Troisième journée noire consécutive à New York

Sur une base quotidienne, la COVID-19 est devenue mercredi la première cause de décès aux États-Unis.
Photo: Kena Betancur / Getty Images / AFP Sur une base quotidienne, la COVID-19 est devenue mercredi la première cause de décès aux États-Unis.

Pour une troisième journée de suite, l’État de New York, épicentre de la pandémie de coronavirus aux États-Unis, a atteint un autre triste sommet sur le plan des décès quotidiens liés à la COVID-19, avec 799 nouveaux morts. Cela porte à plus de 7000 le nombre total des victimes de la maladie depuis le début de cette crise sanitaire dans cet État.

Jeudi, le gouverneur Andrew Cuomo a de nouveau convoqué le souvenir du 11 septembre 2001, comme il l’avait fait la veille, pour mettre en perspective les conséquences dramatiques de ce virus dont l’impact sur la vie humaine à New York est désormais pire que cet attentat. « C’est tellement choquant et douloureux, tellement à couper le souffle, a-t-il dit lors de sa conférence de presse quotidienne. Il n’y a pas eu d’explosion, mais un mal silencieux qui se propage au sein de la société avec le même caractère aléatoire que le 11 septembre. J’ai vécu le 11 septembre. Et cela devait être le jour le plus sombre à New York pour une génération. »

Ce virus est en avance sur nous depuis le premier jour

 

Avec un nombre de morts pour ce seul État équivalent à l’ensemble des victimes du coronavirus au Royaume-Uni, New York a commencé jeudi à voir un début de lueur d’espoir en constatant que le nombre d’hospitalisations et d’admissions de patients aux soins intensifs diminue désormais sur son territoire. Signe d’un ralentissement de la propagation du virus, mais qui n’appelle toujours pas à baisser la garde, selon M. Cuomo. « Nous avons fait de grandes choses et nous avons sauvé des vies parce que nous avons suivi » les règles de distanciation physique, a-t-il dit. « Arrêter de suivre ces règles va nous faire revenir en arrière, faire remonter les chiffres jusqu’au plafond et nous ne sommes pas prêts à faire face à une telle perspective. »

Avec 53 000 lits, la capacité d’accueil dans les hôpitaux de l’État est équivalente à moins de la moitié des cas d’hospitalisation que le pire scénario, s’il devait se concrétiser, pourrait produire dans cet État. Un relâchement trop rapide des mesures de confinement placerait alors New York face à une réalité sanitaire que les autorités n’auront pas les moyens d’appréhender. « Rappelez-vous la grippe espagnole de 1918, a dit M. Cuomo. Elle est arrivée en trois vagues. Or, nous sommes sur la première vague. Tout le monde suppose qu’une fois traversée, tout sera fini. Je ne serais pas si confiant. Ce virus est en avance sur nous depuis le premier jour. »

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Premier tueur au pays

Dans l’ensemble du pays, le nombre de décès liés au coronavirus a continué de dépasser les seuils précédents en franchissant la barre des 16 000 morts en fin d’après-midi jeudi. Sur une base quotidienne, la COVID-19 est devenue mercredi la première cause de décès aux États-Unis, avec 1940 victimes enregistrées dans les 24 heures précédentes, soit plus que les maladies cardiaques qui induisent 1774 morts par jour et les cancers (1641 morts), selon l’analyse effectuée par Maria Danilychev, médecin à San Diego, en Californie.

Jeudi, le directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses, Anthony Fauci, proche conseiller de Donald Trump dans la gestion de la crise, a toutefois fait souffler un vent d’espoir en ramenant à la baisse les projections du nombre de victimes que le virus s’apprête à faire d’ici août prochain. La Maison-Blanche anticipait entre 100 000 et 200 000 morts aux États-Unis. Cette perspective funeste est désormais d’environ 60 000, selon une nouvelle modélisation produite par l’Université de Washington.

« Je crois que les Américains ont fait un très bon travail, simplement en adhérant aux règles d’isolement et de distanciation physique, a-t-il dit en entrevue sur les ondes de NBC. Nous espérons, avec un optimisme prudent que, tout en traversant une semaine difficile, nous allons commencer aussi à voir un changement de tendance. »

Avec un nombre plus élevé de victimes au sein de la communauté afro-américaine, la crise sanitaire continue de frapper les États-Unis en entretenant les inégalités raciales et sociales, mais également en alimentant des tensions au sein de la population qui inquiètent désormais le Département de la sécurité intérieure.

Mercredi, dans une lettre adressée à plusieurs leaders religieux au pays, le ministère les appelle à la prudence et s’inquiète de menaces qui pourraient émerger, lorsque le pays va reprendre progressivement un début d’existence normale, et ce, en raison du stress induit par le contexte pandémique. « Bien qu’il n’y ait pas de menaces imminentes ou crédibles à l’heure actuelle, il y a eu une augmentation du discours de haine en ligne visant à encourager la violence ou à utiliser la situation actuelle comme excuse pour répandre la haine », écrit Brian Harrell, responsable de la sécurité des infrastructures au sein du ministère, dans la lettre citée par le Washington Post. « Les facteurs de stress causés par la pandémie peuvent influencer la décision d’un individu de commettre une attaque ou orienter le choix de sa cible. »