Les patrons des GAFA devant le Congrès américain

Jeff Bezos, Tim Cook, Sundar Pichai et Mark Zuckerberg, respectivement chef de la direction d'Amazon, d'Apple, d'Alphabet (maison-mère de Google) et de Facebook, sont auditionnés mercredi par visioconférence par la commission judiciaire de la Chambre des représentants.
Photo: Pablo Martinez Monsivais, Evan Vucci, Jeff Chiu, Jens Meyer Associated Press Jeff Bezos, Tim Cook, Sundar Pichai et Mark Zuckerberg, respectivement chef de la direction d'Amazon, d'Apple, d'Alphabet (maison-mère de Google) et de Facebook, sont auditionnés mercredi par visioconférence par la commission judiciaire de la Chambre des représentants.

Les GAFA écrasent leurs concurrents, accusent les démocrates ; les GAFA nous censurent, disent les républicains. Les élus américains tentaient mercredi de résumer des années de frustration vis-à-vis des entreprises qui dominent Internet.

Sundar Pichai (Alphabet, maison mère de Google), Tim Cook (Apple), Mark Zuckerberg (Facebook) et Jeff Bezos (Amazon) sont auditionnés en visioconférence par la commission judiciaire de la Chambre des représentants à Washington, qui enquête depuis un an sur d’éventuels abus de position dominante. « Ils ont trop de pouvoir », a assené, d’entrée de jeu, David Cicilline, le président du sous-comité sur la concurrence. Et « ils vont certainement émerger [de la pandémie] encore plus forts et plus puissants qu’avant ». « Si le Congrès ne force pas les “Big Tech” à être équitables, ce qu’ils auraient dû faire il y a des années, je le ferai moi-même avec des décrets », a menacé Donald Trump avant le début de la séance.

Les premières questions des parlementaires démocrates se sont concentrées sur les pratiques qu’ils jugent anticoncurrentielles. « Les preuves montrent clairement que Google est devenu le portail d’accès à Internet et abuse de son pouvoir […] en s’assurant, virtuellement, que toute entreprise qui veut être trouvée en ligne doive payer une taxe à Google », a conclu M. Cicilline après une série de questions à Sundar Pichai.

Jerry Nadler, le président de la commission, a de son côté attaqué Mark Zuckerberg sur le terrain des acquisitions, qui « enfreignent les lois antitrust ».

« Facebook voyait Instagram comme une menace […], donc […] il l’a acheté », a-t-il accusé, alors que Mark Zuckerberg a tenté de faire valoir que le succès de l’application n’était pas garanti à l’époque de son acquisition.

Google et Facebook accaparent l’essentiel des recettes publicitaires numériques mondiales grâce aux données personnelles de leurs milliards d’utilisateurs. Apple et Amazon, eux, sont accusés d’être juge et partie sur leurs plateformes, l’« App Store » pour l’un et le site de commerce électronique pour l’autre. Comme prévu par de nombreux observateurs, à moins de 100 jours de l’élection présidentielle, les questions des élus républicains et de certains démocrates ont rapidement dérivé sur les réseaux sociaux et leur rapport à la liberté d’expression.

« Les Big Tech ont ouvert la chasse aux conservateurs et ça, c’est un fait », a lancé Jim Jordan, un des proches alliés de Donald Trump, énumérant des exemples de tentatives, à son avis, de réduire les républicains au silence sur les plateformes.

Fibre patriotique

Combinés, les GAFA valent environ 4780 milliards de dollars en Bourse. Ils ont largement contribué à la croissance américaine et permettent au pays de dominer l’Internet mondial, de la communication au commerce électronique.

Mais leur emprise sur les données, moteur de l’économie numérique, inquiète en ce qui a trait au respect de la concurrence et de la vie privée, surtout depuis les scandales des interférences étrangères dans les élections de 2016.

Les patrons ont pu faire valoir leurs arguments, surtout lors des propos liminaires, les parlementaires ne leur laissant qu’assez peu la parole lors de la séance de questions et réponses.

Tous en appellent à la fibre patriotique des élus. Leurs sociétés, « fièrement américaines », dixit Mark Zuckerberg, doivent leur succès aux valeurs et lois du pays — démocratie, liberté, innovation, etc.

« Il n’y a pas de garanties que nos valeurs vont gagner. La Chine, par exemple, construit sa propre version d’Internet sur des idées très différentes et exporte cette vision dans d’autres pays », insiste le jeune milliardaire. Les GAFA mettent aussi en avant leurs investissements, les créations d’emplois aux États-Unis, et assurent favoriser la concurrence et faire face à une concurrence féroce.

La commission judiciaire enquête depuis des mois sur de possibles abus de leur position dominante, mais l’audition a peu de chances d’avoir des conséquences majeures, si ce n’est de préparer de nouvelles lois plus contraignantes pour réguler les plateformes numériques.

Jeff Bezos, épargné par les parlementaires en début de séance, les a néanmoins informés de sa philosophie personnelle. « Quand vous vous regardez dans le miroir, que vous évaluez les critiques et que vous pensez encore que vous avez pris les bonnes décisions, aucune force au monde ne devrait pouvoir vous faire changer. »

 

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