Appel à la suspension du ministre américain des Postes

Le ministre américain des Postes, Louis DeJoy, fait à nouveau face à des soupçons de partisanerie.
Photo: Pool Getty Images / Agence France-Presse Le ministre américain des Postes, Louis DeJoy, fait à nouveau face à des soupçons de partisanerie.

Au cœur d’une controverse depuis plusieurs semaines pour ses réformes menaçant le bon fonctionnement du service postal américain à la veille d’un scrutin présidentiel atypique, le ministre américain des Postes, Louis DeJoy, fait à nouveau face à des soupçons de partisanerie envers Donald Trump après des révélations sur ses contributions illégales à la caisse électorale des républicains.

Mardi, la majorité démocrate à la Chambre des représentants a d’ailleurs annoncé son intention de faire enquête sur ces accusations portées au grand jour par le Washington Post. Les élus réclament au passage la suspension immédiate de M. DeJoy pour ses gestes passés, mais également pour avoir menti sous serment, il y a plusieurs jours, devant un comité de cette chambreoù il s’était présenté pour défendre l’intégrité de son institution.

La pandémie de COVID-19 devrait accroître le vote par correspondance d’ici le 3 novembre prochain partout au pays. Le président américain cherche à discréditer ce mode de collecte des bulletins, affirmant, en contradiction avec les études réalisées et les faits, qu’il représenterait une source potentielle de fraude.

« DeJoy pourrait s’exposer à des poursuites criminelles, non seulement pour ses actions, mais également pour avoir menti à notre comité », a indiqué mardi par voie de communiqué la députée de New York Carolyn B. Maloney, également présidente du comité de surveillance de l’action gouvernementale à la Chambre des représentants, qui devrait piloter l’enquête.

Selon le Washington Post, Louis DeJoy aurait incité plusieurs employés de son ancienne entreprise de la Caroline du Nord, la New Breed Logistics, à faire des contributions à des candidats républicains ou à participer à des campagnes de financement du parti de Donald Trump. Ces cotisations leur étaient ensuite remboursées par des primes salariales.

DeJoy pourrait s’exposer à des poursuites criminelles

 

Rappelons que l’incitation à la dépense électorale par un employeur n’est pas illégale aux États-Unis. Son remboursement pour déjouer les plafonds de contribution, par contre, l’est.

En août, le ministre des Postes a été cuisiné par des élus sur ses liens avec le Parti républicain et sur cette pratique de remboursement. Il s’est défendu contre ces accusations.

Tout en dénonçant le « caractère politique » de l’enquête, le chef de cabinet de la Maison-Blanche, Mark Meadows, a assuré mardi que le ministre des Postes « coopérerait complètement » à l’enquête du comité de surveillance.

La veille, Donald Trump avait déclaré que Louis DeJoy devrait perdre son emploi si des infractions dans le financement de sa campagne étaient découvertes. « Si la preuve devait être faite qu’il s’est mal comporté », un haut responsable comme lui devrait « toujours » perdre son emploi, a-t-il dit.

Sur le terrain de la Floride

Mardi, le président a cherché toute la journée à s’éloigner de plusieurs controverses en se rendant en Floride pour y parler de son bilan en matière environnementale, après une longue fin de semaine passée dans la tempête. Ses propos dénigrant les soldats morts au combat, mis au jour par The Atlantic, et ses commentaires lundi sur les hauts gradés de l’armée américaine, à la solde de l’industrie militaire selon lui, ont donné de la force au vent.

Depuis Jupiter, dans cet État du Sud, le président américain a prolongé de 10 ans le moratoire sur l’exploration gazière et pétrolière au large des côtes américaines du golfe du Mexique, l’étendant même aux côtes de la Géorgie et de la Caroline du Sud. Et ce, quelques mois à peine après que son gouvernement eut remisé jusqu’au lendemain des élections un plan controversé autorisant les forages dans les eaux de 90 % des côtes américaines. Une mesure largement décriée par les environnementalistes.

« Trump a qualifié la crise climatique de canular », a résumé Joe Biden, son opposant démocrate, dans un communiqué diffusé mardi. « Il a éliminé les règles visant à garder notre air et notre eau propres. Et, de manière dangereuse, il a ouvert des terres publiques supplémentaires, à la fois sur terre et en mer, à la possibilité de nouveaux forages pétroliers et gaziers », une menace « pour l’environnement naturel de la Floride et pour l’économie reposant sur le tourisme », selon l’ex-vice-président.

Donald Trump a visité la Floride, devenu l’État de résidence officiel du New-Yorkais depuis l’an dernier, alors qu’un nouveau sondage le place à égalité avec son opposant démocrate, avec 48 % d’intention de vote chacun, selon NBC/Marist. Le président voit sa cote de popularité baisser auprès des retraités, surreprésentés dans cet État, au profit de Joe Biden. En 2016, il avait remporté la Floride avec un peu plus d’un point de pourcentage sur Hillary Clinton.

Les démocrates cherchent à y faire des gains en surlignant la mauvaise gestion de Trump face à la pandémie, qui place depuis mars dernier le pays en tête de ceux les plus touchés par le coronavirus. Les personnes âgées en sont les principales victimes.

« Nous pouvons arrêter de nous intéresser à un président qui pense que tout dépend de lui et commencer à nous concentrer sur ce qui est le mieux pour nous », résume une nouvelle publicité politique démocrate lancée mardi, tout en affirmant que le président a « échoué » face à une pandémie qui a fait plus de 189 000 morts à ce jour aux États-Unis.

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