicain n’était perceptible sur le territoire américain.

« Ce qui va arriver à la fin, c’est que Joe Biden va gagner », a prédit Audrey McLauran qui, mardi matin, s’était posée avec son amie Arlitha Williams et leurs deux sièges pliables dans le stationnement d’un bureau de vote, proche du centre-ville de Wilmington, pour suivre de près le déroulement de la journée. « Beaucoup de gens sont venus voter ici depuis l’ouverture, comme jamais on n’en a vu dans le passé. Et c’est très bon signe. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat—Le Devoir.

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