L’autre course à l’investiture

Pour Donald Trump, la candidature en vue de la prochaine présidentielle semble largement assurée.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Pour Donald Trump, la candidature en vue de la prochaine présidentielle semble largement assurée.

C’est l’abandon, avant même un vrai départ. L’ex-élu républicain de l’Illinois Joe Walsh a décidé, début février, de se retirer de la course à l’investiture républicaine, au lendemain du caucus de l’Iowa, où il n’a reçu que 1,1 % des voix, contre 97,1 % pour le président, Donald Trump, dont la candidature en vue de la prochaine présidentielle, avec ce résultat stalinien, semble largement assurée.

En prenant la porte de sortie, le candidat déchu a promis « de tout faire pour mettre en échec Trump et ses complices en novembre prochain », mais a aussi réitéré que, selon lui, « n’importe quel démocrate », y compris un socialiste, serait mieux que Trump à la Maison-Blanche. Belle ambiance.

Percutantes, mais condamnées à l’indifférence. Les primaires républicaines, qui se tiennent en parallèle de celles des démocrates, font couler moins d’encre, mais n’en demeurent pas moins un terrain où, depuis le début de l’année, l’opposition timide à Donald Trump au sein même du Parti républicain arrive malgré tout à se faire entendre. C’est ce qui s’est passé au New Hampshire, où Bill Weld, ancien gouverneur du Massachusetts, a réussi l’exploit, resté dans l’ombre, d’attirer vers lui 9 % du vote républicain lors de la primaire du Grand Old Party (GOP). Le président sortant, lui, est reparti avec 85 % d’appuis, ce qui est faible dans les circonstances.

« Le conseiller de longue date de Trump Steve Bannon a dit que, si Donald Trump perdait 3 % du vote républicain traditionnel, il ne serait pas réélu, a résumé Weld par voie de communiqué le soir du scrutin. Je crois donc qu’il ne va pas être réélu. »

L’affirmation doit encore subir l’épreuve des urnes, lors des primaires du Super Tuesday, le 3 mars, où, côté républicain, l’affrontement va reprendre entre Trump et ses quelques détracteurs républicains. Au Nevada et en Caroline du Sud, le parti s’est dispensé en effet de tenir un tel exercice, préférant un couronnement du roi. L’Alaska, l’Arizona, Hawaï, le Kansas et la Virginie vont en faire autant. Et même si l’issue de cet exercice démocratique semble jouée d’avance, ses conséquences restent imprévisibles.

Retour du balancier

« À ce jour, les personnes qui, tous partis confondus, ont contesté la nomination d’un président sortant n’ont jamais réussi à remporter l’investiture, résume le politicologue Thierry Lapointe, professeur à l’Université de Saint-Boniface à Winnipeg, au Manitoba. Mais les fois où les présidents ont vu leur candidature contestée, cela s’est généralement soldé par l’affaiblissement de leurs appuis et par une défaite aux élections. »

C’est ce qui est arrivé au républicain Gerald Ford en 1976, dont la légitimité a été remise en question lors des primaires par un gouverneur de la Californie nommé Ronald Reagan. Avec 48,6 % des votes, l’ex-acteur a bien failli le défaire. C’est finalement le démocrate Jimmy Carter qui s’en est chargé le soir de la présidentielle en lui volant le siège du bureau ovale.

À ce jour, les personnes qui, tous partis confondus, ont contesté la nomination d’un président sortant n’ont jamais réussi à remporter l’investiture

Retour du balancier ? Quatre ans plus tard, ce même Carter s’est fait servir une médecine similaire en cédant son poste à Reagan, après des primaires loin d’être un simple exercice de validation de sa candidature, Ted Kennedy ayant cherché, en vain, à décrocher l’investiture démocrate de 1980 ; 38 % des électeurs étaient d’accord avec lui, ce qui n’a pas été assez.

