Donald Trump a-t-il rempli ses promesses?

C’est le sort réservé aux présidents sortants, être attaqués sans relâche sur leur bilan, et Donald Trump n’y échappe pas. Or, même si le milliardaire clame depuis plusieurs semaines qu’il a tenu l’ensemble de ses engagements envers les électeurs depuis son arrivée au pouvoir, il semble une fois encore être en totale contradiction avec les faits, à en croire le Poynter Institute, qui établit plutôt à 25 % la part de ses promesses électorales tenues lors de son premier mandat. En comparaison, Obama avait rempli 47 % des siennes en deux mandats, selon l’organisme.

De son rêve d’un mur financé par le Mexique à l’urgence de sortir de l’Accord de Paris sur le climat, en passant par ses promesses de croissance annuelle à 4 % et de barrières tarifaires mises au service de « l’Amérique en premier », autopsie d’un programme électoral annoncé beaucoup plus fort qu’il n’a été finalement joué.

Il a renégocié l’ALENA

L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) était qualifié de « désastre » par Donald Trump. Il a bel et bien tenu parole en signant le 29 janvier 2019 l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), qui vient désormais le remplacer. Le nouveau traité ajoute de nouvelles conditions de fabrication des véhicules automobiles sur le continent et modifie l’accès au marché laitier canadien. Il intègre également de nouvelles politiques commerciales en matière de numérique, de propriété intellectuelle, de norme du travail et d’environnement. La réécriture de l’accord était présentée comme la « priorité absolue » de son gouvernement.

Il n’a pas fait revenir les emplois manufacturiers au pays

« Nous allons ramener nos emplois, nous allons ramener nos frontières, nous allons ramener notre richesse et nous allons ramener nos rêves. » Le jour de son investiture, en janvier 2017, le plan de match du nouveau président américain était clair. Mais les réductions de taxes ou l’annulation de règlements jugés contraignants par l’industrie, tout comme son attitude frondeuse face à des partenaires commerciaux comme la Chine, n’ont pas eu les effets escomptés.

« Quelles que soient les données objectives que l’on prend, le marché du travail ne s’est pas plus amélioré pendant son mandat que pendant la période qui a précédé son mandat », résumait il y a quelques jours Mark Zandi, économiste en chef chez Moody’s Analytics, dans les pages du USA Today.

Nous allons ramener nos emplois, nous allons ramener nos frontières, nous allons ramener notre richesse et nous allons ramener nos rêves

 

Certes, durant les deux premières années de l’ère Trump, 440 000 emplois ont été créés dans le secteur manufacturier. Des chiffres qui, selon les données du ministère du Travail, témoignent surtout de la solidité du marché légué à Trump par Obama. Après cette période, les emplois dans ce secteur ont commencé à stagner. Et ce, avant la chute induite par la pandémie de COVID-19.

Il s’est retiré de l’Accord de Paris sur le climat

C’était prévisible pour un président qui prétend que les changements climatiques relèvent de la légende urbaine. Après des discussions serrées au sein de la Maison-Blanche, Donald Trump a annoncé le 1er juin 2017 que les États-Unis allaient se retirer de l’Accord de Paris sur le climat. Négocié entre 200 pays en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre, ce traité était considéré comme l’héritage le plus fort des années Obama. Mais pour le nouveau président, il était devenu une atteinte portée à l’économie américaine par d’autres pays cherchant à en tirer profit. « J’ai été élu pour représenter les citoyens de Pittsburgh, pas de Paris », a dit Trump en arrivant à la Maison-Blanche. Hasard des calendriers, c’est le 4 novembre que le retrait va entrer en vigueur. Soit au lendemain du scrutin présidentiel.

Il n’a pas construit un mur à la frontière (et fait payer le Mexique)

Ce devrait être « une grande muraille »à la frontière américano-mexicaine. « Et je vais demander au Mexique de payer ce mur », avait-il dit. Or, au terme de son mandat, Donald Trump a ajouté seulement 4,8 kilomètres au mur déjà existant sur les quelque 3000 kilomètres de frontière commune entre les deux pays. Au total, un tiers seulement de la frontière est protégé par un mur. Trump prétend par ailleurs avoir construit 320 kilomètres de nouvelles barrières. Il s’agit en fait de la rénovation de 320 kilomètres de barrières déjà érigées par les gouvernements précédents. Le Congrès américain aaffecté 4,47 milliards de dollars à l’ensemble de ces travaux. Le Mexique ne participe pas à ce financement.

Il a réduit les subventions pour la planification des naissances

C’était une promesse faite aux opposants à l’avortement. En septembre 2019, Donald Trump a fait passer son règlement fédéral qui soustrait d’importants fonds provenant du gouvernement central aux organismes de santé offrant des services d’avortement, même si cet argent était utilisé à d’autres fins. Contesté devant les tribunaux, ce règlement a vu sa légitimité confirmée par une cour d’appel fédérale en février 2020. Ces fonds permettaient jusque-là de donner accès à des soins de santé à des personnes à faibles revenus dans plusieurs États du pays.

Il n’a pas maintenu la croissance au-dessus de 4 % chaque année

La pandémie n’y est pour rien. Avec ou sans elle, l’homme d’affaires n’a pas tenu cette promesse d’une économie nationale en croissance de plus de 4 % par année. En fait, son meilleur résultat a été enregistré en 2018, avec une augmentation du PIB de 2,9 % par rapport à 2017. « Jusqu’en février 2020, un observateur impartial aurait donné à Trump une note acceptable pour la performance économique des États-Unis au cours des 36 premiers mois de son mandat », a indiqué l’économiste de la Brookings Institution Gary Burtless dans les pages numériques du Poynter Institute. « Mais un observateur impartial aurait aussi donné au gouvernement une mention échec pour sa promesse de fournir une croissance économique de 4 % par année. »

Trump avait aussi promis de se débarrasser de la dette du pays « assez rapidement ». Elle était de 19 900 milliards de dollars à son arrivée. Elle a dépassé les 23 000 milliards au début de 2020 et s’élevait à 26 600 millards fin août.

