À nouveau favori, Biden s’installe dans un long duel avec Sanders

Un résident du Vermont, Tony Parmenter, a expliqué comment remplir un bulletin de vote à son fils de cinq ans dans un bureau de scrutin installé, mardi, dans l’école primaire du village de Dummerston.
Photo: Kristopher Radder The Brattleboro Reformer via Associated Press Un résident du Vermont, Tony Parmenter, a expliqué comment remplir un bulletin de vote à son fils de cinq ans dans un bureau de scrutin installé, mardi, dans l’école primaire du village de Dummerston.

L’ancien vice-président américain Joe Biden est redevenu le favori des primaires démocrates à l’issue d’un « Super Tuesday » plein de surprises qui a bouleversé la donne en l’installant dans un duel de longue haleine avec le socialiste Bernie Sanders.

« On ne l’appelle pas “Super Tuesday” pour rien ! », s’est exclamé mardi soir depuis Los Angeles, en Californie, un Joe Biden visiblement revigoré après avoir remporté au moins neuf des 14 États en jeu lors de cette journée électorale déterminante.

Promettant d’être celui qui affrontera Donald Trump lors de la présidentielle de novembre, il s’est présenté comme un futur président capable de se « battre », mais aussi de « panser les plaies » des États-Unis, meurtris selon lui par « la haine et la division » semées par le milliardaire républicain.

L’ex-bras droit de Barack Obama, 77 ans, a créé la surprise en décrochant la victoire au Texas et en écrasant la concurrence en Virginie et en Caroline du Nord — soit, pour la seule journée de mardi, trois des quatre États qui fournissent les plus gros contingents de délégués pour la convention démocrate qui décernera, en juillet, l’investiture dans la course à la Maison-Blanche.

Il a aussi gagné dans l’Alabama, l’Oklahoma, le Tennessee, l’Arkansas, le Minnesota et le Massachusetts. Il réalise ainsi un grand chelem dans les États du sud du pays et confirme être le champion des Afro-Américains, un électorat-clé côté démocrate.

« Confiance absolue » chez Sanders

En face, Bernie Sanders, considéré comme le favori depuis son démarrage en fanfare dans ces primaires, ne s’avoue pas vaincu. Il semblait bien placé pour remporter le plus gros État du « super mardi », la Californie, avec une avance de neuf points après dépouillement de 80 % des bureaux de vote.

Il a aussi engrangé son petit État du Vermont et celui de l’Utah.

Les deux candidats étaient toujours au coude-à-coude mercredi matin dans le Maine mercredi matin.

« Je vous le dis avec une confiance absolue : nous allons emporter la primaire démocrate et nous allons battre le président le plus dangereux de l’histoire de ce pays », a lancé mardi soir « Bernie » devant une foule enthousiaste de son fief du Vermont.

Joe Biden revient de loin.

Longtemps ultra-favori, il avait encaissé de piteux résultats lors des premiers scrutins en février, handicapé par une campagne terne et des dons parcimonieux.

Mais le vote de samedi en Caroline du Sud lui a permis de faire mentir les pronostics, qui le vouaient à une mort politique quasi-certaine : en s’imposant très largement dans cet État du Sud grâce au vote afro-américain, il a enclenché une dynamique nouvelle.

Et il a bénéficié ces derniers jours du désistement en sa faveur de deux autres candidats modérés : le jeune Pete Buttigieg, révélation de ces primaires, et la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar, qui lui a vraisemblablement permis de remporter cet État du Midwest où il n’avait quasiment pas fait campagne.

Deux autres mardis électoraux

Longtemps éparpillé avec de multiples candidatures, le camp modéré est donc désormais uni derrière Joe Biden pour faire barrage à Bernie Sanders.

Ses idées très à gauche pour les États-Unis, comme une assurance-maladie publique universelle, se sont peu à peu imposées dans l’électorat démocrate, mais la « révolution » prônée par le sénateur de 78 ans inquiète toujours une partie de l’establishment du parti.

Comme en 2016 face à Hillary Clinton, la chasse aux délégués pourrait donc durer.

Après mardi, selon les médias américains, Joe Biden, bien qu’en tête, ne dispose que d’environ 380 délégués, contre 315 à Bernie Sanders.

