L’immigration mise sur «pause» pour 60 jours, annonce Trump

Le président des États-Unis, Donald Trump
Photo: Alex Brandon Associated Press Le président des États-Unis, Donald Trump

Confronté à la brutale hausse du chômage en raison de la COVID-19, le président américain Donald Trump a annoncé mardi une « pause » de 60 jours sur la délivrance de cartes vertes qui offrent le statut de résident permanent.

Près de 24 heures après voir annoncé, d’un tweet spectaculaire mais très vague, une suspension temporaire de l’immigration pour protéger les emplois américains, l’occupant de la Maison-Blanche a précisé les contours d’un décret qu’il signera « probablement » mercredi.

Il ne s’appliquera pas aux visas de travail temporaires, mais aux seules « Cartes vertes », et avec de possibles exemptions.

« Nous devons donner la priorité au travailleur américain », a-t-il martelé, à six mois de l’élection présidentielle au cours de laquelle il briguera un deuxième mandat de quatre ans.

« Il serait injuste que les Américains soient remplacés par une main-d’œuvre venue de l’étranger », a insisté l’ancien homme d’affaires de New York, élu en 2016 sur la promesse de construire un mur entre les États-Unis et le Mexique.

La première économie mondiale est confrontée à des chiffres inimaginables il y a encore quelques semaines : elle compte 22 millions de nouveaux inscrits au chômage.

Selon les chiffres officiels, les États-Unis ont accordé le statut de résident permanent à quelque 577 000 personnes lors de l’année fiscale 2019.

Le nombre de visas temporaires s’est élevé à 462 000, en net recul par rapport aux 617 000 accordés en 2016.

« Détourner l’attention »

Pour lutter contre la propagation du coronavirus, Donald Trump avait dès janvier restreint les déplacements avec la Chine, avant d’interdire, pour les non-Américains, les voyages entre les États-Unis et la plupart des pays européens.

Mais le tweet présidentiel aux contours flous avait déclenché de vives réactions, ses adversaires politiques l’accusant d’utiliser la pandémie pour promouvoir une ligne dure sur l’immigration.

L’élu démocrate du Texas Joaquin Castro a dénoncé une manœuvre « visant à détourner l’attention de l’échec de Trump à arrêter la propagation du coronavirus ».

« C’est aussi une décision digne d’un régime autoritaire pour profiter d’une crise afin de pousser son programme anti-immigration », a-t-il ajouté.

Son collègue Jerry Nadler a déploré que le président ait choisi de faire des migrants les boucs émissaires de la crise actuelle.

« La réalité est que nombre de migrants sont en première ligne et nous protègent : médecins, infirmières, aide-soignants, ouvriers agricoles, employés de la restauration ».

Si, comme c’est probable, le débat se place sur le terrain judiciaire, les débats seront suivis avec une attention particulière.

La Cour suprême a, ces derniers mois, accordé plusieurs victoires significatives au gouvernement Trump en matière d’immigration.

Il y a un mois, elle l’a autorisé à poursuivre une politique qui a permis de renvoyer au Mexique plus de 60 000 demandeurs d’asile.

Annoncée en décembre 2018 et mise en œuvre un mois plus tard, cette politique, baptisée « Rester au Mexique », vise tous les demandeurs d’asile arrivés aux États-Unis via le Mexique, mais pas les Mexicains eux-mêmes, et permet de les maintenir hors des États-Unis le temps de l’examen de leur dossier.

Preuve s’il en était besoin que Donald Trump a les yeux rivés sur le scrutin présidentiel du 3 novembre, il a multiplié mardi matin les tweets sur sa popularité, et sur sa victoire de 2016.

« C’est incroyable que je sois devenu président des États-Unis avec des médias aussi corrompus et malhonnêtes qui m’attaquent jour et nuit », a-t-il écrit.

« Soit je suis très bon, bien meilleur que les Fake news ne veulent l’admettre, soit ils n’ont pas le pouvoir que l’on croyait ! ».

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