Washington accuse un consulat chinois d’être le coeur d’un «réseau d’espions»

Des pompiers se sont rendus devant le consulat chinois à Houston, alors que de la fumée avait été signalée dans la nuit de mardi.
Photo: Mark Mulligan Houston Chronicle via Associated Press Des pompiers se sont rendus devant le consulat chinois à Houston, alors que de la fumée avait été signalée dans la nuit de mardi.

Washington a ordonné à Pékin de fermer son consulat à Houston, accusé d’être le « cœur » du « réseau d’espions » de la Chine aux États-Unis, franchissant un nouveau palier dans l’escalade entre les deux grandes puissances.

Les autorités chinoises ont aussitôt menacé les États-Unis de « représailles », ce qui laisse présager une nouvelle dégradation des relations déjà tendues à l’extrême sur plusieurs fronts, dont la loi controversée sur la sécurité nationale à Hong Kong et la situation des droits de la personne au Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine.

Pékin a été notifié mardi de cette décision rarissime dans les relations sino-américaines, qui rappelle plutôt la guerre froide américano-soviétique.

Le consulat a été fermé « afin de protéger la propriété intellectuelle américaine et les informations privées des Américains », a annoncé mercredi la porte-parole du département d’État américain Morgan Ortagus, invoquant les règles de non-ingérence de la Convention de Vienne.

La diplomatie américaine a ajouté que le régime communiste s’était par le passé livré à « un espionnage massif » aux États-Unis et s’y était « mêlé de politique intérieure », avait « exercé des pressions sur des responsables économiques » et « menacé des familles de Sino-Américains résidant en Chine ».

Selon le vice-secrétaire d’État américain, Stephen Biegun, le président Donald Trump a pris cette décision spectaculaire en raison « du vol persistant de technologie américaine par des représentants et agents du gouvernement chinois », du « détournement des systèmes d’échanges universitaires » pour parvenir à ces fins, et enfin du « comportement des diplomates chinois au consulat de Houston, incompatible avec les pratiques normales de la diplomatie ».

En déplacement au Danemark, le secrétaire d’État, Mike Pompeo, n’a pas voulu aller au-delà de ces justifications elliptiques. Mais il a cité explicitement l’exemple de l’inculpation la veille par la justice américaine de deux Chinois mis en cause pour des attaques informatiques contre des entreprises engagées dans la recherche d’un vaccin pour la COVID-19.

Les espions ont 72 heures pour partir, sous peine d’être arrêtés

« Le président Trump a dit “assez” », a encore déclaré Mike Pompeo, menaçant de nouvelles mesures chaque fois que Pékin ne se « comporte » pas comme souhaité par Washington.

Pour le président de la commission du renseignement du Sénat américain, Marco Rubio, le consulat de Houston, l’un des cinq dont disposait la Chine sur le sol américain, est « le cœur du vaste réseau d’espions et d’opérations d’influence du Parti communiste chinois aux États-Unis ». « Les espions ont 72 heures pour partir, sous peine d’être arrêtés », a écrit sur Twitter cet allié du président Trump.

La police de Houston a expliqué que de la fumée avait été observée mardi soir en provenance du consulat, vraisemblablement après la notification de la fermeture, mais que les secours « n’avaient pas été autorisés à entrer » dans son enceinte.

« J’imagine qu’ils brûlaient des documents », a dit Donald Trump, assurant qu’il était « toujours possible » de fermer d’autres missions diplomatiques si nécessaire.

« Une action scandaleuse »

Sa fermeture « scandaleuse et injustifiée » constitue « une provocation politique lancée unilatéralement par la partie américaine, qui viole gravement le droit international », a dénoncé un porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin.

Il a menacé les États-Unis de « représailles », tandis que des appels à fermer le consulat américain à Hong Kong circulaient sur l’Internet chinois.

Il n’était pas clair dans l’immédiat si la fermeture du consulat de Houston a un lien direct avec les inculpations annoncées mardi par le ministère américain de la Justice contre Li Xiaoyu, 34 ans, et Dong Jiazhi, 33 ans, « deux pirates informatiques chinois » qui « travaillaient avec le ministère chinois de la Sécurité d’État ». Pékin a balayé ces accusations.

Les États-Unis ont adopté ces derniers mois un ton très critique envers la Chine, accusée d’avoir dissimulé l’ampleur de la propagation du nouveau coronavirus lors de son apparition dans le centre du pays fin 2019.

Lors d’une audition parlementaire de Stephen Biegun, plusieurs sénateurs américains se sont toutefois inquiétés de l’inefficacité de la stratégie de fermeté de Washington.

« Être ferme doit être un moyen, pas une fin ! » a protesté le démocrate Bob Menendez. « Nous sommes comme le Titanic », « on joue de la musique le plus fort possible, mais on est en train de perdre », a même osé dire son collègue républicain Mitt Romney, souvent critique du président Trump.

« Les relations entre la Chine et les États-Unis sont actuellement plombées par un nombre croissant de différends », a reconnu le numéro deux de la diplomatie américaine. « C’est un défi générationnel » qui concerne « pratiquement toutes les dimensions de notre existence économique, politique, sociale et militaire », a-t-il ajouté, prévenant qu’il ne fallait pas attendre de « résultats rapides ».

Vote pour le retrait des statues confédérées du Capitole

La Chambre des représentants américaine a voté mercredi pour le retrait des statues confédérées du Capitole, à Washington. Le texte a été adopté par la Chambre basse du Congrès (305 voix contre 113). Les drapeaux et monuments confédérés sont maintenant souvent considérés comme des symboles de racisme, même si leurs partisans, conservateurs, expliquent y voir un simple héritage de l’histoire du pays. Le Congrès américain compte une douzaine de statues de responsables confédérés. Le texte, qui a reçu le soutien de 73 représentants républicains, doit maintenant être approuvé par le Sénat, à majorité conservatrice. La proposition de loi devra ensuite être promulguée par le président républicain, Donald Trump, qui s’est fermement opposé au retrait des monuments confédérés.

Agence France-Presse