La création d’emplois ralentit aux États-Unis

Sean Harris s’est installé sur le bord d’une avenue à La Nouvelle-Orléans avec une pancarte, vendredi, dans l’espoir de trouver un emploi. Harris venait de terminer une formation pour devenir guide touristique dans le quartier français lorsque la pandémie a entraîné un confinement général et l’effondrement de l’industrie touristique. Il n’a jamais pu trouver un autre emploi.
Photo: Max Becherer / The Times-Picayune / The New Orleans Advocate via AP Sean Harris s’est installé sur le bord d’une avenue à La Nouvelle-Orléans avec une pancarte, vendredi, dans l’espoir de trouver un emploi. Harris venait de terminer une formation pour devenir guide touristique dans le quartier français lorsque la pandémie a entraîné un confinement général et l’effondrement de l’industrie touristique. Il n’a jamais pu trouver un autre emploi.

L’économie américaine a créé plus de deux fois moins d’emplois en septembre qu’en août, ce qui, bien que le taux de chômage ait reculé à 7,9 %, souligne la fragilité du marché du travail à un mois de l’élection présidentielle.

Ces chiffres, publiés vendredi, sont les derniers à paraître jusqu’à l’élection du 3 novembre, ce qui ne fait pas l’affaire du président sortant, Donald Trump. Se félicitant des records battus par Wall Street, le locataire de la Maison-Blanche met en avant, en campagne, son bilan économique prépandémie et se targue d’être le meilleur candidat pour redresser l’économie.

Les données montrent que les employeurs américains continuent de créer les emplois qu’ils ont supprimés au moment où la pandémie de COVID-19 a paralysé l’économie américaine, mais à un rythme plus lent comparativement aux mois d’été. Quelque 661 000 emplois seulement ont été créés en septembre, contre 1,5 million en août. Il s’agit de la « plus lente augmentation en quatre mois ».

« Malgré une croissance relativement solide depuis le mois de mai, l’économie compte toujours 10,7 millions d’emplois de moins qu’avant la pandémie », souligne Kathy Bostjancic, analyste pour Oxford Economics, dans une note.

« Depuis mai, 11,4 millions d’emplois ont été créés, compensant partiellement les 22,2 millions d’emplois détruits en mars et en avril. Le ralentissement des derniers mois est préoccupant », renchérit Rubeela Farooqi, de High Frequency Economics. Elle pointe également le fait que « les pertes d’emplois permanentes augmentent [par rapport aux pertes d’emplois temporaires, NDLR], accroissant le risque d’une plaie durable pour le marché du travail ».

Le taux de chômage continue sa lente baisse depuis que la pandémie de COVID-19 l’a fait bondir à 14,7 % en avril. Il est passé de 8,4 % en août à 7,9 % en septembre, selon les chiffres publiés vendredi par le département du Travail. C’est mieux que ce qui était attendu, mais cela reste très loin des 3,5 % de février, avant la pandémie, lorsque le taux de chômage était à son plus bas niveau depuis 50 ans.

« Cocktail toxique »

Il est encore difficile de savoir quel impact ces chiffres auront sur l’issue de la campagne présidentielle. Ils pourraient peser sur les discussions entre la Maison-Blanche et le Congrès sur un nouveau plan d’aide aux ménages et aux entreprises, jugé crucial par les économistes pour permettre à la première économie du monde de se relancer. Les premières aides avaient en effet largement soutenu la consommation.

Républicains et démocrates ont depuis deux mois échoué à trouver un accord, et les négociations ont repris cette semaine, après des mois au point mort.

Or, les aides apportées par le gigantesque plan de relance adopté fin mars par le gouvernement Trump et le Congrès prennent fin progressivement. « La croissance de l’emploi ralentit au moment où les aides budgétaires [du gouvernement fédéral] expirent — un cocktail toxique », déplore encore Kathy Bostjancic.

Au total, 12,6 millions de personnes étaient au chômage. Comme en août, une partie des personnes licenciées temporairement ont retrouvé un emploi. Environ 781 000 Américains rejoignent toutefois les rangs des chômeurs de longue durée — depuis plus de six mois —, qui sont désormais 2,4 millions.