Des radicaux armés pour dénoncer le confinement aux États-Unis

Des Floridiens participaient à un «Freedom Rally», une manifestation anti-confinement, dimanche dernier. Des mouvements en opposition aux mesures d’urgence mises en place pour contrer la pandémie ne cessent de gagner en vigueur aux États-Unis.
Photo: Chandan Khanna Agence France-Presse Des Floridiens participaient à un «Freedom Rally», une manifestation anti-confinement, dimanche dernier. Des mouvements en opposition aux mesures d’urgence mises en place pour contrer la pandémie ne cessent de gagner en vigueur aux États-Unis.

De la démonstration de force à la menace de mort. Les milices d’extrême droite opposées au confinement décrété au Michigan, durement touché par la pandémie de COVID-19, ont décidé de faire monter la tension d’un cran de plus cette semaine en appelant au lynchage et à l’assassinat de la gouverneure démocrate de cet État voisin du Canada, Gretchen Whitmer. Une montée en violence décriée par les élus locaux des deux camps politiques, à la veille d’une nouvelle manifestation prévue jeudi dans la capitale, Lansing, et baptisée par ces radicaux lourdement armés le « jugement dernier ».

« Chaque fois que des milices armées apparaissent dans le débat public, le phénomène est à prendre au sérieux, résume à l’autre bout du fil le stratège politique républicain Mike Madrid, joint par Le Devoir à Sacramento, en Californie. Le mouvement est certes marginal, mais il est nourri aussi par les déclarations du président Donald Trump qui, fin avril, a appelé à libérer les États gouvernés par les démocrates. Il est un élément dangereux dans cette équation, et comme républicain, je trouve ça plutôt consternant. »

La majorité des Américains sont favorables aux mesures de confinement décrétées par les gouverneurs

Depuis plusieurs jours, les militants pour la réouverture de l’État du Michigan s’en donnent à cœur joie sur les réseaux sociaux à l’approche d’une nouvelle manifestation jeudi devant les institutions politiques de l’État, organisée par le groupe Michigan United for Liberty. Et ils n’ont surtout plus peur de menacer directement la gouverneure de l’État, dont le nom est évoqué comme possible colistière de Joe Biden dans la course présidentielle de novembre prochain.

Épidémie de violence

Appel au lynchage ici, menace de mort là. « Je me demande combien de temps cela va prendre avant qu’elle ne prenne un coup de fusil à pompe », a écrit Chris Parrish dans un groupe Facebook qui s’appelle prosaïquement People of Michigan vs. Gov. Gretchen Whitmer. C’est le quotidien Metro Times de Detroit qui le cite.

« Nous avons besoin d’un bon vieux lynchage, pour prendre d’assaut le Capitole, traîner son cul de tyran dans la rue et la ligoter comme nos ancêtres l’auraient fait », ajoute John Campbell père, du groupe Michiganders Against Excessive Quarantine, alors qu’ailleurs en ligne, des dizaines de militants annoncent qu’ils s’en viennent jeudi « armés jusqu’aux dents » parce que « voter est trop tard ».

Fin avril, ces groupes armés avaient attiré les regards du monde vers cet État de l’Est américain en entrant dans le Capitole de l’État du Michigan armes aux poings pour réclamer la fin des mesures de confinement adoptées pour éviter la propagation de la COVID-19. L’État a enregistré plus de 4600 morts à ce jour, soit 46 décès par 100 000 habitants. Le Québec a atteint un niveau inférieur, avec 37 morts par 100 000 habitants.

 

Mardi, lors de la séance du Sénat du Michigan, la sénatrice démocrate, Mallory McMorrow, a dénoncé ces formes d’intimidation, qui selon elle vont faire « couler le sang sur la pelouse de ce bâtiment [le sénat] ». « Ces gens sont des voyous et leurs tactiques sont méprisables », a déclaré le chef de la majorité républicaine de la Chambre basse du Michigan, Mike Shirkey. « Menacer la sécurité ou la vie d’une personne, élue ou non, n’est pas acceptable. Point final. »

Pour Mike Madrid, « la majorité des Américains sont favorables aux mesures de confinement décrétées par les gouverneurs et aux recommandations faites par le gouvernement fédéral, dit-il. Mais la colère de plusieurs groupes de la société se fait également de plus en plus entendre », plus la sortie de la crise sanitaire, qui semble être de plus en plus compliquée aux États-Unis, tend à se profiler à l’horizon.

Confinement conspué

Cette semaine, une large coalition de forces conservatrices a apporté de l’eau à ce moulin de la révolte en lançant le mouvement We are NOT in this together (traduction libre : Nous ne sommes pas dans cette crise ensemble), et appelle à résister aux « diktats oppressifs et cruels » imposés par des élus ayant « abusé de la bonté » de gens.

La militante conservatrice pro-Trump Amanda Head s’est fait le porte-voix de ce groupe qui prétend que les politiciens ont utilisé la COVID-19 « comme excuse pour étendre leurs pouvoirs et centraliser l’économie ».

Ces mouvements émergent alors que le président américain a suscité l’espoir lundi en annonçant que « partout à travers le pays, les chiffres baissent rapidement ». Un autre mensonge : un rapport gouvernemental daté du 7 mai et obtenu par NBC révèle plutôt que la pandémie est en croissance dans plusieurs nouveaux foyers d’éclosion au pays, particulièrement dans des comtés fidèles au président.

Dans des villes comme Nashville (Tennessee), Des Moines (Iowa), Amarillo (Texas), Racine (Wisconsin), Garden City (Kansas) ou Central City (Kentucky), des bastions du trumpisme, la COVID-19 y a connu une croissance de 72 % depuis le début du mois. 650 % à Central City uniquement. Mais la Maison-Blanche a préféré ne pas dévoiler ces informations pour le moment.

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