Donald Trump défend la police à Kenosha

De passage à Kenosha mardi, le président américain sortant, Donald Trump, a cherché une nouvelle fois à faire porter le chapeau au démocrate pour la violence urbaine qui se répand depuis le début de l’été dans plusieurs villes du pays. Sur la photo, un secteur de la ville récemment endommagé lors de rassemblements en soutien à Jacob Blake. 
Photo: Evan Vucci Associated Press De passage à Kenosha mardi, le président américain sortant, Donald Trump, a cherché une nouvelle fois à faire porter le chapeau au démocrate pour la violence urbaine qui se répand depuis le début de l’été dans plusieurs villes du pays. Sur la photo, un secteur de la ville récemment endommagé lors de rassemblements en soutien à Jacob Blake. 

Tout en se portant à la défense du corps policier américain, le président Donald Trump a minimisé mardi l’apparente bavure policière qui a laissé Jacob Blake gravement blessé à Kenosha, lors de sa visite controversée dans la petite ville du Wisconsin, et ce, en la qualifiant de simple « coup manqué » au milieu des « grandes actions » accomplies par les forces de l’ordre.

Le candidat républicain a également qualifié de « terrorisme intérieur » les manifestations qui ont suivi ce que plusieurs qualifient de crime raciste perpétré par un policier blanc contre un citoyen afro-américain et a cherché une nouvelle fois à faire porter le chapeau aux démocrates pour la violence urbaine qui se répand depuis le début de l’été dans plusieurs villes du pays.

« Pour arrêter la violence politique, nous devons aussi affronter l’idéologie radicale qui nourrit cette violence, a dit Donald Trump, lors d’une table ronde organisée en après-midi à Kenosha avec des représentants des autorités locales. Il a attaqué au passage les « politiciens d’extrême gauche imprudents » qui manipulent un « message destructeur » visant à dépeindre un pays et des forces de l’ordre « oppressifs et racistes ».

La semaine dernière, deux manifestants sont morts lors d’une manifestation à Kenosha, en tombant sous les balles d’un jeune milicien armé pro-Trump de 17 ans.

Le président s’est également porté à la défense du policier qui a tiré sept balles dans le dos de Blake pour refus d’obtempérer en parlant du « quart de seconde » dont les policiers disposent parfois « pour prendre une décision ». « Ils peuvent être tués ou se trouver dans une mauvaise situation. C’est très difficile. Parfois, ils échouent », a-t-il dit.

La veille au soir, sur les ondes de Fox News, Donald Trump avait comparé les tirs policiers contre Blake de « coup manqué », « comme dans un tournoi de golf », a-t-il dit. « [Le policier] a manqué son coup roulé de trois pieds. »

Pour l’essayiste américain Andrew Valls, auteur de Rethinking Racial justice (Oxford University Press), et interviewé mardi par Le Devoir, « en répondant ainsi aux événements récents, Trump exacerbe les conflits et les divisions au lieu d’essayer de les apaiser. Il prend parti, sur des bases idéologiques et partisanes, plutôt que d’essayer de jouer le rôle fédérateur qu’un président plus typique devrait normalement jouer »

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Visite contestée

La visite de Trump à Kenosha a été vivement contestée depuis le début de la semaine par le maire de la ville et par le gouverneur du Wisconsin, deux démocrates, en raison des risques d’embrasement qu’elle pourrait générer dans une communauté toujours en tension, plus d’une semaine après le drame, selon eux.

« Nous avons entendu le président parler de violence au cours des deux derniers jours et tout au long de la Convention nationale républicaine », a dit Symone Sanders, une proche conseillère du candidat démocrate Joe Biden sur les ondes de CNN mardi matin. « Ses tweets ont incité à cette violence. Il ne sera donc pas une voix apaisante à Kenosha aujourd’hui. Il ne fera rien d’autre que d’attiser les flammes et de verser de l’essence sur une situation déjà très tendue. »

La famille de Jacob Blake a refusé de rencontrer le président américain. Justin Blake, son oncle, a déclaré mardi que « le président Trump est un raciste qui attise les tensions raciales. Il attise les tensions raciales depuis son arrivée à la Maison-Blanche. Pourquoi, en tant qu’oncle de Jacob, voudrais-je lui parler ? Notre priorité, c’est Jacob et la guérison de la communauté ».

Alors que se tenait la rencontre avec le président, les proches de la victime ont plutôt organisé un rassemblement citoyen à l’endroit même où la bavure, filmée, s’est produite le 23 août dernier.

« Le président Trump exploite les tensions actuelles à des fins électorales, dit Andrew Valls. Il refuse de condamner la violence exercée par les milices de droite ou par ses partisans, mais il est prompt à qualifier les manifestants du mouvement Black Lives Matter comme des émeutiers et des pillards. Il espère ainsi diriger le débat sur les questions d’ordre public », pour toucher sa base électorale en zone rurale et périurbaine et « saper le soutien aux démocrates, en particulier à Joe Biden ».

Un État crucial

Le Wisconsin est un champ de bataille crucial pour les deux formations politiques. Trump l’a remporté en 2016 avec une mince majorité de 23 000 voix. Les derniers sondages accordent une avance de 9 points aux démocrates dans cet État du Midwest.

« Nous sommes ici pour montrer notre soutien à Kenosha et au Wisconsin », a dit le président. « L’État du Wisconsin a été très bon pour moi. Nous avons beaucoup fait pour l’État et nous continuerons à faire beaucoup pour lui. »

Alors que Trump visitait Kenosha, le pays faisait face à l’émergence d’un nouveau point chaud sur la côte ouest après la mort lundi d’un autre Afro-Américain abattu par deux policiers. Dijon Kizzee venait de commettre une infraction à vélo dans les rues de Los Angeles Sud. Le jeune homme de 29 ans aurait été armé, selon les policiers.

Depuis plus de 24 heures, des dizaines de personnes convergent vers le poste de police de cette banlieue de Los Angeles pour réclamer justice et dénoncer ce énième acte de profilage racial qui a tourné au drame.

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