L’administration Trump viole à répétition une loi sur l’éthique

Donald Trump a beau crier à la fraude électorale à venir, orchestrée selon lui par les démocrates, c’est finalement son administration qui semble le moins respecter les règles éthiques américaines en matière d’élections depuis le début de la campagne.

Plusieurs ministres, conseillers et fonctionnaires enfreignent en effet régulièrement la loi américaine qui leur interdit de tenir des propos partisans dans le cadre de leurs fonctions publiques, estime le Citizens for Responsibility and Ethics in Washington (CREW), qui vient de documenter plus d’une trentaine de violations à ce jour.

Ce groupe de surveillance des activités du gouvernement estime d’ailleurs que l’administration Trump vient d’établir un record en matière d’atteinte à cette loi, dite loi Hatch, visant à prévenir les activités politiques pernicieuses dans l’appareil gouvernemental.

« Nous n’avons jamais vu une administration montrer autant de mépris envers les lois sur l’éthique et la gouvernance, a résumé en entrevue au Devoir Jordan Libowitz, porte-parole de CREW joint à Washington. Normalement, en huit ans, une administration peut commettre deux ou trois infractions. Celle de Trump en a plusieurs douzaines à son actif, en quatre ans à peine. »

La semaine dernière, le Bureau du conseiller juridique spécial des États-Unis a ordonné au ministre de l’Agriculture, Sonny Perdue, de rembourser les dépenses d’un voyage officiel qu’il a effectué fin août en Caroline du Nord, après une plainte du CREW. Il s’agit d’un État clé dans la course électorale en cours. L’organisme accusait le titulaire de la charge ministérielle d’avoir profité d’une rencontre avec des producteurs agricoles touchés par la pandémie pour les appeler à voter pour Trump et pour faire la promotion du président américain.

La loi Hatch, qui date de 1939, rend illégal ce mélange des genres, interdisant à des représentants de l’État de mener des activités politiques partisanes dans l’exercice de leur fonction. Elle vise à combattre la corruption et les interférences politiques au sein de l’administration publique. Le président et le vice-président sont exclus de cette disposition légale. Les infractions peuvent être sanctionnées par des congédiements ou des suspensions temporaires sans salaire.

Jusqu’à maintenant, près d’une quinzaine de personnes nommées par Donald Trump à de hautes fonctions gouvernementales font l’objet d’une plainte pour ne pas avoir respecté la loi Hatch, et ce, de manière répétée pour plusieurs. Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, en fait partie.

Début octobre, il a fait, devant un groupe conservateur de la Floride, un discours consacré aux politiques familiales après avoir participé à des rencontres similaires devant des groupes religieux au Texas et au Wisconsin, des États que Donald Trump ne peut pas se permettre de perdre et où il traîne actuellement dans les sondages, face à Joe Biden.

Mike Pompeo avait pourtant été montré du doigt après avoir participé en août dernier par vidéoconférence à la convention nationale républicaine, une activité partisane enfreignant la loi Hatch, depuis Jérusalem, où il était alors en voyage officiel.

Le procureur général des États-Unis, William Barr, fait également face à une plainte de CREW, pour non-respect de la loi, et ce, pour une entrevue qu’il a accordée au Chicago Tribune dans les dernières semaines. Il y a appelé à réélire Trump pour « quatre années de plus » pour ne pas mettre le pays « sur le chemin du socialisme ».

L’an dernier, le Bureau du conseiller juridique spécial des États-Unis avait recommandé à Donald Trump de mettre fin au contrat de sa conseillère Kellyanne Conway en raison de ses infractions répétées à la loi Hatch. Elle l’aurait violée près de 25 fois. Le président n’a pas donné suite à cette demande.

« Donald Trump ne se soucie pas de cette loi », dit Jordan Libowitz, dont l’organisme vient par ailleurs de révéler plus de 3000 cas d’utilisation du pouvoir par Donald Trump pour défendre ses intérêts personnels, particulièrement ceux liés à ses entreprises dirigées par ses fils. « Il se préoccupe davantage de la loyauté des gens qui l’entourent et de leur contribution à sa réélection. »

La semaine dernière, en quarante-huit heures à peine, Ivanka, fille de Donald Trump et conseillère spéciale du président en matière de création d’emplois, de développement de la main-d’œuvre et de l’entrepreneuriat, a violé la loi Hatch huit fois, en utilisant son compte Twitter pour faire campagne pour son père, a constaté l’organisme CREW qui conclut : « C’est beaucoup. Même pour une administration réputée pour sa corruption. »

À voir en vidéo