Sanders jette l’éponge

Le sénateur du Vermont, distancé rapidement par l’ex-vice-président américain dans les primaires après pourtant un départ remarquable, a appelé ses fidèles à rester actifs pour faire avancer ses idées au sein de la formation politique.
Photo: Jeff Kowalsky Agence France-Presse Le sénateur du Vermont, distancé rapidement par l’ex-vice-président américain dans les primaires après pourtant un départ remarquable, a appelé ses fidèles à rester actifs pour faire avancer ses idées au sein de la formation politique.

« Notre campagne arrive à sa fin, mais pas notre mouvement. » Incapable de voir « le chemin de la victoire » dans une investiture démocrate mise en berne par la pandémie de COVID-19, Bernie Sanders a décidé mercredi de se retirer de la course en vue de la prochaine présidentielle américaine, laissant ainsi la voie libre à son opposant, Joe Biden, pour affronter Donald Trump en novembre.

Le sénateur du Vermont, distancé rapidement par l’ex-vice-président américain dans les primaires après pourtant un départ remarquable, a appelé ses fidèles à rester actifs pour faire avancer ses idées au sein de la formation politique. Il s’est également engagé à soutenir M. Biden pour défaire le président américain.

« Cela a été une décision très difficile et douloureuse », a admis Bernie Sanders dans un message diffusé sur le Web mercredi avant-midi depuis ses terres de Burlington, au Vermont, où le politicien s’est placé en autoconfinement avec sa famille depuis plusieurs jours. « Devant la crise qui frappe la nation, exacerbée par un président incapable de leadership crédible, et devant le travail qui doit être fait pour protéger la population, je ne peux pas, en toute conscience, continuer à maintenir une campagne qui ne peut conduire à la victoire et qui interférerait avec le travail important qui nous est demandé en ces heures difficiles. »

Depuis les défaites successives de Bernie Sanders au Michigan, puis en Floride, en Illinois et en Arizona, la pression émanant du Parti démocrate était très forte pour l’inciter à se retirer de la course afin de rapidement rassembler les troupes autour du meneur en vue de la bataille finale.

La crise sanitaire de la COVID-19, qui frappe durement les États-Unis, a accentué cette tendance, les candidats ne pouvant plus mener de campagne de proximité ni tenir des rassemblements qui auraient peut-être pu modifier la trajectoire politique de Bernie Sanders, porte-étendard de la frange la plus socialiste au sein du Parti démocrate.

Le politicien, qui subit ici sa deuxième défaite dans une investiture démocrate, après celle contre Hillary Clinton en 2016, devait toutefois composer avec un handicap majeur : son incapacité à convaincre l’électorat afro-américain de le suivre, ce qui réduisait considérablement ses chances de succès dans une telle course.

Influence persistante

« À ce stade de la course, Bernie Sanders vient de prendre la meilleure décision, résume à l’autre bout du fil le politicologue Aleksander Ksiazkiewicz, qui enseigne à l’Université de l’Illinois. Il était de plus en plus clair que l’appui des électeurs à Joe Biden ne lui laissait plus beaucoup de chances de remporter l’investiture. Mais son impact sur la course a été très important. Il a réussi à imposer ses idées et va continuer à le faire d’ailleurs dans la construction du programme du parti. »

Mercredi, l’ancien vice-président américain a reconnu cette influence dans une déclaration diffusée quelques minutes après l’annonce du retrait de Bernie Sanders. « Il n’a pas seulement mené une campagne, il a créé un mouvement, a-t-il dit. Et que l’on ne se trompe pas, je crois que ce mouvement est encore plus fort aujourd’hui que par le passé. » Joe Biden estime que le sénateur du Vermont a changé la donne aux États-Unis sur plusieurs grandes questions, dont les inégalités, les changements climatiques, l’universalité de l’accès aux soins de santé et la gratuité scolaire.

Pour le stratège démocrate Basil Smikle, ex-conseiller d’Hillary Clinton, cette sortie de course de Bernie Sanders, avant la convention démocrate qui a été reportée en août prochain, « va accélérer le processus d’unité au sein du parti durant le printemps et l’été », contrairement au scénario de 2016. À l’époque, en tardant à concéder la victoire à Hillary Clinton, Sanders avait contribué, selon plusieurs critiques, à laisser une candidate affaiblie affronter Donald Trump.

« L’impact du coronavirus sur la suite de la campagne reste toutefois incertain, a-t-il expliqué au Devoir. La pandémie peut réduire l’enthousiasme envers Joe Biden, qui ne va pas pouvoir jouir d’une campagne normale. Mais elle va aussi maintenir Donald Trump dans la ligne de mire des démocrates en raison de la façon dont il gère la crise. »

Sans amertume, Bernie Sanders a appelé ses troupes à rester soudées avec le reste du parti pour « défaire Donald Trump, le président le plus dangereux de l’histoire moderne des États-Unis », a-t-il dit. Il a également assuré qu’il va travailler avec Joe Biden, « un homme très honnête », « pour faire avancer nos idées progressistes », a ajouté le politicien.