Aux États-Unis, le vote postal défavorise surtout les minorités

Le vote par la poste désavantage surtout les minorités, plus enclines à voter pour les démocrates, car leurs bulletins sont plus souvent rejetés par les autorités électorales que pour les autres.
Photo: Logan Cyrus Agence France-Presse Le vote par la poste désavantage surtout les minorités, plus enclines à voter pour les démocrates, car leurs bulletins sont plus souvent rejetés par les autorités électorales que pour les autres.

Le président américain, Donald Trump, est-il encore entré dans une autre réalité alternative ? Cette semaine, l’occupant de la Maison-Blanche a une énième fois jeté l’opprobre sur le vote par la poste, qu’il accuse à tort depuis plusieurs mois de contribuer à la fraude électorale. Loin de lui donner raison, une étude menée par l’Université de Columbia confirme plutôt que ce genre de bulletin, qui sera décuplé dans le contexte pandémique d’ici novembre prochain, désavantage surtout les minorités, plus enclines à voter pour les démocrates.

Ce constat est surtout visible dans le rejet des bulletins postaux issus de cette tranche de l’électorat, qui sont plus souvent rejetés par les autorités électorales que pour les autres. Sur la base de l’élection de 2016, le politicologue Merlin Heidemanns estime en effet que le vote des Afro-Américains et des Hispaniques par la poste représente une « part disproportionnée » des bulletins rejetés dans la plupart des États dont les résultats électoraux ont été analysés.

 
65,5 millions
C’est le nombre estimé de bulletins de vote par la poste qui ont été jusqu’à présent réclamés ou envoyés dans 32 États américains, selon la compilation du New York Times.

Ainsi, le vote afro-américain a représenté 10 % des bulletins postaux en 2016, mais 18 % des bulletins postaux rejetés. Le vote hispanique par cette voie a été rejeté dans 36 % des cas, alors qu’il représentait 12 % de la participation, résumait The Economist vendredi.

Quant au vote des autres Américains, qui représentait 77 % des bulletins, 22 % ont été rejetés.

L’état déplorable du service postal dans les quartiers défavorisés pourrait expliquer en partie cette disparité, en empêchant les bulletins par la poste d’arriver à temps dans les bureaux de scrutin. L’obligation de faire oblitérer son bulletin ou de signer l’enveloppe de retour dans plusieurs États demeure également une source de rejet, par sanction de l’oubli ou par excès de zèle sur l’analyse de la conformité de la signature ou du coup de tampon.

De plus en plus courant

Le vote par la poste est en forte croissance aux États-Unis depuis les élections de 2008, et ce, en partie parce qu’il permet d’éviter des temps d’attente de plus en plus élevés dans les bureaux de scrutin de plusieurs États, le jour du vote.

Nous n’avons jamais vu, historiquement, aucun type de campagne coordonnée de fraude électorale lors d’une élection majeure, que ce soit par courrier ou autrement

À moins de 40 jours du scrutin présidentiel américain, près de 65,5 millions de bulletins par la poste ont été réclamés ou envoyés dans 32 États, selon le New YorkTimes,qui suit le développement de ce vote en temps réel. La Floride est en tête de file, avec 4,9 millions de bulletins postaux en route vers les urnes, soit 146 % de plus qu’en 2016. La Pennsylvanie a enregistré la plus grosse hausse, soit 1861 % par rapport à 2016, avec 2 millions de bulletins en chemin.

Le vote postal est en hausse dans plusieurs États clefs, dont le Wisconsin (+636 %), la Géorgie (+526 %), le Michigan (+208 %) ou la Caroline du Nord (+420 %). Les électeurs démocrates ont le plus souvent réclamé ce type de bulletin dans plusieurs États, dont la Pennsylvanie, le Maine, l’Iowa, la Caroline du Nord et la Floride, et ce, par rapport aux électeurs républicains et ceux se disant indépendants.

Lors d’un témoignage devant les élus du Congrès jeudi, le directeur du FBI, Christopher Wray, a refusé les accusations du président voulant que la croissance du vote postale fasse augmenter les risques de fraude.

« Nous n’avons jamais vu, historiquement, aucun type de campagne coordonnée de fraude électorale lors d’une élection majeure, que ce soit par courrier ou autrement », a-t-il dit devant le Comité sénatorial de la sécurité intérieure et des affaires gouvernementales.

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