Le gouvernement Trump défend le déconfinement

«Nous aurons un troisième trimestre meilleur, un quatrième trimestre meilleur, et l’année prochaine sera une grande année», a souligné le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin.
Photo: Alex Brandon Associated Press «Nous aurons un troisième trimestre meilleur, un quatrième trimestre meilleur, et l’année prochaine sera une grande année», a souligné le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin.

Les conseillers économiques du président Donald Trump ont défendu dimanche la possibilité de faire redémarrer les États-Unis en toute sécurité malgré la poursuite de l’épidémie et des contaminations au sein même de la Maison-Blanche, pourtant soumise à des contrôles draconiens.

Ces derniers jours, deux employés de l’aile Ouest, où se trouve le Bureau ovale — un militaire au service du milliardaire républicain et la porte-parole du vice-président, Mike Pence —, ont été déclarés positifs au nouveau coronavirus.

Dans la foulée, trois membres de premier plan de la cellule de crise chargée de coordonner la lutte contre la COVID-19 sont entrés en quarantaine en raison de leur possible exposition au virus.

Parmi eux, l’épidémiologiste Anthony Fauci, qui conseille quotidiennement Donald Trump, ainsi que le directeur des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, Robert Redfield, et Stephen Hahn, patron de l’agence du médicament (FDA).

Les personnes appelées à approcher le 45e président des États-Unis sont pourtant soumises quotidiennement à des tests de dépistage. Et les règles se veulent très strictes, même si Donald Trump est régulièrement critiqué pour son refus de porter un masque.

Si, dans ces conditions, la présidence n’est pas épargnée, comment un Américain moyen peut-il reprendre le travail sans crainte d’être contaminé ? La question dominait les émissions politiques du dimanche sur les chaînes américaines.

« La Maison-Blanche, c’est un endroit énorme, au moins 500 personnes, probablement beaucoup plus », a fait valoir Larry Kudlow, conseiller économique du président, sur la chaîne ABC. « Ceux qui ont été déclarés positifs ne sont qu’une petite fraction », « relativement très peu nombreux », a-t-il insisté.

Il a donc défendu la volonté présidentielle de « rouvrir l’économie » pour « s’attaquer aux chiffres du chômage, qui sont déchirants », « horribles ».

« Pourquoi ne pas faire confiance aux entreprises ? » a poursuivi Larry Kudlow. « Elles savent, d’une part, que les gens doivent être protégés […] et, d’autre part, qu’il faut redémarrer autant que possible pour faire face au problème économique, à la récession pandémique », a-t-il plaidé.

« Un désastre chaotique absolu »

Les États-Unis sont, de loin, le pays le plus endeuillé au monde par le virus, avec plus de 79 522 décès, soit 776 de plus en 24 heures dimanche. Et si la situation s’améliore lentement à New York, principal foyer américain, l’épidémie peine à ralentir sur le plan national, avec encore 1500 à 2000 morts par jour.

Mais après avoir publié des consignes prudentes pour la sortie du confinement — qui dépend en dernier ressort de chaque État —, le gouvernement Trump pousse chaque jour un peu plus en faveur d’une reprise rapide de l’activité.

« Nous avons presque 80 000 morts, et nous avons aussi plus de 30 millions de personnes qui ont demandé une allocation de chômage », a ainsi relevé sur la chaîne CBS Kevin Hassett, un autre conseiller économique de Donald Trump.

« Nous devons faire redémarrer notre économie, ce sera un moment difficile pour tout le monde », a-t-il dit.

À six mois de la présidentielle, à laquelle il briguera un nouveau mandat, Donald Trump est impatient de tourner la page des chiffres économiques calamiteux : taux de chômage passé de 3,5 % avant la crise sanitaire à 14,7 %, chute du produit intérieur brut sans précédent attendue au deuxième trimestre.

« Ces chiffres ne sont pas énormes car l’économie n’allait pas bien » avant la crise, « ils sont énormes car nous avons stoppé l’économie », a souligné sur Fox News le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, tout en prédisant un rebond rapide : « Nous aurons un troisième trimestre meilleur, un quatrième trimestre meilleur, et l’année prochaine sera une grande année. »

Cet empressement est critiqué par les démocrates, qui ont déjà éreinté Donald Trump pour sa gestion de la pandémie, qu’il a d’abord minimisée avant d’envoyer des messages contradictoires.

D’ordinaire réservé sur la politique de son successeur républicain, l’ex-président démocrate Barack Obama a évoqué dans une conversation privée, qui a opportunément filtré, un « désastre chaotique absolu ».

Mais au-delà des polémiques politiques, les experts préviennent que la levée du confinement dans de nombreux États américains pourrait relancer l’épidémie.

« Nous assistons à une hausse phénoménale de la mobilité dans certains États, qui devrait se traduire par plus de cas et de décès dans une dizaine de jours », a prévenu sur CBS le Dr Christopher Murray, directeur de l’Institute for Health Metrics and Evaluation.

Il a expliqué que le modèle de son institut prédisait 137 000 morts aux États-Unis d’ici le 4 août, un chiffre revu à la hausse en raison « de cette augmentation de la mobilité ».

Le maire de New York s’inquiète d’une inflammation pédiatrique

New York — Le maire de New York, Bill de Blasio, a fait part dimanche de sa « grave inquiétude » concernant une augmentation de cas d’un syndrome touchant les enfants que les scientifiques pensent être lié au nouveau coronavirus. 38 cas d’inflammation pédiatrique ont été détectés à New York, la ville américaine la plus touchée par la COVID-19, et 9 autres sont toujours à l’étude. Dans tout l’État de New York, 85 cas de cette maladie, semblable à la maladie de Kawasaki, sont à l’étude, a ajouté peu après le gouverneur Andrew Cuomo. Trois morts liées à ce syndrome ont été comptabilisées, dont une dans la capitale financière américaine, et deux autres décès sont à l’étude, a-t-il précisé. Une des victimes avait cinq ans. Un des responsables des services de santé de l’État a ajouté que les deux autres victimes étaient un adolescent et un enfant entre cinq et dix ans. Aucun d’entre eux n’avait de maladie préexistante, a ajouté ce responsable. Les symptômes sont fièvre, éruption cutanée, douleur abdominale et vomissements. Le maire de Blasio a annoncé que tous les enfants présentant ces symptômes seraient dorénavant testés pour la COVID-19 ainsi que pour ses anticorps. Jusqu’ici, 47 % des cas confirmés ont été déclarés positifs au nouveau coronavirus, et 81 % à ses anticorps, ce qui veut dire qu’ils ont été infectés par le virus depuis le début de l’épidémie. La COVID-19 était réputée jusqu’à maintenant ne se développer sous des formes graves chez les enfants que de façon exceptionnelle.

Agence France-Presse

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