Les géants du Web accusés d’en faire trop. Ou pas assez.

«Nous réagissons aussi vite que possible. Nous avons agi contre des
Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse «Nous réagissons aussi vite que possible. Nous avons agi contre des "tweets" de chefs d’État partout dans le monde», s’est défendu Jack Dorsey.

Twitter, Facebook et Google nous « censurent », ont martelé les sénateurs républicains. Les plateformes ne retirent pas suffisamment les contenus problématiques, y compris de droite, ont rétorqué les sénateurs démocrates lors d’une audition mercredi sur la modération des réseaux sociaux. Un sujet délicat, à moins d’une semaine de la présidentielle aux États-Unis.

La discussion a moins porté sur le thème annoncé (la section 230 du Communications Decency Act, qui empêche les poursuites judiciaires liées aux contenus publiés par des tiers) que sur les griefs des deux partis contre les géants des technologies.

« Ces plateformes sont devenues de puissants arbitres de la vérité et des contenus », a déclaré le sénateur républicain Roger Wicker, président de la commission du Commerce, au début de l’audition. Jack Dorsey (Twitter), Mark Zuckerberg (Facebook) et Sundar Pichai (Google) ont fait valoir que la loi ne protège pas que les plateformes, mais aussi la liberté d’expression des utilisateurs, y compris les personnalités politiques.

Mais Roger Wicker a fustigé le« double standard apparent » qui désavantage, selon lui, les messages conservateurs, et appelé à une réforme la loi pour renforcer la responsabilité des sociétés. « Votre plateforme autorise des dictateurs étrangers à publier leur propagande sans restriction, tandis que vous limitez systématiquement le président des États-Unis », s’est-il indigné.

« Nous réagissons aussi vite que possible. Nous avons agi contre des tweets de chefs d’État partout dans le monde », s’est défendu Jack Dorsey.

L’accusation n’est pas nouvelle, mais a pris de l’ampleur à l’approche des élections.

Le camp du président Trump s’est mobilisé pour traduire sa colère contre la Silicon Valley en une réforme de la section 230. Mais pour les démocrates, leurs collègues républicains cherchent surtout à intimider les plateformes à six jours du scrutin.

Les trois patrons ont défendu cette loi, largement considérée comme la pierre angulaire de la liberté d’expression en ligne.

Pour Sundar Pichai (Google), dont Roger Wicker a écorché le nom, c’est « un acte fondateur du leadership américain dans le domaine de la tech ».

Sans elle, les plateformes censureraient plus de contenus pour ne pas prendre de risques juridiques, et elles auraient plus de mal à lutter contre le harcèlement en ligne, a souligné Mark Zuckerberg.

Le patron de Facebook, Instagram et WhatsApp s’est montré ouvert à une mise à jour de la loi « pour s’assurer qu’elle fonctionne comme prévu ». Mais tous trois ont mis en garde contre les risques de… renforcer les monopoles.

Plus de responsabilité et de modération sur les plateformes requièrent des moyens conséquents, que n’ont pas les start-ups. Un argument ironique, alors que ces groupes californiens sont accusés d’abus de position dominante par diverses autorités américaines.

Plusieurs propositions de loi ont été formulées récemment pour modifier le texte de 1996.

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