Les républicains sont confiants dans la victoire en novembre

Les délégués représentant les 50 États américains à la convention nationale du Parti républicain se sont réunis pour des rencontres privées à Charlotte, dimanche.
Photo: Logan Cyrus Agence France-Presse Les délégués représentant les 50 États américains à la convention nationale du Parti républicain se sont réunis pour des rencontres privées à Charlotte, dimanche.

Le défilé de délégués du Parti républicain approchant des portes du palais des congrès de Charlotte, en Caroline du Nord, où s’ouvre lundi la convention nationale du parti de Donald Trump, était plutôt mince dimanche matin, mais également formé de gens timides et ayant plein d’excuses pour éviter de parler à un journaliste. « Je suis en retard pour une réunion de formation », a dit l’un. « Pas de commentaire », a ajouté une autre. « Non, désolé, je n’ai pas de temps pour ça. » « Plus tard, peut-être. »

Drew McKissick, lui, s’est arrêté. Il est le président du parti en Caroline du Sud. « C’est une grosse semaine qui commence pour nous », a-t-il admis, ses yeux donnant l’impression d’un sourire derrière son masque. « Le travail se poursuit : nous avons des millions d’électeurs à envoyer aux urnes en novembre prochain. » Autour de lui, des travailleurs s’activaient à barricader les rues en prévision d’une possible apparition du président sur place, lundi.

Une semaine après les démocrates, c’est au tour des républicains de tenir leur convention, avec, lundi matin, un coup d’envoi donné par le traditionnel vote par appel nominal des États confirmant la nomination de Donald Trump et du vice-président, Mike Pence, comme candidats lors de la prochaine course électorale. Ce sont 336 délégués de partout au pays qui ont commencé à converger physiquement vers la métropole de l’État du sud-est des États-Unis, pour enregistrer leur vote. Les démocrates, à Milwaukee mardi dernier, ont réalisé le même adoubement, mais de manière virtuelle, par vidéo, pour ancrer la candidature de Joe Biden et de sa colistière, Kamala Harris.

Cette convention républicaine s’annonce particulière, et pas seulement en raison de la COVID-19, qui en a réduit sa taille et son format. Après Charlotte lundi, la grand-messe politique doit se poursuivre depuis Washington, avec des discours livrés également d’un peu partout à travers le pays. Cinq membres de la famille de Donald Trump doivent y prendre la parole. Le président lui-même, chose inhabituelle, va quant à lui s’adresser aux Américains chaque jour de cette convention.

Esquiver la COVID-19

« Cette approche n’est pas étonnante, au regard du comportement du candidat à la présidence depuis plusieurs semaines », a résumé en entrevue au Devoir le directeur du Département de science politique au Catawba College de Salisbury, en Caroline du Nord, Michael Bitzer. « La grande question est : comment Donald Trump va-t-il décider de cadrer sa campagne ? La pandémie est un enjeu critique des élections générales de novembre. Elle va probablement orienter le choix de nombreux électeurs. Les républicains ne peuvent pas éviter le sujet. Et s’ils le font, cette décision va être difficile à concilier avec le nombre croissant de cas et de décès qui entre en contradiction avec la façon dont les républicains dépeignent la situation dans le pays. »

Dimanche, un sondage YouGov mené pour le compte de CBS révélait toutefois que 57 % des électeurs républicains jugent « acceptable » le nombre de décès liés à la COVID-19, soit plus de 176 000 à ce jour. Le coronavirus est devenu la troisième cause de décès dans ce pays, le plus touché par la maladie au monde. A contrario, 90 % des démocrates et 67 % des indépendants estiment ces pertes de vies « inacceptables ».

Photo: Logan Cyrus Agence France-Presse Des responsables distribuaient des masques et portaient des dispositifs de traçage pour diminuer la propagation de la COVID-19.

