Se réunir, en hommage à George Floyd

Rassemblement populaire et discours publics au coin de la rue où George Floyd a été tué il y a une semaine, à Minneapolis. L’endroit est devenu un mémorial.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Rassemblement populaire et discours publics au coin de la rue où George Floyd a été tué il y a une semaine, à Minneapolis. L’endroit est devenu un mémorial.

Quand Jim Meyer s’est avancé au milieu de la rue, la foule en cercle autour de lui s’est tue.

« Je ne veux plus jamais voir un homme noir au sol sous le genou d’un policier blanc », a dit l’homme de 70 ans, originaire du Texas, mais vivant depuis plusieurs années à Minneapolis, où George Floyd est mort assassiné par un policier de la ville. C’était il y a une semaine, jour pour jour, juste au coin de l’avenue Chicago et de la 38e Rue, où Jim était en train de parler.

Il était accompagné de deux de ses filles. Afro-Américaines. Lui ne l’est pas. Un ménage reconstitué peut-être. Il ne l’a pas précisé.

Mais il a dit : « Je suis désolé pour ce que nous vous avons fait. Il faut continuer ce mouvement. Votre voix porte. Elle est entendue partout à travers le monde. » Et les gens autour de lui ont levé le poing dans les airs et se sont mis à crier.

 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Maryann Smith, 72 ans, devant un lieu de recueillement spontané en hommage à George Floyd, tient une affiche sur laquelle on peut lire: «Dites à Trump que cette fois nous riposterons».

Il était 18 h lundi soir, à l’endroit précis où, dans toute sa normalité dans une ville comme Minneapolis, le pire s’est produit le 25 mai dernier. Un homme noir, soupçonné par le commis d’un restaurant de vouloir acheter des cigarettes avec un faux billet de 20 $, s’est fait interpeller par la police. Il est mort par suffocation en raison d’une pression trop forte du policier sur son cou et dans son dos, a établi lundi l’autopsie demandée par sa famille.

Rico Suave, un voisin dans la vingtaine, a tout vu. « Le gars était au sol. Les policiers étaient sur lui. J’allais me chercher à manger. C’est pas habituel une arrestation comme ça dans le quartier. C’est pas normal que le gars soit mort pour ça », dit-il, assis sur les marches de sa maison, à un jet de pierre de lieu de recueillement spontané. De l’autre côté de la rue, sur une porte, un voisin a accroché une affiche sur laquelle on peut lire : « Quand la haine crie trop fort, l’amour ne peut pas rester silencieux ».

« Je ne peux pas respirer. » La vidéo montrant George Floyd a depuis fait le tour du monde, exposant le pauvre homme en train de mourir, sans que le policier appuyé sur son cou bronche. Derek Chauvin a été arrêté la semaine dernière et fait face à des accusations d’homicide involontaire. Au regard de la nouvelle autopsie, l’avocat de la famille souhaite que l’on parle plutôt de meurtre au premier degré.

 

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Jay Jay King, la trentaine, dit ne plus pouvoir regarder cette vidéo, mais vient tous les jours ici depuis le 25 mai. Jour. Et nuit. Pour manifester pacifiquement. Pour lui. Pour que justice soit faite.

« J’ai espoir que les choses vont changer. Les choses doivent changer », dit-elle en retenant un sanglot.

Assis sur le bitume d’un stationnement, Chad Huber, 32 ans, a le regard encore un peu traumatisé par sa nuit dernière. Quand les manifestations dans la ville ont commencé à mal tourné, il a reçu une balle de caoutchouc derrière la tête. Il montre sa cicatrice. « Ce n’est pas comme ça que les choses doivent se passer, dit-il. Nous manifestons pacifiquement. » Mais aussi dans un esprit qui laisse présager que la mort de George Floyd pourrait bien mettre fin à ce cycle de violence.

« Les policiers tuent des Afro-Américains dans cette ville sans être punis. Mais on sent aujourd’hui la colère, l’exaspération, oui, mais aussi la fatigue face à ce comportement, face à cette impunité qui ne peut plus continuer. »

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les discours de membres des communautés voisines se sont succédé durant plusieurs heures.

Sur la rue Chicago, Katisha Jones, 44 ans de vie à Minneapolis, espère la même chose. La fin d’une discrimination et d’une haine du passé dont le présent n’arrive pas à se débarrasser. « Ce n’est pas juste le quartier, la ville, qui exprime sa colère. C’est le pays en entier qui appelle à la justice pour George Floyd, et même le monde. J’ai vu que vous avez manifesté à Montréal aussi. Le mouvement devient de plus en plus fort. Et c’est comme ça que nous allons faire changer les choses. »

Au loin, la foule s’était remise à crier : « George Floyd. George Floyd. George Floyd. » Un nom scandé, comme des milliers d’autres aux États-Unis, pour qu’il ne soit pas oublié.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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