Les États-Unis pourfendent l’OMS

Le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a d’ores et déjà réaffirmé lundi que l’OMS avait sonné l’alarme «rapidement» et «souvent».
Photo: Christopher Black OMS via Agence France-Presse Le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a d’ores et déjà réaffirmé lundi que l’OMS avait sonné l’alarme «rapidement» et «souvent».

Les États-Unis ont dénoncé lundi « l’échec » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) face à la pandémie, lors de la réunion annuelle de l’Organisation, au cours de laquelle le monde a demandé une « évaluation » de la riposte internationale.

À l’occasion de cette première Assemblée mondiale de la santé virtuelle, les pays ont également décidé de reporter les débats sur la participation de Taïwan comme observateur, réclamée par les États-Unis et une quinzaine d’autres pays.

Après avoir bénéficié d’un statut d’observateur, l’île a été exclue de l’OMS en 2016 sous pression chinoise, la présidente taïwanaise refusant de reconnaître le principe de l’unité de l’île et de la Chine continentale au sein d’un même pays.

Le report des débats a été accepté lundi sans opposition des États-Unis, mais peu après, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a condamné dans un communiqué l’« exclusion » de Taïwan et dénoncé « l’absence d’indépendance » du directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, accusé d’avoir « choisi de ne pas inviter Taïwan sous la pression de la République populaire de Chine ».

S’adressant à la réunion de l’OMS, son secrétaire d’État à la Santé, Alex Azar, a assuré que l' « échec » de l’OMS face à la pandémie de COVID-19 avait coûté de « nombreuses vies », réclamant une OMS « bien plus transparente » et qui « rende davantage de comptes ».

Le président américain, Donald Trump, a d’ailleurs accusé lundi l’OMS d’être une « marionnette de la Chine », réitérant ses critiques sur sa gestion du coronavirus. « Je ne suis pas content de l’Organisation mondiale de la santé », a déclaré M. Trump depuis la Maison-Blanche. « Ils sont une marionnette de la Chine. »

Interrogé sur le devenir de la contribution américaine à cette organisation, dont il avait annoncé la suspension mi-avril, M. Trump est resté évasif. « Nous allons prendre une décision bientôt », a-t-il déclaré.

Dans un discours diamétralement opposé, la très grande majorité des hauts dignitaires ayant pris la parole à l’occasion de ce marathon diplomatique virtuel ont chanté les louanges de l’OMS et de son patron, tout en reconnaissant la nécessité de renforcer cette agence spécialisée des Nations unies.

Alors que l’OMS « dépend à 80 % des contributions volontaires » des pays, « est-il décent d’exiger tellement d’elle et de payer de manière aussi arbitraire ? », a notamment lancé la présidente suisse, Simonetta Sommaruga.

Ouvrant les discussions, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a pour sa part critiqué les pays ayant « ignoré les recommandations de l’OMS », estimant que le monde payait aujourd’hui au « prix fort » les stratégies divergentes.

Appelant à un « effort multilatéral énorme » face à cette « tragédie », il a dit espérer « que la recherche d’un vaccin pourra en être le point de départ ».

Comme en écho, le président chinois, Xi Jinping, a assuré qu’un éventuel vaccin chinois deviendrait un « bien public mondial », promettant que son pays consacrerait par ailleurs deux milliards de dollars sur deux ans à la lutte mondiale contre la COVID-19.

Dans un message vidéo, le président français, Emmanuel Macron, a également affirmé que, si un vaccin est découvert, il « sera un bien public mondial, auquel chacun devra pouvoir avoir accès ».

Malgré les vives critiques américaines à l’égard de l’OMS et de la Chine, les pays espèrent adopter une résolution portée par l’Union européenne qui réclame « l’accès universel, rapide et équitable de tous les produits […] nécessaires à la riposte contre la pandémie », et souligne le rôle d’une « vaccination à grande échelle contre la COVID-19, en tant que bien public mondial ».

[Un vaccin découvert] sera un bien public mondial, auquel chacun devra pouvoir avoir accès

 

Il appelle aussi l’OMS à « collaborer étroitement […] en vue d’identifier la source zoonotique du virus et de déterminer par quelle voie il s’est introduit dans la population humaine, […] notamment moyennant des missions scientifiques ».

Si la résolution est adoptée, « ce sera un résultat important parce que l’OMS sera le premier forum mondial à se retrouver de manière unanime sur un texte », a indiqué une source diplomatique européenne.

Le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a d’ores et déjà réaffirmé lundi que l’OMS avait sonné l’alarme « rapidement » et « souvent », et qu’il lancerait une enquête « indépendante » sur la réponse à la pandémie de l’agence onusienne et de ses États membres « le plus tôt possible au moment approprié ».

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