En photos | Au Texas, des volontaires offrent un accès à l'eau aux migrants

Les bénévoles du Centre pour les droits de la personne du sud du Texas tentent de limiter le nombre de migrants morts de soif sur les routes migratoires en posant des stations où ils peuvent venir se désaltérer. Matthew Flores et Angel Lartigue sont venus de Houston pour prêter main-forte à Eddie Canales, le directeur du centre, surnommé «waterboy».

1 Un baril d’eau au bord d’un chemin dans les environs de Falfurrias, dans le sud du Texas. Chaque année, de 50 à 100 migrants sans visa sont retrouvés morts dans cette région, la majorité d’entre eux de déshydratation et d’épuisement. Valérian Mazataud Le Devoir
2 Eddie Canales, 72 ans, a fondé fin 2013 le Centre pour les droits de la personne du sud du Texas (STHRC). L’ancien organisateur syndical est sorti de sa retraite et gère aujourd’hui l’organisation avec l’aide d’une poignée de volontaires qui l’aident à réapprovisionner 150 stations d’eau chaque semaine. Valérian Mazataud Le Devoir
3 Le bureau du STHRC à Falfurrias, au Texas. Sur les collants du classeur, on peut notamment lire « Nous sommes tous des immigrants ». Sur le drapeau du Texas, on voit les mots « Oui à l’éducation, non à l’expulsion ! », ou encore « Expulsez les agents d’immigration ! ». En haut de l’image, une pancarte fait référence au surnom d’Eddie Canales, « Waterboy », « porteur d’eau » en français. Valérian Mazataud Le Devoir
4 Une carte du comté de Brooks où sont épinglées les positions de plusieurs dizaines de points d’eau destinés aux migrants. Les plus grands ranchs possèdent des superficies de plus de 100 km2, environ la moitié de la ville de Montréal. Eddie Canales dépend du bon vouloir des propriétaires pour installer des stations d’eau sur leurs terrains privés. Valérian Mazataud Le Devoir
5 Eddie Canales et Matthew Flores inspectent une station d’eau lors d’une tournée de réapprovisionnement d’une vingtaine de points d’eau, le samedi 26 septembre 2020. Plusieurs gallons d’eau ont été consommés et il ne reste que des bouteilles vides. Valérian Mazataud Le Devoir
6 Bien que situé à plus de 100 kilomètres au nord de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, le comté de Brooks est un passage obligé pour les migrants sans papiers du Mexique et de l’Amérique centrale, qui doivent y contourner le dernier poste de contrôle des agents d’immigration. Par petits groupes, ils s’aventurent à travers cette immense région hostile avec l’aide d’un passeur, un « coyote », dont certains n’hésitent pas à abandonner leurs clients en cas de contrôle de police. Dans la cohue qui peut en résulter, certains migrants se perdent, parfois à tout jamais. Valérian Mazataud Le Devoir
7 Matthew Flores dépose plusieurs gallons d’eau dans une station située au bord d’un chemin bordant un ranch du comté de Brooks. Le jeune homme a grandi dans le comté voisin, mais il vit désormais à Houston, à quatre heures de route au nord, et c’est la troisième fois qu’il vient prêter main-forte à Eddie Canales. « Quand je visitais ma famille, j’entendais parler de ces migrants qu’on retrouvait morts de soif, et Eddie passait aux nouvelles de temps en temps. Alors, un jour j’ai décidé d’aller voir. » Valérian Mazataud Le Devoir
8 Chaque station reçoit six gallons d’eau. « Désormais, je dépose une caisse de lait au fond du baril pour surélever les bouteilles », explique Eddie Canales. Il craint en effet que certains migrants plus petits ne tombent dans le bidon en se penchant trop. Valérian Mazataud Le Devoir
9 Des instructions d’urgence sont écrites sous le couvercle de chaque baril — « Appelez le 911 » —, accompagnées des coordonnées géographiques du point d’eau et du numéro de téléphone du centre de droits de la personne. Pour Eddie Canales, qui a développé une collaboration avec la patrouille frontalière, l’important est de sauver des vies, même si appeler le 911 signifie aussi être renvoyé au Mexique. Valérian Mazataud Le Devoir
10 À gauche, Angel Lartigue, artiste visuel, et Matthew Flores, écrivain, sont venus de Houston, à quatre heures de route, pour prêter main-forte à Eddie Canales. Tous deux ont de la famille dans cette région du sud du Texas et voulaient s’impliquer plus directement dans la communauté et constater la situation sur le terrain. « La plupart des gens qui ne vivent pas dans le sud du Texas n’ont aucune idée de ce qui se passe ici », estime Angel Lartigue. À droite, un cactus empêtré dans les fils barbelés qui délimitent un ranch. Des milliers de kilomètres carrés du comté de Brooks sont recouverts par une végétation hostile et épineuse, et la température oscille entre 25 et 35 degrés de mars à octobre. Valérian Mazataud Le Devoir
11 Sac à dos et chemise abandonnés par des migrants en cours de route, parfois dans leur fuite, parfois pour se délester. Eddie Canales avoue qu’il ne rencontre presque jamais de migrants, alors ces indices l’aident à évaluer l’achalandage de certaines zones ou de nouvelles routes de passage. Ces simples objets constituent aussi parfois une précieuse indication pour une famille sans nouvelles. Valérian Mazataud Le Devoir
12 Le bureau du shérif de comté collabore avec le Centre pour les droits de la personne en publiant le signalement et les photos des corps de migrants qui sont retrouvés, comme cette photo datée du 21 septembre 2020 et sobrement intitulée Corps numéro 29. Plus de 650 corps ont ainsi été découverts depuis 2009, dont 50 en 2018, mais Eddie Canales estime qu’il en existe beaucoup qui ne sont jamais retrouvés. Valérian Mazataud Le Devoir
13 À gauche, Eddie Canales au téléphone dans le bureau du Centre pour les droits de la personne, où il habite une partie du temps. À droite, des affiches pour signaler un jeune homme disparu lors de sa traversée du comté de Brooks. Chaque mois, Eddie Canales reçoit une cinquantaine d’appels de familles inquiètes et sans nouvelles d’un proche qui a traversé la frontière. Une grande partie du travail du centre consiste à faire le lien avec ces familles. Les bonnes nouvelles sont rares, et l’équation est simple: un migrant arrêté n’est détenu que peu de temps avant d’être renvoyé au Mexique, laissant peu d’espoir à ceux dont les proches ont disparu depuis plusieurs semaines… Valérian Mazataud Le Devoir
14 Au Centre pour les droits de la personne de Falfurrias, les réserves d’eau qui seront distribuées dans les prochaines semaines. Une partie importante du financement du centre provient de petits dons de particuliers. Valérian Mazataud Le Devoir