L’avenir de l’avortement aux États-Unis en jeu devant la Cour suprême

Des militants pro-choix et pro-vie manifestent devant la Cour suprême des États-Unis le 24 janvier 2020, à Washington.
Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse Des militants pro-choix et pro-vie manifestent devant la Cour suprême des États-Unis le 24 janvier 2020, à Washington.

La Cour suprême des États-Unis s’est penchée mercredi pour la première fois depuis son remaniement par Donald Trump sur le sujet ultrasensible du droit à l’avortement, affichant des divisions qui laissent présager une décision très serrée. La haute juridiction a examiné une loi de Louisiane qui, selon ses détracteurs, risque d’entraîner la fermeture de deux des trois cliniques dans cet État conservateur du Sud américain. Or, cette loi est quasi identique à un texte texan que la haute cour avait invalidé en 2016, le jugeant trop restrictif.

« Rien n’a changé depuis qui justifierait une volte-face légale », a plaidé d’emblée Julie Rikelman, qui représente les plaignants, en appelant la Cour à respecter sa jurisprudence. Sauf que, depuis 2016, Donald Trump a nommé deux magistrats à la Cour suprême. Pendant sa campagne, il avait conquis la droite religieuse en promettant de choisir uniquement des opposants à l’avortement. L’un d’eux, Brett Kavanaugh, a remplacé un juge conservateur modéré qui, sur les sujets d’avortement, votait avec les quatre progressistes de la Cour. Mercredi, il s’est fait plutôt discret, mentionnant juste la possibilité que les « faits soient différents d’un État à l’autre ».

Dans ses conclusions, Me Rikelman s’est adressée directement à lui, ainsi qu’au président de la Cour, John Roberts. Malgré ses vues conservatrices, ce magistrat est très attaché au respect des décisions prises et pourrait se rallier à ses confrères progressistes. Lors de l’audience, il a interrogé les parties sur « les différences » entre les deux dossiers qui « pourraient entraîner des conclusions différentes d’un État à l’autre », sans indiquer quelle voie il comptait suivre.

 

Le début de la fin ?

Si la Cour devait annuler la décision de 2016, cela pourrait signifier qu’elle serait également prête à revenir sur l’arrêt historique Roe v. Wade de 1973, dans lequel elle avait reconnu le droit de toutes les Américaines à avorter. Cela « pourrait marquer le début de la fin pour Roe », estime Kelley Robinson, une des responsables de la puissante organisation Planned Parenthood. Pour elle, « l’accès à l’avortement ne tient qu’à un fil » aux États-Unis.

Les opposants à l’avortement qui ont multiplié les lois restrictives dans le sud et le centre du pays, plus religieux et conservateur, ne manqueraient pas d’être galvanisés. « Nous avançons avec de l’espoir dans le coeur et de la confiance envers la Cour », a reconnu la présidente de l’organisation United for Life, Catherine Glenn Foster, à la veille de l’audience.

Mercredi, chaque camp avait réuni ses troupes devant le temple du droit. Venu de Cincinnati, Dennis McKirahan, 75 ans, faisait résonner les « trompettes de Dieu ». « Nous devons arrêter de tuer des bébés », expliquait-il. À quelques mètres, des centaines de défenseurs du droit des femmes à avorter ont reçu le soutien d’élus démocrates comme les sénateurs Chuck Schumer ou Richard Blumenthal. Ce dernier a fait part de son inquiétude face « au danger » qui pèse sur le droit à l’avortement. La Cour devrait rendre sa décision en juin, à quelques mois de la présidentielle du 3 novembre.