Un Sénat divisé entame l'audition de la juge Amy Coney Barrett

La juge Amy Coney Barrett a été nommée fin septembre par le président républicain et devrait assurer une majorité conservatrice à la Cour suprême des États-Unis. Son audition par le Sénat, si près de l’élection présidentielle, est critiquée par les démocrates.
Photo: Erin Schaff Pool Getty Images via Agence France-Presse La juge Amy Coney Barrett a été nommée fin septembre par le président républicain et devrait assurer une majorité conservatrice à la Cour suprême des États-Unis. Son audition par le Sénat, si près de l’élection présidentielle, est critiquée par les démocrates.

Le Sénat a entamé lundi l’audition de la juge Amy Coney Barrett, nommée par Donald Trump à la Cour suprême, par un dialogue de sourds entre des républicains admiratifs de cette « brillante » juriste et des démocrates fustigeant un calendrier « irresponsable » en pleine pandémie et « illégitime » si près des élections.

Le même antagonisme s’est manifesté à l’extérieur du Congrès, où des partisans de la magistrate conservatrice ont défié des opposants avant que la police ne procède à une vingtaine d’interpellations.

« Cela va être une longue semaine de querelles », a reconnu d’emblée le chef de la commission judiciaire du Sénat, le républicain Lindsey Graham, qui a prévu de consacrer quatre jours à l’examen de cette candidature. « Essayons d’être respectueux, rappelons-nous que le monde nous regarde », a-t-il ajouté, en estimant que Mme Barrett était « talentueuse » et « intègre ».

Pour lui, c’est une « femme formidable » appelée à remplacer « une autre femme formidable », la juge féministe et progressiste Ruth Bader Ginsburg, morte le 18 septembre après 27 ans au sein du temple du droit américain.

La juge Barrett, 48 ans, a été choisie par le président républicain le 26 septembre pour succéder à « RBG ».

À 22 jours du scrutin présidentiel, elle s’est présentée au Sénat, chargé par la Constitution d’avaliser sa nomination, un exercice considéré comme acquis compte tenu de la majorité républicaine dans cette enceinte.

Après avoir écouté chaque sénateur, elle a retiré son masque noir et juré, main levée, de dire « toute la vérité ». Assis derrière elle, six de ses sept enfants l’ont écouté promettre d’« appliquer la Constitution et les lois telles qu’elles sont écrites ».

Cette lecture du droit, dite « textualiste », est prisée dans les milieux les plus conservateurs qui reprochent à la Cour suprême de s’être éloignée de la pensée des pères fondateurs des États-Unis pour faire évoluer certains droits, notamment sur l’avortement ou le mariage homosexuel.

 
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Ils espèrent que l’arrivée d’Amy Coney Barrett au sein de la haute juridiction — qui compte déjà cinq juges conservateurs et trois progressistes — freinera voire inversera la tendance.

Se gardant d’attaquer personnellement cette mère de famille venue avec ses enfants, les démocrates ont concentré leurs flèches sur leurs confrères républicains, accusés de mépriser les électeurs.

Le vote « a commencé dans 40 États et les républicains poussent, à pleine vitesse, pour consolider une Cour [suprême] qui perpétuera leur politique », a déploré la sénatrice Dianne Feinstein.

Le « pouvoir des prières »

La magistrate est également très bien vue de la droite religieuse parce qu’elle est une catholique pratiquante et partage la vision traditionnelle de la famille prônée par le Vatican. « Je crois au pouvoir des prières », a-t-elle encore déclaré lundi.

Sa foi et sa grande famille ont été louées par les républicains au même titre que ses qualités de juriste. « C’est un titan du droit qui conduit un minivan », a lancé le sénateur Mike Brown en référence à son véhicule familial.

Dans un pays où seul un quart de la population se dit athée ou sans religion, les démocrates se sont, eux, bien gardés d’avancer sur ce terrain miné.

« Sa foi ne doit pas entrer en considération », a déclaré à la presse Joe Biden, le rival de Donald Trump, en marge d’un déplacement, en optant pour un autre angle d’attaque : les critiques exprimées par la juge contre la loi de l’ex-président Barack Obama qui a étendu la couverture maladie de millions d’Américains.

Elle « a dit qu’elle voulait se débarrasser » de l’Obamacare, a estimé le candidat démocrate, en rappelant que, dans un mois, la Cour suprême allait examiner un recours des républicains contre cette loi.

Dans l’enceinte du Sénat, les sénateurs démocrates lui ont emboîté le pas, donnant tous l’exemple de bénéficiaires de cette loi. Grandes photos à l’appui, ils ont affirmé que ces Américains malades seraient les grands perdants d’une Cour suprême remaniée.

« Les républicains doivent répondre haut et fort que NOUS allons fournir de meilleurs soins médicaux beaucoup moins chers », a publié Donald Trump en parallèle sur Twitter.

Mauvais moment

Conscients d’avoir peu de leviers pour empêcher le Sénat de confirmer la candidature de MmeBarrett, les démocrates ont également utilisé cette tribune pour recentrer le débat sur la pandémie, qui a fait plus de 210 000 morts aux États-Unis.

La sénatrice Kamala Harris, colistière de Joe Biden, a ainsi fustigé l’attitude selon elle « irresponsable » de ses confrères républicains qui ont décidé d’organiser cette audition bien que trois élus aient été déclarés positifs il y a une dizaine de jours.

Notant que plus de 50 personnes étaient réunies en intérieur pendant de longues heures, la sénatrice, qui s’exprimait par lien vidéo, leur a reproché de « mettre en danger » le personnel du Congrès.

« Le Sénat devrait plutôt avoir pour priorité un plan de sauvetage pour les familles » a ajouté Kamala Harris. Elle a également jugé « illégitime » un processus si près du scrutin.

Sheldon Whitehouse a également jugé « irresponsable » de réunir les élus au Congrès. « Les Américains savent ce que ce coup de force retors, précipité et hypocrite signifie pour leur accès aux soins de santé en pleine pandémie », a-t-il lancé.

Mais pour le sénateur républicain Lindsey Graham, « le Sénat effectue son devoir constitutionnel ». Ce proche du président mise sur un vote en séance plénière la semaine prochaine.

Malgré ces joutes oratoires, les démocrates ont peu de moyens de bloquer le processus. Les républicains disposent en effet d’une majorité de 53 sièges sur 100 à la Chambre haute du Congrès. Même si deux de leurs élues — Lisa Murkowski et Susan Collins — comptent faire défection, ils ont a priori assez de voix pour donner le feu vert à la juge Barrett dès la semaine prochaine.

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