Or, il en faut 1991 pour s’assurer l’investiture : le chemin est encore long. Il passera dès mardi prochain par six nouveaux États (Washington, Idaho, Michigan, Missouri, Mississippi et Dakota du Nord), puis, le 17 mars, par la Floride, l’Arizona, l’Ohio et l’Illinois.

Rien ne dit qu’un candidat aura une majorité absolue après ces scrutins, mais Joe Biden est désormais en position de force.

D’autant que l’autre candidat qui espérait porter les couleurs centristes est le grand perdant du « Super Tuesday ». Le milliardaire Michael Bloomberg, qui s’est lancé très tard dans la course mais avait investi sans compter son immense fortune personnelle pour percer.

Il n’a réalisé mardi que des résultats médiocres et devrait sortir de cette journée décisive avec très peu de délégués.

Selon plusieurs médias américains, il devait « réévaluer » mercredi l’avenir de sa campagne.

L’autre revers cruel est celui essuyé par la sénatrice progressiste Elizabeth Warren, qui a passé une très mauvaise soirée, perdant même dans son fief du Massachusetts.

Si elle n’a pas encore annoncé son retrait, son rêve de devenir la première présidente des États-Unis semble s’être définitivement envolé.

Liste des États remportés par les candidats aux primaires démocrates lors du Super Mardi

Pour décrocher l’investiture, un candidat doit récolter une majorité absolue (1 991) de délégués. Ceux-ci sont assignés proportionnellement aux suffrages obtenus, à tous les candidats dépassant la barre des 15 %.
 

L’ancien vice-président de Barack Obama est arrivé premier dans les États suivants :

- Texas (228 délégués au total, répartis proportionnellement aux scores réalisés par les candidats)

- Caroline du Nord (110)

- Virginie (99)

- Massachusetts (91)

- Minnesota (75)

- Tennessee (64)

- Alabama (52)

- Oklahoma (37)

- Arkansas (31)
 

Le sénateur du Vermont est arrivé en tête dans les États suivants :

- Colorado (67 délégués)

- Utah (29)

- Vermont (16)
 

Le milliardaire ex-maire de New York n’a remporté aucun État, arrivant en tête seulement aux îles Samoa américaines, qui attribuent 6 délégués.
 

Les résultats sont encore attendus dans deux États, dont le plus pourvu en délégués :

- Californie (415 délégués)

- Maine (24)

 

Agence France-Presse


 
1 commentaire
  • Gilbert Talbot - Abonné 4 mars 2020 09 h 24

    Les dés ne sont pas jetés, mais ils sont peut-être pipés.

    Le vote stratégique a joué un rôle déterminant: dans la remontée de Biden: on oublie les programmes, on ferme les yeux et on vote pour celui qui pourra battre Trump. Mais est-ce bien Trump l' homme à battre pour les Démocrates? Ou Bernie? On sent bien que Bernie n'est pas du tout l'homme de l'establishment. Démocrate, même si les sondages le donne gagnant contre Trump. Lors des dernières élections, Hilary Clinton a été choisie parce qu'elle était une candidate centriste pour battre Trump, l'homme de la Droite. Trump à gagné au nombre de délégués par État, Hilary a gagné le vote populaire, mais perdue au nombre de délégués nécessaire pour être élu. Elle a perdu dans des États du mid-ouest blancs et ouvriers. Or Bernie peut aller chercher ces États "Chanbranlants. Pourquoi l'establishment ne le reconnaît-il pas?
    Pour vaincre l'Establishment de son propre Parti, Bernie devra rallier toute la gauche autour de lui et au premier chef, Élizabeth Warren qui lui a fait beaucoup de tort en demeurant en lice, lui enlevant ainsi des votes importants, qui ne lui ont même pas permis de gagner son propre État du Massachusetts.
    On attend toujours les résultats de la Californie, où Sanders mène actuellement avec une bonne avance. Il se peut qu'au final de ce Super Tuesday, les deux candidats en tête aient un nombre égal ou presque, de délégués. La lutte n'est pas finie, au contraire, elle se concentre sur l'opposition Biden/Sanders. Les dés sont peut-être déjà pipés. Il faut s'attendre à quelque coups de jarnac de la part de l'élite du Parti Démocrate, mais Bernie á l'habitude: sa force est dans le support populaire. On verra bien qui l'emportera au vote final.