Des cartes électorales qui favorisent les républicains

En 2019, la perception de l’intégrité du processus électoral américain n’était pas très élevée pour une démocratie occidentale, à 61 sur 100, selon l’Electoral Integrity Project de la University of Sydney, en Australie.
Photo: Kamil Krzaczynski Agence France-Presse En 2019, la perception de l’intégrité du processus électoral américain n’était pas très élevée pour une démocratie occidentale, à 61 sur 100, selon l’Electoral Integrity Project de la University of Sydney, en Australie.

Pour Donald Trump, les jeux seraient faits : le prochain scrutin présidentiel sera « frauduleux », répète-t-il en boucle depuis des mois, et ce sont les démocrates qui vont en profiter. Or, dans les faits, ce sont surtout les républicains qui sont entrés dans la course avec un avantage indu, en raison du découpage partisan des cartes électorales dans plusieurs États.

La chose a son nom : le gerrymandering, d’après le nom du politicien Elbridge Gerry, gouverneur du Massachusetts qui, en 1812, avait fait redessiner les contours des districts électoraux de l’État au profit de son parti. Le redécoupage, qui visait à diluer le vote de son opposition, prenait de manière fortuite la forme d’une salamandre, salamander en anglais. D’où le gerrymandering. « De nombreux États ont actuellement un problème avec le gerrymandering, explique en entrevue Alex Keena, professeur à la Virginia Commonwealth University, et presque tous sont contrôlés par des républicains. » Floride, Géorgie, Ohio, Michigan et Pennsylvanie, pour ne citer qu’eux, sont des États sous influence, mais surtout des États où l’avenir électoral de Donald Trump et de Joe Biden risque de se jouer le 3 novembre prochain. Et ce n’est pas très rassurant, dit le chercheur qui vient de mener une vaste étude sur le gerrymandering aux États-Unis.


« Si les résultats de l’élection présidentielle dans ces États sont contestés, la Constitution stipule que les législations de ces États vont pouvoir choisir comment attribuer les voix des électeurs, dit-il. En d’autres termes, ils sont autorisés à donner les voix à Donald Trump, même si c’est Joe Biden qui remporte l’élection. »

Selon lui, le gerrymandering vient nourrir le cynisme et même l’indifférence des électeurs. « Les jeunes, les pauvres, les immigrants et les gens de couleur ont perdu confiance en la démocratie parce qu’ils ne se sentent pas politiquement respectés, dit-il. Ils voient le système politique comme étant manipulé pour favoriser les intérêts des riches et des puissants. » Et la manipulation à dessein des cartes électorales tend à leur donner raison.

Les jeunes, les pauvres, les immigrants et les gens de couleur ont perdu confiance en la démocratie

Le gerrymandering est-il frauduleux ? « Techniquement, c’est légal, mais philosophiquement, c’est peut-être frauduleux puisque les politiciens et les agents politiques trompent ainsi les électeurs sur la représentation du pouvoir et trahissent l’esprit de la démocratie », dit Alex Keena.

En 2019, la perception de l’intégrité du processus électoral américain n’était pas très élevée pour une démocratie occidentale, à 61 sur 100, selon l’Electoral Integrity Project de la University of Sydney, en Australie. Le Canada est à 75, alors que les pays scandinaves dominent à 86 pour le Danemark et 85 pour la Finlande. À 61, les États-Unis sont au même niveau que le Panama, le Mexique, la Colombie, mais plus bas que le Bénin et la Pologne.

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