Trump part en guerre contre les réseaux sociaux

Trump a signé un décret visant en théorie à faciliter les poursuites contre les réseaux sociaux en cas de censure ou de blocage de contenus.
Photo: Evan Vucci Associated Press Trump a signé un décret visant en théorie à faciliter les poursuites contre les réseaux sociaux en cas de censure ou de blocage de contenus.

De la menace à l’exécution. Jeudi, Trump a signé un décret visant en théorie à faciliter les poursuites contre les réseaux sociaux en cas de censure ou de blocage de contenus. Un geste éminemment politique à la portée légale plus que limitée, selon plusieurs analystes. La mesure fait suite aux menaces exprimées mercredi par le président américain irrité par l’ajout sur son compte Twitter d’une mise en garde dans un de ses tweets. L’occupant de la Maison-Blanche et candidat républicain à sa propre succession en novembre prochain y qualifiait de « frauduleux » le vote par la poste.

Ce vote est de plus en plus envisagé en raison de la crise sanitaire en cours. Le lien conduisait vers des sources d’informations variées démontrant qu’aucune preuve factuelle ne permet d’appuyer l’affirmation du président américain qui cherchait une fois de plus à avoir raison contre les faits. Donald Trump a crié à la censure, accusé Twitter d’interférer dans la campagne électorale américaine et fait planer le spectre de représailles. « Nous sommes ici pour défendre la liberté d’expression contre l’un de ses grands dangers », a-t-il dit lors de la cérémonie de signature du décret, dans le bureau ovale, en fin d’après-midi jeudi.

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C’est le nombre moyen, par jour, de mensonges et demi-vérités proférés par le président américain sur Twitter depuis janvier 2017, selon le décompte du Washington Post, soit un total de 18 000.

Toute la journée, la Maison-Blanche a fait savoir qu’elle travaillait sur l’ébauche de ce document cherchant à soustraire dans certains cas les réseaux sociaux de l’article 230 de la Loi sur la décence des communications (Communications Decency Act), selon les informations préliminaires ayant coulé. Cet article de 26 mots a permis la naissance du Web 2.0, comme on l’appelait dans le temps, en ne tenant pas responsables les propriétaires des réseaux sociaux du contenu partagé et modéré dans leurs espaces numériques. Dans ce cadre légal, Twitter, Facebook, Google, YouTube et les autres ne sont pas considérés comme les éditeurs ou locuteurs des contenus qu’ils diffusent et leur travail de modération n’est pas soumis totalement aux règles éditoriales qui prévalent dans d’autres médias.

Loin du coup de dent annoncé par le président américain, le décret donne finalement la possibilité aux agences fédérales, dont la Federal Communications Commission (FCC), de poursuivre les réseaux sociaux pour les atteintesportées à la libre circulation des contenus dans leurs espaces, et ce, en suspendant la protection accordée par l’article 230 à des médias sociaux qui joueraient un rôle éditorial. C’est ce que Twitter aurait fait en s’immisçant dans le contenu d’un tweet présidentiel.

L’arme est toutefois à double tranchant, puisqu’en s’attaquant aux formes nuancées de modération dans ces univers de socialisation en ligne, la Maison-Blanche pourrait inciter les réseaux sociaux à davantage bloquer des comptes et à effacer des contenus, plutôt que de les vérifier et les mettre en perspective, et à être tenu légalement responsable par effet domino des contenus qui n’auraient pas été soustraits.

Paradoxalement, c’est en partie l’article 230 qui a favorisé la grande liberté d’échange sur ces réseaux, y compris les propos à caractère haineux et diffamatoires dont Trump s’est fait, depuis son arrivée au pouvoir, un important porte-voix. L’homme est un bon client de Twitter avec plus de 80 millions d’abonnés à qui il s’adresse directement, sans autre forme de médiatisation de ses affirmations souvent erronées. Depuis janvier 2017, le Washington Post a établi à 18 000 le nombre des mensonges et demi-vérités proférés par le président américain, soit 15 par jour, en moyenne.

Citée par The New York Times jeudi, la juriste Kate Klonick, professeure de droit à l’Université St. John’s et spécialiste de la modération de la parole et du contenu en ligne, a estimé que le décret, dans sa forme envisagée, ne pourrait pas tenir la route longtemps dans une contestation prévisible devant les tribunaux.

Les règles encadrant les réseaux sociaux ne peuvent pas être modifiées unilatéralement par le président américain. Ces changements doivent forcément passer par les agences fédérales et le système judiciaire américain. Tout en profitant de leur portée, Trump critique régulièrement les réseaux sociaux en les accusant de faire taire les voix conservatrices au profit des progressistes.