Débats féroces entre les États et le gouvernement américain sur le confinement

Les manifestations se sont multipliées depuis huit jours dans certains États américains pour dénoncer un confinement jugé excessif.
Photo: Sergio Flores Getty Images Agence France-Presse Les manifestations se sont multipliées depuis huit jours dans certains États américains pour dénoncer un confinement jugé excessif.

L’épidémie de coronavirus dans l’État de New York, épicentre américain, est sur une courbe descendante, une première depuis le début de l’épidémie, qui risque d’alimenter la polémique entre Donald Trump et les gouverneurs des États sur le maintien des mesures de confinement.

Mais alors que la pression pour relancer l’activité monte à travers les États-Unis — le pays le plus touché au monde par l’épidémie, avec plus de 755 500 cas confirmés et plus de 40 000 morts —, le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, a appelé à la prudence pour « ne pas compromettre » les progrès réalisés.

D’autres États ont commencé à relâcher les règles de distanciation. Certaines plages de Floride ont été autorisées à rouvrir dimanche, et immédiatement prises d’assaut. Les gouverneurs du Texas et du Vermont ont aussi prévu de relancer certaines activités, prudemment, dès lundi.

La pression est forte, alors que le chômage explose. Les manifestations se sont multipliées depuis huit jours dans les États américains pour dénoncer un confinement jugé excessif.

40 000
C’est au moins le nombre de personnes ayant succombé à la COVID-19 aux États-Unis.

La plupart des rassemblements se sont limités à quelques centaines de personnes — l’un d’eux, dimanche à Chicago, a même fait un flop, avec à peine trois voitures de manifestants. Mais une manifestation mercredi à Lansing, dans le Michigan, a réuni près de 3000 personnes.

Le président américain a à sa façon encouragé ces manifestations : vendredi, il avait appelé à « libérer » certains États dirigés par des gouverneurs démocrates. Samedi, après une dizaine de manifestations anti-confinement dans divers États, il a estimé que « certains gouverneurs étaient allés trop loin ».

Des commentaires dénoncés par certains gouverneurs, y compris par des gouverneurs républicains.

Larry Hogan, gouverneur républicain du Maryland, théâtre d’une manifestation samedi, a estimé qu’« encourager les gens à manifester contre un plan sur lequel vous venez de faire des recommandations, cela n’a pas de sens ».

Des affirmations « irresponsables »

Autre point de friction entre les gouverneurs et Donald Trump : la quantité massive de tests nécessaire pour pouvoir relancer l’économie sans risquer une nouvelle flambée de l’épidémie.

Le gouvernement fédéral assure que les États ont désormais une capacité suffisante de tests à leur disposition, ce que démentent plusieurs gouverneurs.

« Tout comme j’avais raison pour les respirateurs (notre pays est maintenant le “Roi des respirateurs”, les autres pays nous appellent à l’aide et on va les aider), j’ai raison pour les tests : les gouverneurs doivent augmenter leurs efforts et faire le travail. On sera avec eux jusqu’au bout », a tweeté Donald Trump dimanche.

« Il y a une capacité suffisante de tests dans le pays aujourd’hui pour que n’importe quel État puisse entrer dans la phase 1 » de réouverture de l’économie, a aussi affirmé son vice-président, Mike Pence, sur Fox News.

Dans le cadre des recommandations émises par la Maison-Blanche aux États pour décider la levée progressive du confinement, cette première phase prévoit la réouverture partielle de certains commerces.

Mais le gouverneur démocrate de Virginie, Ralph Northam, a qualifié de « délirantes » et « d’irresponsables » ces affirmations. « Il nous a été demandé, en tant que gouverneurs, de mener cette guerre sans le matériel dont nous avons besoin », a-t-il affirmé sur CNN.

De son côté, Andrew Cuomo, qui alterne entre critiques et compliments envers Donald Trump, a cherché à calmer le jeu. Il a jugé la collaboration entre le gouvernement fédéral et les États pour faire descendre la courbe d’« exploit phénoménal », soulignant que Washington avait été « un partenaire formidable » quand il avait fallu augmenter la capacité des hôpitaux new-yorkais en mars.

Mais il a souligné que les tests constituaient le nouveau défi. « On peut faire mieux en travaillant ensemble que séparément », a-t-il souligné. « Nous devons travailler ensemble et faire du mieux possible. J’ai confiance que nous y arriverons, car nous l’avons fait dans le passé. »