Donald Trump, président sans cap dans la tempête

Donald Trump s’est inquiété lundi matin des effets des mesures de confinement sur la première économie mondiale: «il faut aplatir la courbe [des contaminations], PAS l’économie», a-t-il tweeté.
Photo: Patrick Semansky Associated Press Donald Trump s’est inquiété lundi matin des effets des mesures de confinement sur la première économie mondiale: «il faut aplatir la courbe [des contaminations], PAS l’économie», a-t-il tweeté.

Oscillant entre appels à l’unité nationale, tweets vengeurs et calculs électoraux, Donald Trump envoie des signaux confus, voire illisibles, dans une Amérique confrontée à l’avancée galopante du coronavirus.

Après avoir minimisé — et moqué — la menace sanitaire pendant des semaines, puis s’être posé en président rassembleur d’un pays « en guerre », il multiplie désormais les messages ambigus sur les restrictions en place pour limiter la propagation de la COVID-19.

Résultat : le pays le plus riche de la planète offre un spectacle de désunion. Le gouvernement fédéral et les États avancent en ordre dispersé, démocrates et républicains peinent à trouver un accord sur un plan de relance massif (près de 2000 milliards de dollars).

Si la recherche d’un équilibre entre objectifs de santé publique et survie économique du pays est un débat légitime, la façon dont le locataire de la Maison-Blanche multiplie les coups de barre sans cohérence apparente laisse ses adversaires — comme certains de ses alliés — sans voix.

« Nous ne pouvons laisser le remède être pire que le mal lui-même », a-t-il lancé dimanche soir peu avant minuit dans un tweet en lettres majuscules. « À la fin de la période de 15 jours, nous prendrons une décision sur la direction que nous voulons prendre ! », a-t-il ajouté, sans la moindre précision sur ce qu’il envisageait pour les semaines cruciales à venir.

La Maison-Blanche a présenté la semaine dernière une série de recommandations rassemblées dans un document intitulé « 15 jours pour ralentir la propagation » du virus. Les autorités sanitaires américaines, elles, martèlent avec constance un message simple : le pire est à venir aux États-Unis et l’heure n’est pas venue de relâcher les efforts.

En l’absence de traitement médical, la seule option pour vaincre le virus est de maintenir, dans la durée, des restrictions de déplacements aussi strictes que possible.

Près d’un Américain sur trois est visé par une mesure de confinement édictée par le gouverneur de son État.

Car si le retard dans l’accès au test a rendu difficile l’évaluation de la propagation du virus sur le sol américain, la progression est désormais alarmante. « Je veux que l’Amérique comprenne : cette semaine, la situation va empirer », a prévenu sur NBC Jerome Adams, administrateur de la santé publique.

Déplorant que certains Américains ne respectent pas les règles de distanciation sociale, il a appelé à plus de rigueur, avec un message simple : « Il faut vraiment, vraiment, que tout le monde reste chez soi. »

Le sang-froid d’Andrew Cuomo

La navigation à vue du tempétueux président américain, qui ne semble pas vouloir se résoudre à mettre sa campagne entre parenthèses, contraste singulièrement avec l’attitude du gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo.

Par son calme, sa clarté, son franc-parler, mais aussi son empathie et son sens de la pédagogie, ce dernier est devenu une figure centrale de la lutte contre la pandémie aux États-Unis, bien au-delà des frontières de son célèbre État natal.

Interrogé sur les tweets présidentiels nocturnes, il s’est gardé de toute critique, mais a revendiqué haut et fort les décisions draconiennes prises à New York pour faire barrage au virus. Mais il a aussi appelé de ses vœux des changements, dans le temps et dans le calme. « Je suis bien conscient que ce n’est pas durable de gérer cet État ou ce pays avec une économie fermée », a-t-il expliqué.

« Existe-t-il une stratégie de santé publique qui soit plus productive, moins destructrice pour l’économie ? », s’est-il interrogé, soulignant que ses équipes travaillaient d’arrache-pied sur ce dossier.

Pour l’heure, Donald Trump, qui évoque presque quotidiennement, au mépris de toute rigueur scientifique, l’hypothèse de la découverte imminente d’un traitement qui « changerait la donne », poursuit dans son style singulier.

Difficile de ne pas tirer une conclusion effrayante de ce spectacle : nous avons un énorme défi devant nous et un tout petit président

 

Devant cette crise sanitaire d’une ampleur sans précédent dans l’histoire politique moderne, a-t-il envisagé de solliciter ses prédécesseurs, comme eux-mêmes l’avaient fait avant lui lors de terribles catastrophes naturelles ? Barack Obama, George W. Bush, Bill Clinton ou Jimmy Carter, pourraient-ils être de bon conseil ?

Le 45e président de l’histoire a répondu par la négative. « Je pense que nous faisons un travail extraordinaire […] Je ne pense pas que j’apprendrais beaucoup de choses »

Pour David Axelrod, ancien conseiller de Barack Obama qui a toujours résisté à la tentation d’un anti-trumpisme systématique, les atermoiements auxquels l’Amérique assiste jour après jour lors du point de presse présidentiel sont porteurs de lourdes interrogations pour la première puissance mondiale.

« Difficile de ne pas tirer une conclusion effrayante de ce spectacle : nous avons un énorme défi devant nous et un tout petit président »

Échec du plan de soutien

En attendant, le Sénat avait encore échoué lundi à voter un plan de soutien massif à l’économie américaine.

Les élus démocrates ont, comme dimanche, rejeté les mesures proposées par les républicains, et la motion, qui aurait permis un vote rapide sur le texte, n’a recueilli que 49 voix sur les 60 nécessaires.

Ce projet de loi vise à mobiliser près de 2000 milliards de dollars. Les tractations se poursuivaient en coulisses entre la majorité républicaine et la minorité démocrate, pourtant d’accord sur l’urgence de la situation. L’opposition, échaudée par les excès des bénéficiaires du plan de sauvetage de la crise de 2008, réclamait notamment au gouvernement Trump une supervision accrue des prêts accordés aux grandes entreprises, qui ressemblent plus, selon eux, à des cadeaux aux dirigeants.

Devant les critiques des démocrates, le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, avait affirmé lundi matin que les mesures bénéficieraient aux travailleurs et ne comprendraient pas « de plan de sauvetage » pour des entreprises telles que les compagnies aériennes. Il avait ajouté qu’il y avait en revanche « une disposition spéciale » pour les compagnies aériennes, soulignant que le transport aérien était une industrie stratégique pour la sécurité nationale du pays.