La tension monte à quelques heures du débat entre Biden et Trump

Joe Biden et Donald Trump s'affrontent lors d'un premier débat mardi soir.
Photo: Jim Watson / Brendan Smialowski / Agence France-Presse Joe Biden et Donald Trump s'affrontent lors d'un premier débat mardi soir.

La tension est brusquement montée de plusieurs crans mardi entre Donald Trump et Joe Biden, les deux camps s’accusant réciproquement de mensonges à quelques heures du premier débat de la présidentielle américaine.

L’ancien vice-président démocrate a rendu publiques dans la journée ses déclarations d’impôts pour l’année 2019, un coup directement adressé au président républicain affaibli par des révélations explosives sur sa situation fiscale apparaissant privilégiée.

Allumant un autre foyer d’incendie, l’équipe de M. Trump a sous-entendu que Joe Biden, 77 ans, pourrait avoir recours à une oreillette électronique.

« La direction de la campagne de Joe Biden a donné son accord il y a quelques jours à une inspection, avant le débat, d’oreillettes électroniques, mais a fait brutalement volte-face aujourd’hui et refuse [désormais] », a accusé le camp Trump.

Toujours selon les proches du président, M. Biden aurait demandé « plusieurs pauses lors du débat, ce dont le président Trump n’a pas besoin ».

Ces affirmations ont été catégoriquement balayées par l’équipe du candidat démocrate, selon qui M. Biden n’a pas besoin d’écouteur dissimulé dans son oreille.

« Bien entendu, il ne porte pas d’oreillette et nous n’avons jamais demandé de pauses » pendant le débat censé durer 90 minutes, a affirmé Kate Bedingfield, une responsable de l’équipe de Biden.

En revanche, a assuré Mme Bedingfield, « l’équipe Trump a demandé [au modérateur du débat] Chris Wallace de ne pas mentionner une seule fois le nombre de morts de la COVID-19 durant le débat ».

Cette affirmation a elle-même été démentie en bloc par Tim Murtaugh, directeur de la communication de l’équipe de campagne de M. Trump. « C’est un mensonge, cela ne s’est jamais produit », a tweeté M. Murtaugh.

Le patrimoine de Donald Trump et les soupçons sur la forme de Joe Biden devraient figurer en bonne place dans les échanges que scruteront derrière leurs écrans des dizaines de millions d’Américains mardi soir.

Si leur impact sur le scrutin reste souvent limité, ces débats sont des moments forts de la campagne électorale, depuis le premier tête-à-tête télévisé organisé il y a 60 ans, à Chicago, entre John F. Kennedy et Richard Nixon.

À Cleveland, dans l’Ohio, un État clé susceptible de basculer d’un côté ou de l’autre, les deux hommes seront départagés par le journaliste de Fox News Chris Wallace, figure respectée dans les deux camps.

COVID-19 oblige, aucune poignée de main n’est prévue pour ce duel qui débutera à 21 h 00 devant un public restreint.

Distancé dans les sondages depuis de longues semaines, Donald Trump espère une bonne soirée — ou un spectaculaire faux pas de son adversaire démocrate — pour se relancer. Un nouveau sondage Washington Post-ABC News publié mardi le donne largement battu dans l’État de Pennsylvanie, qu’il a pourtant remporté en 2016.

À l’approche du scrutin du 3 novembre, il redoute de devenir le premier président à ne pas être réélu depuis plus d’un quart de siècle (défaite de George H. W. Bush face à Bill Clinton en 1992).

La COVID-19, la Cour suprême, l’économie, les questions raciales, les bilans des deux candidats ainsi que « l’intégrité du scrutin » feront partie des sujets au menu.

Langage corporel

Mais les petites phrases et le langage corporel des deux hommes seront scrutés avec attention.

Depuis des semaines, le locataire de la Maison Blanche moque les capacités physiques et mentales de « Sleepy Joe » (« Joe l’endormi »), le présentant comme une marionnette manipulée par la « gauche radicale ».

Tout sépare les deux candidats septuagénaires. Donald Trump s’est présenté une fois, en 2016, et a créé la plus grande surprise de l’histoire politique moderne. Entré en politique il y a un demi-siècle, Joe Biden, sénateur puis vice-président, espère que sa troisième tentative pour la Maison Blanche (il s’était déjà présenté aux primaires démocrates en 1988 et 2008) en sera la bonne.

La force de l’ancien homme d’affaires républicain ? Sa capacité à surprendre, casser les codes, imposer ses propres règles, son propre style.

Dans le camp de Joe Biden, on table sur son expérience, son sens de l’empathie.

« Les Américains vont voir à quoi ressemble un président », a assuré sa femme Jill Biden. « Calme, constant, fort, résistant. »

Mais la crainte d’une gaffe hante le camp démocrate, tant ce vieux lion de la politique est habitué du genre.

À l’approche du grand rendez-vous, Donald Trump a de nouveau exigé un contrôle antidopage pour Joe Biden.

Ce dernier s’est refusé à tout commentaire dimanche. Mais son équipe a envoyé une réponse cinglante. « Si le président pense que la meilleure façon de présenter ses arguments c’est par l’urine, alors qu’il ne se gêne pas », a déclaré Kate Bedingfield.

Les deux autres débats présidentiels sont prévus les 15 et 22 octobre, respectivement à Miami, en Floride, et à Nashville, dans le Tennessee.

Le vice-président républicain Mike Pence affrontera la colistière de Joe Biden, la sénatrice et ex-procureure Kamala Harris, le 7 octobre à Salt Lake City, dans l’Utah.

Avec Jerome Cartillier à Washington

À voir en vidéo