Sanders à la croisée des chemins dans le Michigan

Après un départ fulgurant, le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, est à la traîne désormais dans les sondages face à son principal opposant, l’ancien vice-président Joe Biden.
Photo: Matt Rourke Associated Press Après un départ fulgurant, le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, est à la traîne désormais dans les sondages face à son principal opposant, l’ancien vice-président Joe Biden.

Le diable est dans les détails, comme disent les anglophones, parfois dans certains un peu plus que d’autres. Le candidat à l’investiture démocrate Bernie Sanders a décidé d’annuler dans les derniers jours plusieurs apparitions prévues dans l’État du Mississippi pour mieux en ajouter de nouvelles dans l’État du Michigan où, mardi, les électeurs votent pour décider de la suite des primaires démocrates. Après un départ fulgurant, le sénateur du Vermont, à la traîne désormais dans les sondages face à son principal opposant, Joe Biden, risque en effet, dans cet État du Midwest, d’être placé à la croisée des chemins.

   

« L’écart entre les deux candidats en tête est toujours trop serré pour distinguer un gagnant, constate au téléphone la politicologue Nazita Lajevardi qui enseigne à la Michigan State University. Mais il est très important pour Bernie Sanders de remporter le Michigan, l’État qui livre le plus de délégués dans les primaires de mardi soir, mais également l’État qu’il a remporté face à Hillary Clinton en 2016. »

Outre le Mississippi et le Michigan, l’Idaho, le Missouri, le Dakota du Nord et l’État de Washington se prononceront mardi soir sur le candidat que les électeurs démocrates souhaitent voir affronter Donald Trump en novembre prochain. Et le dernier sondage dévoilé lundi matin par le Detroit Free Press expose un penchant favorable pour l’ex-vice-président américain, qui a effectué une remontée spectaculaire à l’occasion du Super Tuesday .

Le coup de sonde lancé dans un bassin de 400 électeurs démocrates au lendemain de ce vote crucial de la semaine dernière lui accorde en effet 51 % des intentions de vote au Michigan, soit 24 points d’avance sur Bernie Sanders. Près des deux tiers des répondants estiment que Biden est désormais le mieux placé pour défaire Donald Trump, contre 21 % qui voient dans Bernie Sanders la figure capable d’empêcher le président américain d’obtenir un deuxième mandat.

Joe Biden mène la course actuellement avec la promesse de 664 délégués récoltés lors d’une victoire convaincante en Caroline du Sud, puis durant le Super Tuesday, contre 573 pour Bernie Sanders depuis le début de cette course le 3 février dernier. Il en faut 1991 pour remporter l’investiture. Les 125 délégués en jeu mardi soir au Michigan pourraient venir resserrer l’écart entre les deux candidats et redonner de l’élan à la campagne du sénateur du Vermont ou accentuer la distance de manière dramatique pour Sanders, au profit de l’ex-vice-président de Barack Obama.

Perte d’appuis

« Bernie Sanders doit absolument remporter le Michigan, et avec une grande avance, résume en entrevue au Devoir le stratège démocrate Adrian Hemond, spécialiste en communication politique, joint à Lansing au Michigan. Le problème, c’est que, cette fois-ci, il fait face à un candidat beaucoup plus populaire que Hillary Clinton, qui a le vent dans les voiles et qui courtise, lui aussi, l’électorat blanc de la classe ouvrière et les électeurs sans diplôme universitaire, qui avaient contribué à sa victoire en 2016. »

Le candidat, socialiste autoproclamé, cherche d’ailleurs à rester en contact avec ces électeurs, en dénonçant l’implication de son rival dans l’adoption de plusieurs accords internationaux qui auraient, selon lui, contribué à leur affaiblissement et à la précarisation de leur condition de vie.

La stratégie est toutefois loin de porter ses fruits. Les sondages à la sortie des urnes lors du Super Tuesday la semaine dernière ont indiqué en effet que Bernie Sanders perdait désormais des appuis dans ces deux franges de la population et peinait également à faire sortir le vote des jeunes, qui lui est pourtant largement favorable, dans les proportions espérées. Pis, depuis le retrait de Michael Bloomberg de la course, Joe Biden voit se tourner vers lui en grand nombre le vote des personnes âgées et des banlieusards, qui lui ouvrent un peu plus la voie vers l’investiture démocrate.

Le problème, c’est que cette fois-ci, [Sanders] fait face à un candidat beaucoup plus populaire que Hillary Clinton, [...] et qui courtise, lui aussi, l’électorat blanc de la classe ouvrière et les électeurs sans diplôme universitaire, qui avait contribué à sa victoire en 2016

Lundi, Joe Biden a d’ailleurs reçu les appuis de deux anciens candidats à l’investiture démocrate, Cory Booker et Kamala Harris, à la veille d’un grand rassemblement prévu en soirée à Detroit. Détail notable : leur nom revient régulièrement dans la liste des possibles colistiers de Joe Biden s’il devait arriver en tête à la ligne d’arrivée. « Joe Biden ne va pas seulement gagner, a assuré Cory Booker sur Twitter. Il va aussi montrer qu’il possède plus de ce qui nous unit que de ce qui nous divise. »

Au-delà du clivage habituel entre progressistes et modérés au sein du Parti démocrate, les primaires démocrates, qui se poursuivront jusqu’au 6 juin prochain, risquent d’être perturbées par la peur du coronavirus qui affecte l’électorat américain, de plus en plus préoccupé par les conséquences de la COVID-19 sur l’économie du pays. « Le spectre d’une récession mondiale est désormais présent dans la course, et les candidats se retrouvent évalués par les électeurs sur leur capacité à faire face au virus, mais également à gérer les effets négatifs de cette maladie sur les marchés et sur l’économie, dit Nazita Lajevardi. Mardi soir, au Michigan, nous allons donc voir en qui les démocrates ont le plus confiance dans les circonstances. »

Une semaine après le Super Tuesday, Joe Biden mène dans les sondages au Mississippi, mais également en Floride où, la semaine prochaine, va se jouer un autre gros morceau de ces primaires. Le Michigan est un État important dans la prochaine course électorale, puisqu’il a contribué à la victoire de Donald Trump en 2016. La vedette de téléréalité l’avait alors repris des démocrates avec une minuscule avance de 0,23 point sur la démocrate Hillary Clinton.