Le fils de Ronald Reagan, figure de proue des non-croyants américains

Malgré ses nombreuses interventions publiques sur l’athéisme, Ron Reagan ne se considère pas comme un «militant».
Photo: David Ryder Le Devoir Malgré ses nombreuses interventions publiques sur l’athéisme, Ron Reagan ne se considère pas comme un «militant».

Aux États-Unis, la religion prend une telle place dans la société que l’athéisme est devenu un véritable mouvement politique avec ses lobbies, ses revendications et, depuis peu, ses représentants au Congrès. Deuxième de trois textes aujourd’hui avec le portrait de Ronald Reagan Junior, fils de l’ancien président et figure d’un phénomène de moins en moins marginal chez nos voisins du Sud.

Ronald Reagan Junior est l’une des figures les plus connues de la cause athée aux États-Unis. Dans une publicité diffusée ces jours-ci à la télévision, le fils de l’ex-président déclare un sourire en coin « qu’il n’a pas peur de brûler en enfer ».

« Bonjour, je suis Ron Reagan, un athée assumé, et je suis alarmé par les intrusions de la religion au sein de notre gouvernement », lance-t-il dans la sobre publicité.

Comment le fils d’un des présidents les plus conservateurs de l’histoire moderne des États-Unis a-t-il pu se retrouver là ? Un peu par hasard, répond au Devoir le principal intéressé.

« Ça a commencé il y a une quarantaine d’années, quand mon père a été élu président. Le New York Times m’a demandé en entrevue si j’allais faire de la politique moi aussi. Vous savez, on m’avait posé cette question toute ma vie, et j’avais l’habitude de répondre que ce n’était pas pour moi, que je n’aimais pas la politique… Mais là, j’avais une réponse encore meilleure à donner. Je leur ai dit que ça ne m’intéressait pas et que, de toute façon, je ne pourrais jamais être élu parce que je ne suis pas croyant. »

Comme il l’espérait, cet argument a clos le sujet. Mais il a aussi fait scandale. « La réaction a été incroyable. Ça a mis tout le monde en colère. J’ai reçu des lettres indignées de certains amis. Ils voulaient savoir pourquoi j’avais dit ça, ce que je cherchais… C’est la première fois que j’ai compris à quel point les gens se souciaient vraiment des croyances des autres. J’ai trouvé ça intéressant. »

Né en 1958, Ronald Reagan est le benjamin du couple Ronald et Nancy Reagan, qui ont aussi eu une fille, les deux autres enfants Reagan étant issus d’un précédent mariage.

Fils de président

 

Ron avait 22 ans quand son père a été élu président, mais en avait seulement 8 quand Ronald Reagan père a été élu gouverneur de la Californie pour la première fois. Sur les photos de famille de l’époque, le couple pose souvent seul avec le petit garçon qu’il était, les autres enfants étant déjà grands.

C’est dès cette époque qu’il en est venu à la conclusion que Dieu n’existait pas. « À 10 ans, je m’étais déjà éloigné de la plupart des croyances chrétiennes », raconte-t-il. « Puis, à 12 ans, j’ai dit à mes parents que je n’irais plus à l’église avec eux parce que ce serait hypocrite. Après tout, s’ils avaient raison à propos de Dieu, lui-même allait le savoir que je faisais semblant ! »

Maintenant, on se retrouve avec un Donald Trump qui n’est manifestement pas croyant, mais qui est allé chercher le vote des évangélistes

 

D’où venaient ces convictions précoces ? Peut-être de sa passion pour la préhistoire. Il se rappelle que sa mère n’avait pas trop su quoi lui répondre quand il avait voulu savoir si Adam et Ève étaient des « hommes des cavernes ». Puis, le père Noël n’a pas aidé. « Quand vous êtes petit, vos parents vous disent qu’il y a un père Noël dans le Nord, qu’il a une grande barbe blanche et qu’il sait si vous avez été gentil ou pas durant l’année. Ça fait beaucoup penser à Dieu ! Et ensuite, vous découvrez qu’il n’existe pas. »

De la réaction de son père à son rejet de l’Église, il se souvient peu. Mais chose certaine, Ronald Reagan père n’était pas du genre à se mêler de la foi des autres. « C’était un homme pieux, mais il n’a jamais commis l’erreur de bien des politiciens qui se servent de leur foi pour faire des gains politiques », a-t-il dit lors de ses funérailles en 2004. « Il est vrai qu’après avoir été victime d’une tentative d’assassinat, il en est venu à penser que Dieu l’avait épargné pour qu’il fasse le bien. Mais il a accepté cela comme une responsabilité, pas comme un mandat. »

Opposition à Donald Trump

Bien qu’il soit un démocrate notoire, Ron Reagan insiste sur le fait que son père aurait désapprouvé ce que le Parti républicain est devenu, même avant l’avènement de Trump.

