Les hospitalisations baissent à New York, malgré un nouveau record de décès

<p>Les trois derniers jours ont tous marqué des records de décès quotidiens dans l'État de New York.  </p>
Photo: Kena Betancur Getty images Agence France-Presse

Les trois derniers jours ont tous marqué des records de décès quotidiens dans l'État de New York.  

Les États-Unis ont enregistré 1783 morts liées au nouveau coronavirus en 24 heures, selon le comptage jeudi à 20 h 30 de l’université Johns Hopkins.

Ce bilan journalier, inférieur à celui de la veille (+1973 morts), porte à 16 478 le nombre total de décès recensés aux États-Unis, pays le plus endeuillé au monde par la pandémie après l’Italie.

Pendant deux journées consécutives, mardi et mercredi, le pays a enregistré près de 2000 morts en 24 heures, les pires bilans quotidiens dans le monde depuis le début de la pandémie.

Les États-Unis comptent par ailleurs à eux seuls plus d’un quart des cas officiellement déclarés dans le monde, avec plus de 460 000 cas au total, selon les chiffres de Johns Hopkins, actualisés en continu.

Les États-Unis relèvent depuis le milieu de la semaine dernière plus de 1000 nouveaux décès quotidiens, malgré les mesures de confinement qui y ont été progressivement mises en place, État par État.

L’État de New York constitue de loin le principal foyer de l’épidémie américaine, avec plus de 7000 morts. Il a enregistré une nouvelle progression record au cours des dernières 24 heures (+799), mais le nombre de nouvelles hospitalisations n’a jamais été aussi bas, a indiqué jeudi le gouverneur Andrew Cuomo.

La situation s’est stabilisée jeudi dans les hôpitaux de New York et d’autres régions américaines, mais les autorités restaient très prudentes face à la pandémie de COVID-19 et ont averti que le retour à la normale n’était pas imminent, le pays restant vulnérable à une deuxième vague du coronavirus.

Le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, a annoncé un nouveau record du nombre de décès dans son État, 799 en 24 heures, soit presque autant que des pays entiers comme l’Italie ou l’Espagne au pire de leurs épidémies.

Mais ces morts sont les malades d’hier. À l’inverse, jamais aussi peu de nouveaux patients n’avaient été hospitalisés et admis en réanimation depuis le début de la crise : moins de 100 en soins intensifs dans tout l’État ces dernières 24 heures. « Une bonne nouvelle », selon M. Cuomo, qui devrait mécaniquement « aplatir » la courbe des morts dans les prochaines semaines.

Les pénuries de lits d’hôpitaux prévues par divers modèles ont été évitées, a souligné Andrew Cuomo, mais il a répété que la guerre n’était pas terminée. « Nous ne sommes pas tirés d’affaire », a dit le gouverneur.

Il n’y aura pas de levée brusque du confinement décrété il y a 18 jours. Son État passera du rouge à l’orange et non directement au vert, a-t-il dit. Il faudra d’abord tester des millions de salariés et de travailleurs pour décider qui a eu le coronavirus et est immunisé.

Dans le New Jersey, la Louisiane et le Michigan, où le virus a tué des milliers de personnes, des signes de ralentissement du rythme de contagions apparaissent. « La distanciation sociale commence à faire effet », a dit jeudi le gouverneur du New Jersey, Phil Murphy, évoquant « de vrais progrès ».

Le président Donald Trump est pressé de rouvrir le pays et de faire repartir une économie sinistrée. Son secrétaire au Trésor a jugé jeudi que les entreprises pourraient sans doute « redémarrer » en mai.

Mais le pays devra s’armer de patience, martèlent experts et responsables publics, et la population changer durablement ses habitudes tant qu’il n’y aura pas de vaccin, afin de se préparer à répondre à une deuxième vague -- puisque le coronavirus n’aura pas disparu.

Le modèle le plus cité (IHME), qui prend en compte comment l’épidémie a évolué en Chine et en Europe, a ces derniers jours revu à la baisse plusieurs fois le bilan estimé de la première vague aux États-Unis : de 93 000 à 82 000 puis à 60 000 décès.

« C’est grâce aux Américains qui font du bon boulot. Distanciation sociale, etc. Continuez ! » a tweeté Donald Trump.

Le « pic » américain serait atteint ce week-end, selon ce modèle utilisé notamment à la Maison-Blanche, mais considéré comme trop optimiste par certains États, qui préfèrent marier plusieurs modèles, à la façon des prévisions météorologiques, aucun modèle n’étant parfait.

« Nouvelle normalité »

À quand le déconfinement ? Pas avant juin, a prévenu le maire de New York, Bill de Blasio, jeudi.

Il sera graduel et régional, a expliqué Anthony Fauci, directeur de l’Institut américain des maladies infectieuses, membre du groupe de travail qui conseille Donald Trump sur l’épidémie.

D’abord parce que les ordres de confinement ont été décrétés État par État, par les gouverneurs, et non nationalement par le président, qui n’a émis que des consignes de distanciation et de télétravail jusqu’au 30 avril.

Ensuite car les États-Unis, grands comme un continent, ne sont pas frappés avec la même intensité partout.

La Californie, après avoir craint le pire, a été suffisamment rassurée pour commencer à faire don à d’autres États de respirateurs artificiels et d’équipements médicaux. L’État de Washington, qui a enregistré le premier cas le 21 janvier, a fermé mercredi l’hôpital temporaire que l’armée avait installé.

Plutôt qu’un retour à la vie d’avant, il faut se préparer à une « nouvelle normalité », disent des experts.

« Tant que la plupart des gens n’ont pas d’immunité, reprendre nos activités normales fera repartir à toute vitesse les contagions », a écrit Tom Frieden, ancien patron des Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC).

Il propose des conditions à tout déconfinement : des tests de dépistage largement disponibles ; des plans pour isoler les malades, et retracer et placer en quarantaine leurs contacts ; et une mise à niveau générale des hôpitaux pour encaisser toute future vague.

Or, le pays n’est pas prêt. Un million de tests sont désormais réalisés par semaine aux États-Unis, selon Caitlin Rivers, de l’université John Hopkins, ce qui est mieux mais encore loin de suffire. Ces tests trouvent encore 20 à 40 % de cas positifs, alors que la Corée du Sud en est à 2 %. Cela signifie que « nous n’avons pas encore découvert toute l’ampleur de notre épidémie », a-t-elle dit à des journalistes jeudi.

Les règles de distanciation sociale devront être maintenues à moyen terme, insiste-t-elle à l’instar de nombreux experts.

Et les restaurants pourraient avoir à rouvrir avec un nombre limité de tables, et les écoles de façon décalée, argue Tom Frieden.