Quelles que soient les données objectives que l’on prend, le marché du travail ne s’est pas plus amélioré pendant son mandat que pendant la période qui a précédé son mandat

 

Il a mis plus d’acier américain dans les infrastructures

« Acheter américain ». « L’Amérique d’abord ». Les slogans de campagne de Donald Trump ont été concentrés dans un décret, en juillet 2019, pour imposer la présence d’acier et de fer américain à 95 % dans les contrats fédéraux. Plus tôt dans son mandat, le président avait imposé des droits de douane pour réduire les importations de ces produits. Et les résultats sont perceptibles : les importations d’acier ont chuté de 17 % entre 2018 et 2019.

Il n’a pas rapatrié les soldats américains

Pourfendeur des « guerres sans fin » et critique du « désordre total et complet » qui règne au Moyen-Orient, Trump avait promis de mettre fin aux déploiements militaires américains à l’étranger. Or, en septembre 2017, son gouvernement a envoyé 3000 soldats supplémentaires en Afghanistan. Fin 2018, il a bien retiré 500 militaires de la Syrie, mais il en reste toujours le même nombre dans ce point chaud du globe. Cette semaine, à moins de deux mois du scrutin présidentiel, la Maison-Blanche a annoncé que 2000 soldats en Irak allaient rentrer au pays. Mais il en restera toujours 3000 sur le terrain.

Il a déménagé l’ambassade américaine en Israël

Il l’avait dit. Il l’a fait. Le 14 mai 2018, Donald Trump a déménagé l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, reconnaissant ainsi la ville du Proche-Orient comme capitale d’Israël. Un statut controversé que très peu de pays dans le monde ont décidé de reconnaître à ce jour, maintenant plutôt leur représentation diplomatique à Tel-Aviv. Le geste a été qualifié de provocation et de pas dans la mauvaise direction pour atteindre la paix entre Israéliens et Palestiniens.

Il n’a pas renégocié d’accord avec l’Iran

Il voulait un nouvel accord avec l’Iran, après avoir abrogé en 2018 le plan d’action sur le nucléaire négocié par le gouvernement précédent et l’Union européenne. Mais Donald Trump n’a pas atteint son objectif, laissant désormais un grand vide et des tensions entre les deux pays. « Il y a eu des tentatives de négociation, mais pas de réelles négociations diplomatiques adoptant les canaux des institutions multilatérales comparables au processus qui avait abouti au Plan d’action global commun (PAGC), résume en entrevue au Devoir Pierre Pahlavi, spécialiste de la région au collège des Forces canadiennes de Toronto. L’échec n’est toutefois pas lié au style agressif de l’actuel locataire de la Maison-Blanche, mais plutôt aux exigences occidentales de mise sous tutelle des programmes nucléaires et balistiques de Téhéran, non négociables pour la République islamique. »

Il a augmenté les droits de douane

Président protectionniste, Donald Trump a tenu sa promesse de réduire les importations de produits pour favoriser la production nationale américaine. La Chine a été particulièrement ciblée par ces mesures. Au 7 janvier dernier, 16,8 % des produits importés par les États-Unis étaient touchés par de nouveaux droits de douane. Panneaux solaires, machines à laver, acier et aluminium sont dans la liste. Au milieu de 2020, près de 620 milliards de dollars d’importations étaient touchés par ses mesures, dont les familles américaines devraient surtout faire les frais. JP Morgan estimait l’an dernier à 1000 $ par an l’augmentation des dépenses des familles en raison de ces politiques.

Il n’a pas déclenché d’enquête sur Hillary Clinton

Un « escroc » qu’il fallait « jeter en prison ». En campagne électorale, Donald Trump annonçait un avenir sombre à son opposante démocrate s’il remportait les élections. L’utilisation d’un serveur de messagerie privé alors qu’elle était secrétaire d’État donnait du carburant à sa haine. Or, aucun procureur spécial n’a jamais été chargé d’enquêter sur Hillary Clinton. Pis, une enquête du Bureau de la sécurité diplomatique du département d’État a indiqué il y a quelques mois qu’il n’y avait pas de mauvaise gestion d’informations classifiées par l’ex-aspirante à la Maison-Blanche.

Il a stabilisé le financement des universités et collèges afro-américains

Les collèges et universités afro-américains (HBCU) souffraient d’un financement en dents de scie pour leurs programmes de sciences, de technologies, de maths et d’ingénierie. Donald Trump a fait voter une nouvelle loi assurant la stabilité de ce financement pour les 10 prochaines années, à raison de 255 millions par an. Il a aussi sorti les HBCU du giron du ministère de l’Éducation pour les faire passer sous celui de la Maison-Blanche.

Il n’a pas imposé la peine de mort aux tueurs de policiers

Composante de son vaste projet de la loi et de l’ordre, Donald Trump avait promis cette mesure dès 2015, disant que c’était la « première chose » qu’il allait faire en devenant président. Le problème : un président ne peut imposer la peine de mort par décret. Et comme si cela n’était pas assez, la Cour suprême a statué en 1976 que rendre la peine de mort obligatoire était un acte inconstitutionnel.

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