« Mon père a signé une loi autorisant l’avortement, il a haussé les taxes après les avoir réduites, a donné l’amnistie à 3 millions d’immigrants », signalait-il à l’émission de Bill Maher en 2015. « Et quand un trou s’est formé dans la couche d’ozone au-dessus du pôle Sud […], il n’a pas décidé que c’était un complot de la gauche pour nous priver de bière froide et il a agi ! »

Il concède toutefois que c’est aussi à l’époque de son père que les républicains ont commencé à se rapprocher des lobbies évangélistes. « Le parti voulait courtiser le vote évangéliste, et c’était assez simple à faire : mon père était chrétien, il pouvait dire qu’il était de leur côté. »

 

Puis cela a dégénéré. « Maintenant, on se retrouve avec un Donald Trump qui n’est clairement pas croyant, mais qui est allé chercher le vote des évangélistes. Pourquoi ? Parce qu’il déteste ou prétend détester les mêmes personnes qu’eux : tous ces progressistes qui veulent permettre aux homosexuels de se marier, ont des amis noirs, veulent les priver de leurs privilèges blancs et menacer leur mode de vie, etc. », lance-t-il sur le ton de l’ironie.

Ron Reagan n’a pas la langue dans sa poche et manie le commentaire sarcastique avec un plaisir évident. On l’invite d’ailleurs à l’occasion sur les plateaux de télévision pour commenter la politique, notamment sur MSNBC. Il a même eu sa propre émission, le Ron Reagan Show, avant que la chaîne Air America Media fasse faillite. Il partage sa vie entre Seattle et l’Italie avec sa seconde femme.

Malgré ses nombreuses interventions publiques sur l’athéisme, il ne se considère pas comme un « militant ». Après sa sortie dans le Times, il est devenu « l’athée qui a un père célèbre », raconte-t-il amusé. « Après cela, je pouvais y faire allusion, on allait me reposer la question et j’allais le confirmer. Puis finalement, la Freedom From Religion Foundation [FFRF] en a entendu parler et m’a demandé de faire l’annonce. »

C’était en 2014, et la publicité circule toujours, tout en continuant de susciter de vives réactions. Lors du débat de la convention démocrate, des commentateurs ont même dit qu’elle avait volé la vedette au débat lui-même en suscitant un déferlement de commentaires positifs sur la plateforme Twitter. À l’inverse, certaines chaînes de télévision censurent encore le passage où M. Reagan dit ne pas avoir peur de brûler en enfer.

Pour la FFRF, son apport est inestimable, d’autant plus que les célébrités qui osent se dire publiquement athées sont très rares aux États-Unis. « Que le fils d’un président très conservateur fasse une publicité pour un groupe controversé comme le nôtre en se présentant ouvertement comme un athée, ça a eu un gros impact pédagogique. Ça a permis de montrer à la nation que ce genre de personnes existent, qu’elles sont normales », avance la codirectrice de la FFRF, Annie Laurie Gaylor.

« Cette publicité a été un gros coup pour nous », ajoute-t-elle. « Il est parti d’un petit clip de 30 secondes et l’a amené beaucoup plus loin grâce à sa personnalité. C’est lui qui a ajouté l’expression “athée assumé qui n’a pas peur de brûler en enfer”. »

À qui pense-t-il s’adresser avec ce message ? « J’aimerais que ce soit entendu par des athées qui sont encore “dans le placard”. Ce serait probablement la chose la plus utile. Pour que les gens soient moins effrayés de s’assumer. Je n’essaie pas de convertir qui que ce soit à l’athéisme ou d’éloigner les croyants de leur foi. C’est quelque chose qu’ils ont à faire eux-mêmes. »

Mais au-delà de ça, c’est une façon pour lui de défendre la science. « Ce qui ne dérange le plus là-dedans, c’est ce que la religion a comme effet sur la recherche sur les cellules souches, par exemple. Les gens peuvent croire ce qu’ils veulent, mais quand ça rentre dans l’espace public et que ça influe sur la vie de tout le monde, on a un problème. »

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