Mike Pence n’a pas réussi à sauver la campagne de Donald Trump

Les républicains espéraient que Mike Pence replace un peu sur les rails la campagne de Donald Trump, après une semaine tourmentée par l’appel à la mobilisation du président lancé aux suprémacistes blancs, puis par sa contamination à la COVID-19. Mais en 90 minutes, le débat des candidats à la vice-présidence, qui s’est tenu mercredi soir à Salt Lake City en Utah, ne lui a pas permis de réellement se démarquer face à la candidate démocrate Kamala Harris qui, elle, a critiqué sans relâche le bilan du gouvernement Trump.

« Mike Pence avait besoin de frapper un coup de circuit ce soir pour sauver Donald Trump, mais il n’est même pas arrivé au premier but, a résumé à chaud le stratège politique démocrate Brad Bannon, joint par Le Devoir à Washington. Comme Trump la semaine dernière, lors du premier débat présidentiel, Pence a été impoli à la fois avec la modératrice, Susan Page, et avec son adversaire, qu’il a interrompue à plusieurs reprises. Le problème, c’est que les candidats républicains perdent du terrain auprès des électrices. Être impoli avec des femmes de premier plan, comme Susan Page ou Kamala Harris, ne peut qu’empirer les choses. »

Dès les premières minutes de la rencontre, le vice-président s’est placé sur l’offensive pour défendre le bilan du gouvernement Trump dans la gestion de la pandémie, mais également pour attaquer les démocrates sur les lignes habituelles : l’avortement, les politiques vertes ou encore les allégations de complots politiques contre Donald Trump que Mike Pence a faites siennes.

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« Depuis le premier jour, le président Trump a mis la santé des Américains au premier plan », a-t-il dit lorsqu’interrogé sur le nombre très élevé de morts que le coronavirus a fait depuis mars dernier aux États-Unis, esquivant ainsi la question, comme il l’a fait à plusieurs reprises durant le débat.

« Le peuple américain a été témoin de ce qui est le plus grand échec de toute administration présidentielle dans l’histoire de notre pays », a dit pour sa part la colistière de Joe Biden en faisant référence aux 210 000 Américains emportés par la COVID-19. « Les Américains ont dû sacrifier beaucoup trop de choses en raison de l’incompétence de ce gouvernement. »

Des attentes dépassées

Pour Brian Brokaw, conseiller politique du gouverneur de la Californie, Gavin Newsom, « le débat de mercredi soir a été le plus grand moment de la carrière de Kamala Harris, et elle a largement dépassé les attentes, a-t-il indiqué en entrevue dans les minutes qui ont suivi le duel politique. Elle a clairement expliqué les échecs dévastateurs du gouvernement Trump-Pence et a surtout réussi à présenter des arguments convaincants en faveur du programme Biden-Harris ».

D’entrée de jeu, Mme Harris s’en est prise aux secrets fiscaux de Donald Trump qui, selon une enquête du New York Times, n’aurait payé que 750 $ d’impôts fédéraux en 2016, soit l’année de son élection. Elle a également souligné les millions de dettes de l’occupant de la Maison-Blanche, appelant au passage à connaître ses créanciers. « Qui détient les dettes du président ? » a-t-elle demandé en substance, en précisant que cela pouvait avoir une influence sur ses décisions.

Mike Pence a quant à lui nié le fait que Donald Trump avait appelé des suprémacistes blancs à la mobilisation. Et ce, même si la chose a été faite en direct à la télévision, lors du premier débat entre le président et Joe Biden la semaine dernière. « Pas vrai », a-t-il laissé tomber alors que Kamala Harris évoquait la « mécanique » du président pour attiser par ce genre de commentaire le racisme au pays.

Le vice-président s’en est pris également aux deux candidats démocrates, qu’il a accusés de ne pas respecter la démocratie, et ce, après avoir refusé de répondre, tout comme le président le fait depuis des semaines, sur l’acceptation d’une défaite éventuelle des républicains, si les urnes devaient en décider ainsi. « Nous allons remporter les élections », a-t-il dit en guise de justification.

« Le président Trump et moi nous nous battons chaque jour dans les palais de justice pour empêcher Joe Biden et Kamala Harris de changer les règles et de créer ce vote par correspondance universel qui va créer une énorme opportunité de fraude électorale », a-t-il ajouté, sans apporter de faits pour étayer cette allégation. Aucune étude ni aucun expert ne lient le vote postal à la fraude aux États-Unis.

« Mike Pence est un beau parleur, mais il manque de crédibilité, car il est obligé de défendre un président qui ment sans cesse, a dit Brian Brokaw. À ce stade de la campagne, il est difficile d’imaginer qu’il y a vraiment des électeurs indécis, mais je serais choqué d’apprendre qu’un indécis puisse pencher pour le camp de Donald Trump sur la base de la performance pathétique de Mike Pence. »

« Il n’a pas répondu à la grande question, qui est de savoir pourquoi les États-Unis ont un taux de décès par habitant plus élevé que n’importe quel autre pays, a commenté Brad Bannon. C’est pourtant la question qui préoccupe le plus les électeurs. Et l’incapacité ou la réticence du vice-président à donner une réponse claire n’aidera pas les républicains à améliorer leur position dans les sondages. »

Au dernier décompte de l’opinion, Joe Biden est désormais en avance de 16 points sur Donald Trump à l’échelle nationale, selon un sondage SSRS/CNN publié mercredi. À 26 jours du vote, le démocrate mène également par 11 points en Floride, un État crucial que Trump croit acquis.

Plus de 36 ans après le débat mettant en scène Geraldine Ferraro, la première femme candidate à la vice-présidence des États-Unis, Kamala Harris, s’est présentée sur le plateau de télévision, équipé de Plexiglas pour séparer les candidats, comme première femme afro et indo-américaine à aspirer à cette haute fonction.

Malgré plusieurs appels, il n’a pas été possible de parler à des représentants politiques des républicains mercredi dans la soirée.

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