N’empêche, pour Drew McKissick, la campagne qui s’en vient n’annonce rien de très compliqué à gérer, grâce à un ticket démocrate qui « facilite la communication de notre message par contraste », a-t-il dit, « sur les taxes, sur l’avortement, sur l’immigration illégale… Ce que nous avons à faire, c’est montrer que nous sommes des personnes incarnées dont les préoccupations rejoignent les intérêts et les valeurs des Américains ».

Le contraste se lit dans les thèmes des quatre soirées qui, en rafale, se préparent à parler des États-Unis comme d’une « terre de promesse », « de possibilité », « de héros » et de « grandeur ». Il se lit également dans la présence de conférenciers au caractère clivant, comme la gouverneure du Dakota du Sud, Kristi Noem, qui s’est fait remarquer au printemps dernier en refusant de décréter un avis de confinement dans son État et en ne reconduisant pas un programme d’aide aux personnes ayant perdu leur emploi pendant la pandémie.

Des figures clivantes

Le président compterait également donner la parole lors de cette convention à un couple de Saint Louis, Mark et Patricia McCloskey, qui ont fait la manchette en juin dernier, lors des manifestations qui ont suivi l’assassinat de George Floyd, en pointant leurs armes à feu sur des manifestants du mouvement Black Lives Matter passés trop près de leur terrain. Les deux font face à des poursuites criminelles.

Lundi, l’ex-sénatrice de la Caroline du Sud et ex-ambassadrice des États-Unis aux Nations unies Nikki Haley doit également s’adresser aux électeurs. Cette républicaine est parmi les favoris à la succession de Donald Trump pour le scrutin de 2024.

« Le parti dans son ensemble va souhaiter faire de la sensibilisation auprès de groupes qui ne votent pas traditionnellement républicain, dit Scott de Marchi, professeur de science politique à la Duke University de Durham, en Caroline du Nord. Ils aimeraient aussi célébrer la performance du marché boursier, les chiffres de l’emploi avant la pandémie, dire aux Américains que la crise sanitaire va se terminer bientôt et que la croissance économique va reprendre. Mais Trump, de son côté, va être motivé par les attaques, parce qu’il n’est capable de rien d’autre. Il va être heureux aussi d’exploiter le racisme et les complots, et d’ignorer les menaces posées par des acteurs extérieurs comme la Russie sur notre démocratie. Il va faire dans la distraction et c’est une des raisons qui motivent tant d’anciens élus républicains à ne pas le soutenir. »

Photo: Logan Cyrus Agence France-Presse La veille, des manifestants avaient formé des chaînes humaines dans les rues voisines.

Newt Gingrich ne fait certainement pas partie de ces derniers. Samedi soir, dans une entrevue accordée à Fox News, l’ex-leader de la Chambre des représentants à la fin des années 1990 et républicain influent de la Géorgie, a affirmé que la victoire de Trump « était en train de se construire » et qu’elle allait être « spectaculairement plus grande » que ce qui est attendu. « Nous n’avons pas à inventer des trucs, a-t-il dit. Nous avons juste à dire la vérité sur la radicalité de ces gens », a-t-il soutenu en montrant du doigt les démocrates, dépeints en substances comme des « communistes » par les républicains.

Dimanche, Brice Elroy, lui, marchait en direction d’une station de tramway à Charlotte. Vingt-deux ans, étudiant en ingénierie qui « a grandi dans une famille républicaine », a-t-il dit. « Mais depuis que je suis à l’université, mes idées changent. » Il a dit aussi « ne pas aimer » ce qu’il voit en ce moment dans son pays. « Je suis modéré. Je ne sais pas encore pour qui je vais voter. Mais je pense aussi qu’on ne peut pas, comme nation, se satisfaire de la situation actuelle. »

Au lendemain de la convention démocrate, Joe Biden a fait un gain de 5 points dans sa cote de popularité, désormais à 45 %, avec des avancées importantes auprès de l’électorat démocrate (86 %), afro-américain (69 %) et latino (52 %), selon Ipsos. Trump, pour sa part, maintient sa cote à 32 %, inchangée depuis plusieurs mois ; 60 % des Américains désapprouvent par ailleurs son message.

Ce reportage a été financé grâce au soutien financier du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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