Depuis le New Hampshire, c’est le scénario qu’aimerait bien voir se réaliser l’avocate Mary Maxwell, qui a présenté sa candidature contre Donald Trump le 11 février dernier. Elle est arrivée troisième, avec 0,6 % des suffrages. « Pour être exacte, je ne me suis pas présentée contre Trump, fait-elle remarquer en entrevue. Je suis entrée dans la course pour briguer un siège qui se vide, la présidence des États-Unis étant libérée tous les quatre ans. » Et elle ajoute : « Je suis républicaine pour ce que cela a toujours représenté. Et je ne reconnais rien de républicain dans Donald Trump. »

Mme Maxwell a décidé de ne pas porter sa contestation au-delà des frontières de l’État où l’Américaine, après avoir vécu en Australie pendant plusieurs années, a élu domicile. Et après le départ de Joe Walsh qui, le 18 février dernier, a publié un essai cinglant contre le président américain intitulé F*ck Silence : Calling Trump Out for the Cultish, Moronic, Authoritarian Con Man He Is (Traduction libre : Briser le silence : désigner Trump comme l’escroc, égocentrique et débile autoritaire qu’il est), la liste des opposants dans les primaires républicaines se compte encore plus sur les doigts d’une main.

Séduire les «Never Trumpers»

La candidature de Bill Weld, ex-ambassadeur des États-Unis au Mexique, sous Clinton, et conseiller de George W. Bush, reste la plus sérieuse et repose sur une stratégie simple : séduire les « Never Trumpers » au sein des républicains en n’ayant pas peur de la « pleine vérité » sur l’état de santé du président américain. « Il n’est pas exagéré de dire que, à plusieurs égards, M. Trump est un homme malade », a-t-il dit récemment dans les pages du Washington Post. « Et je ne veux pas dire physiquement. Je veux dire dans sa tête. Il y a beaucoup de fureur là-dedans. Je ne voudrais pas de ses démons. Vous savez, je pense que, comme tous les intimidateurs — car c’est bien de cela qu’il est question —, il manque de confiance en lui. »

Chez les électeurs indépendants, Trump n’arrive à obtenir que 40 % d’appuis, selon les sondages. Weld estime qu’il peut attirer le vote de cette frange de l’électorat, lors des prochaines primaires, et éroder la suprématie du président sortant. « Quand ma nécrologie va être écrite, cela va être considéré comme la chose la plus importante que j’aurai faite », dit-il à propos de sa campagne pour l’investiture républicaine de 2020.

L’autre candidat, Rocky de la Fuente, homme d’affaires de la Californie, est un peu plus frivole. L’homme est qualifié aux États-Unis de « candidat perpétuel » qui court les investitures depuis des années. En 2018, il s’est présenté dans les primaires sénatoriales de huit États et les a toutes perdues. Quand NBC lui a demandé pourquoi il se présentait au Wyoming, il a répondu : « c’est parce que j’aime aller faire du ski à Jackson Hole ».

« Weld cherche à se positionner plus au centre sur l’échiquier politique face à un président populiste de droite, fait remarquer Thierry Lapointe. Si le processus de destitution avait eu les effets négatifs escomptés sur le président Trump, ses principaux adversaires aux primaires auraient peut-être pu se présenter en sauveurs du parti et de ses valeurs centrales. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. »

Ils l’ont dit:

« Pourquoi Donald Trump ne sera pas remplacé par quelqu’un d’autre durant ces primaires ? J’imagine que c’est parce que tout est déjà organisé en haut au sommet du Parti républicain et qu’ils ne veulent pas avoir une bonne personne comme candidat. » Mary Maxwell, en entrevue au Devoir.

« Trump ne représente pas ce que nous sommes comme Américains. Il est ignorant, cruel, fanatique, malhonnête, clivant et méga-égocentrique. J’ai décidé de l’affronter parce qu’il est incapable de placer les intérêts du pays avant les siens. C’est dangereux pour l’Amérique et pour nos enfants, qui assistent à ce spectacle jour après jour. Nous n’en parlons pas assez, mais Donald Trump est un modèle odieux pour nos enfants. » Joe Walsh, dans le DesMoines Register.

« Je crois que s’opposer à Donald Trump n’est pas un devoir politique, mais bien une obligation morale. Mon enthousiasme pour cette tâche n’a jamais faibli, car je la considère comme trop importante. Nous sommes face à un individu malheureux, qui est mal dans sa peau. Il combat des démons et la colère qui colonise sa tête. À plusieurs égards, je suis triste pour lui. » Bill Weld, dans le Salt Lake Tribune.