Les deux prochaines semaines seront «douloureuses» pour les Américains, dit Trump

Le président américain, Donald Trump
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Le président américain, Donald Trump

Les États-Unis s’attendent à deux semaines « très douloureuses » qui pourraient les voir enregistrer encore plus de décès quotidiens que les sombres records atteints mardi par plusieurs pays européens en première ligne face à la pandémie de coronavirus.

Avec plus de 3850 morts, selon le décompte de l’université Johns Hopkins, les États-Unis déplorent plus de 865 décès supplémentaires depuis lundi soir, un triste record au pays.

Avec cette nette accélération, le bilan quotidien se rapproche désormais de ceux de l’Italie et de l’Espagne, alors que le pic de l’épidémie de COVID-19, qui se profile dans ces pays du Vieux Continent, est encore loin côté américain.

« Je veux que chaque Américain soit prêt pour les jours difficiles qui nous attendent », a lancé Donald Trump d’un ton grave, « ce seront deux semaines très très douloureuses ».

La Maison-Blanche a présenté ses projections : selon elle, la maladie devrait faire entre 100 000 et 240 000 morts aux États-Unis avec les restrictions actuelles, contre 1,5 à 2,2 millions sans aucune mesure.

Au niveau mondial, la crise sanitaire continue aussi de s’aggraver, avec plus de 41 000 morts, selon un comptage de l’AFP.

Depuis le début de la pandémie en décembre en Chine, plus de 830 000 cas ont été officiellement déclarés dans le monde, dont plus de la moitié en Europe, 187 000 aux États-Unis et plus de 108 000 en Asie.

Aux États-Unis, c’est la mobilisation générale : près des trois quarts des Américains vivent désormais confinés, d’une manière plus ou moins stricte.

New York a engagé une course contre la montre pour augmenter sa capacité hospitalière avant le pic de l’épidémie, attendu d’ici « 7 à 21 jours », selon le gouverneur Andrew Cuomo. À Manhattan, des hôpitaux provisoires ont été érigés dans un centre de conférences et sous des tentes dans Central Park. Le centre sportif de Flushing Meadows suivra bientôt.

« C’est comme une zone de guerre », a estimé Donald Trump.

« Nous ne sommes pas en guerre. Il n’y a aucune raison que des marins meurent », a pourtant écrit le capitaine de vaisseau américain Brett Crozier, en demandant l’autorisation de débarquer pour son porte-avions Theodore Roosevelt, amarré dans l’île de Guam et frappé par l’épidémie.

Premiers pas à Wuhan

Les États-Unis ont dépassé le nombre de morts officiellement atteint par la Chine.

Mais alors que le confinement est progressivement levé dans la ville chinoise de Wuhan, berceau de la pandémie, les premiers pas en plein air des habitants sont consacrés à déposer sur les tombes de pierre les urnes contenant les cendres de leurs proches. Et le nombre élevé de ces urnes funéraires laisse penser à de nombreux experts que le bilan chinois est largement sous-évalué.

Ailleurs, on guette fébrilement le pic du taux de mortalité, annonciateur d’un reflux et d’un désengorgement des services de réanimation.

En Italie, pays qui enregistre le plus grand nombre de décès (plus de 12 400 en un peu plus d’un mois), le confinement commence à produire des résultats encourageants, après trois semaines.

Mais la péninsule a encore compté 837 nouveaux morts en 24 heures et a observé une minute de silence devant toutes ses mairies en « souvenir des victimes du coronavirus » et en hommage aux professionnels de santé.

Deuxième pays le plus endeuillé au monde avec 8189 décès, l’Espagne redoute toujours de voir submergées les unités de soins intensifs qui travaillent déjà à la limite de leurs capacités.

Près de 500 patients sont aussi morts du coronavirus dans les hôpitaux français ces 24 dernières heures, soit une nouvelle une hausse record depuis le début de l’épidémie, qui porte le bilan total à 3523 morts.

Une accélération de la propagation enregistrée dans plusieurs pays, comme le Royaume-Uni avec 381 morts supplémentaires dont, fait rare, un adolescent de 13 ans.

Les soignants en première ligne

Partout, les soignants repoussent les limites de la fatigue et de l’abnégation.

Ester Piccinini, 27 ans, infirmière dans un hôpital de Bergame, en Italie, témoigne : « Le matin, quand j’arrive dans le service, je fais le signe de croix en espérant que tout ira bien. Pas vraiment pour moi […] vu que je suis protégée. Mais j’espère que tout ira bien pour les patients ».

« Nous essayons de les rassurer. Une caresse a plus de valeur que les mots », dit-elle.

Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du G20, qui se sont réunis mardi par visioconférence, ont promis d’aider les pays pauvres à supporter le fardeau de leur dette et d’assister les marchés émergents.

L’Europe a affiché sa solidarité en livrant du matériel médical à l’Iran, l’un des pays les plus durement frappés avec 2898 morts officiellement, via le mécanisme permettant de contourner les sanctions américaines.

« Des enfants à nourrir »

Pour freiner la propagation de la pandémie, plus de 3,6 milliards de personnes, soit 46,5 % de la population mondiale, sont appelées ou contraintes par leurs autorités à rester chez elles. Et les pays continuent de fermer leurs frontières — Donald Trump a dit envisager d’interdire l’entrée aux voyageurs depuis le Brésil, comme il l’a fait pour la Chine et l’Europe.

Le porte-parole du Kremlin a indiqué que le président russe se faisait dépister régulièrement et que tout était « normal », après l’annonce que le médecin-chef du principal hôpital moscovite traitant les malades du coronavirus, qui avait rencontré Vladimir Poutine la semaine dernière, avait été infecté.

L’Indonésie a déclaré mardi l’état d’urgence, mais pas de confinement généralisé, malgré les appels pressants dans ce pays qui compte la quatrième plus grande population au monde.

À l’inverse, Lagos, la capitale économique du Nigeria d’ordinaire bouillonnante, s’est réveillée mardi dans un silence assourdissant. Sur l’autoroute qui relie Lagos à Abeokuta, des enfants se sont approprié les triples voies ordinairement bondées pour jouer au soccer.

Le confinement, un pari aussi ambitieux que risqué, semblait accepté dans une grande partie de la tentaculaire mégalopole de 20 millions d’habitants.

Mais dans les zones les plus pauvres, la colère gronde déjà. « Vous savez, au Nigeria, déjà quand on travaille, on a faim », interpelle Samuel Agber, réparateur de climatisation. « Alors imaginez si on ne travaille pas ! ».

Comme en écho, une vieille femme qui fait la queue pour obtenir les aides sociales dans un township de Port Elizabeth, en Afrique du Sud, s’indigne : « On s’en fout de ce virus, on a des enfants et des petits-enfants à nourrir ! ».