Un débat sous haute protection

Préparatifs sur le plateau où se déroulera le débat entre Mike Pence et Kamala Harris à Salt Lake City, dans l’Utah.
Photo: Patrick Semansky Agence France-Presse Préparatifs sur le plateau où se déroulera le débat entre Mike Pence et Kamala Harris à Salt Lake City, dans l’Utah.

Des plexiglas entre les candidats, mais qui, malgré tout, devraient permettre à un débat civilisé de voir le jour.

Une semaine après la première rencontre télévisée désastreuse et cacophonique entre Joe Biden et Donald Trump, les attentes sont désormais élevées à la veille de la rencontre entre le colistier républicain, Mike Pence, et de la candidate démocrate à la vice-présidence, Kamala Harris, qui s’affrontent mercredi soir à Salt Lake City dans l’Utah, dans le cadre de leur unique débat de cette campagne.

Un événement durant lequel l’un risque de devoir répondre de l’éclosion de COVID-19 qui menace la Maison-Blanche, après avoir frappé son principal occupant, Donald Trump, et plusieurs membres de son entourage, alors que l’autre devrait chercher à se dévoiler comme une vice-présidente la plus présidentiable possible.

« Le diagnostic de COVID-19 du président va certainement faire partie des échanges, a indiqué en début de semaine au Devoir le politicologue Matthew Burbank de l’Université de l’Utah, puisque l’équipe de campagne des démocrates voit dans la critique de la gestion de la pandémie par la Maison-Blanche une manière de faire des gains politiques ». Un sondage de la Franklin Pierce University publié mardi par le Boston Herald montre que l’écart entre Biden et Trump s’est accru, à l’avantage du démocrate, entre l’avant et l’après-contamination du président, qui n’a pas trouvé de compassion avec sa maladie.

« En tant que challenger du vice-président, Mme Harris va devoir également éviter les erreurs évidentes pour se montrer comme quelqu’un qui est prête à intervenir à tout moment comme présidente », ajoute l’universitaire américain.

À 55 ans, la sénatrice de la Californie voit sa jeunesse relative exploitée comme argument de vente par son équipe de campagne, et ce, en réponse aux 77 ans de son colistier Joe Biden, considérés comme un handicap dans cette course à la présidence par ses détracteurs.

Lundi, la tenue de ce débat télévisé a été momentanément remise en question, après la multiplication des cas de contamination à la COVID-19 dans l’entourage du président américain. À ce jour, près d’une vingtaine de personnes ont contracté la maladie.

L’équipe de campagne des démocrates voit dans la critique de la gestion de la pandémie par la Maison-Blanche une manière de faire des gains politiques

La cérémonie de nomination de la juge conservatrice Amy Coney Barrett à la Cour suprême qui s’est tenue le 26 septembre dernier dans les jardins de la Maison-Blanche pourrait avoir été un espace de propagation de la maladie, en raison du non-respect des règles de distanciation sociale et de l’utilisation anecdotique du masque chez les participants.

Mike Pence y était au premier rang, à côté de Melania Trump, de Mike Lee, sénateur de l’Utah et de Kellyann Conway, proche conseillère du président, qui ont été depuis déclarés positifs au coronavirus. Les tests du vice-président sont toutefois tous revenus négatifs, à ce jour.

Depuis, la « culture de la panique a remplacé la culture de la négligence » au sein même de la Maison-Blanche, rapportait mardi la journaliste du New York Times Maggie Haberman, en parlant du siège de l’exécutif américain comme d’une ville fantôme après le retour hautement médiatisé de Donald Trump lundi soir.

L’ajout de plexiglas a été fait à la demande des démocrates et décrié le jour même par une porte-parole de Mike Pence, Katie Miller, qui a qualifié de la chose de « forteresse » derrière laquelle Kamala Harris cherchait à se protéger, a rapporté le site d’information politique Axios. « En général, les débats des vice-présidents ne sont pas source à long terme de bonne fortune pour l’un ou l’autre des partis politiques », explique en entrevue le directeur du département de science politique de la Utah State University Tony Peacock.

« Et je ne pense pas que celui-là va faire exception. Les républicains vont toutefois espérer que Kamala Harris se montre agressive à l’égard d’Amy Coney Barrett [comme elle l’a été lors de la nomination d’un autre juge conservateur à la Cour suprême, Brett Kavanaugh] en se disant que cela pourrait leur être bénéfique. »

Les auditions pour confirmer la nomination de la nouvelle juge s’amorcent la semaine prochaine au Sénat. Kamala Harris, à titre de sénatrice, va y prendre part. Le débat des vice-présidents va se jouer dans un contexte où le président actuel a multiplié depuis sa sortie de l’hôpital les déclarations minimisant la pandémie et ses conséquences. Mardi, les commentaires qu’il a formulés sur Facebook et Twitter afin de réduire la COVID-19 à l’état d’une simple grippe ont été retirés ou identifiés comme « faisant la promotion d’informations erronées sur le coronavirus » par les réseaux sociaux.

En après-midi, il a également mis fin abruptement aux négociations en cours entre la Maison-Blanche et le Congrès au sujet d’un plan d’aide aux familles et petites entreprises américaines touchées par la pandémie, renvoyant l’adoption de ces mesures budgétaires de plus de 2000 milliards de dollars à après sa réélection, a-t-il justifié.

« Mike Pence va avoir une tâche difficile mercredi soir, assure Matthew Burbank, d’autant qu’il n’est pas connu pour être un débatteur très dynamique. Mais il a aussi l’avantage d’être le candidat en poste à la Maison-Blanche. Si cette soirée est terne et sans envergure, son camp va malgré tout pouvoir la qualifier de victoire, surtout s’il n’y fait pas d’erreurs ».

Selon lui, Kamala Harris reste celle qui a le plus à perdre de cette rencontre qui lui offre toutefois la possibilité de poursuivre et de renforcer les critiques du camp démocrate sur les années Trump qui ont contribué, selon le parti de Joe Biden, à diviser le pays, à attiser les braises de l’intolérance et, depuis mars dernier, ont entraîné plus de 210 000 Américains dans la mort, en raison de la COVID-19. « Des critiques que Joe Biden n’a pas été en mesure de faire entendre, lors du premier débat des candidats à la présidence, à cause du comportement de Donald Trump », conclut-il.

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